À une demi-heure au nord de Manhattan, l'un des plus gros projets d'infrastructure de l'histoire américaine est en cours : la construction du nouveau pont Tappan Zee, au-dessus du fleuve Hudson. Les similitudes avec le nouveau pont Champlain sont nombreuses. Quelles sont les leçons à tirer?

Un texte de Jean-Sébastien Cloutier

Le bateau avance tranquillement au milieu du fleuve Hudson. Habituellement, il est utilisé pour transporter les travailleurs du chantier jusqu'aux rives, mais ce midi-là, il sert plutôt à montrer de près à un journaliste et à un caméraman le genre de chantier qui attend les Montréalais jusqu'en 2018.

Comme le pont Champlain, l'ancien pont Tappan Zee se faisait vieux, en plus d'être devenu le lieu d'embouteillages monstres. L'État de New York a décidé de le remplacer, et les travaux ont commencé en 2013.

À ce jour, tout semble bien se passer. Une partie du pont, qui est déjà très avancée, doit être terminée en 2017. L'autre partie, de laquelle d'immenses piliers sont déjà visibles, sera achevée en 2018.

« Nous sommes à mi-chemin dans les travaux et on est en voie de finir le pont à un coût un peu moindre que prévu », dit Kelly MacMillan, directrice pour l'agence de développement économique de l'État de New York, qui supervise le projet.

Deux ponts à 4 milliards

Le budget du nouveau pont Tappan Zee est à peu près le même que celui du futur pont Champlain : 4 milliards de dollars. Il aura deux parties haubanées et sera d'un kilomètre plus long que le pont montréalais. Il sera aussi plus large, mais construit en deux tronçons distincts, un dans chaque direction. L'espace au milieu est prévu pour un éventuel train de banlieue, absent du projet pour l'instant.

Contrairement au pont Champlain, le coût n'inclut pas l'exploitation de la structure pendant 30 ans. Il inclut toutefois la démolition du pont actuel.

Grand projet, courte échéance

Sur l'Hudson, la journée est claire. Au loin, on aperçoit les gratte-ciel de Manhattan. À côté du bateau, près de la nouvelle structure, d'énormes grues sont en action et plusieurs barges sont immobiles, servant de pieds à terre et de sites de construction au milieu du fleuve. Sur une de ces plateformes, on retrouve une petite usine pour faire du béton.

Des similitudes avec le pont Champlain

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Toutes ces façons de faire ressemblent à celles qui ont été choisies par les constructeurs du futur pont montréalais. Des pièces seront construites ailleurs et beaucoup d'autres seront assemblées sur place. D'ailleurs, à l'ombre du pont Champlain, de l'île des Soeurs à Brossard, on s'active encore pour mettre en place les infrastructures de base du chantier sur le Saint-Laurent. Parallèlement, les travaux de coulage des semelles pour les piliers du pont ont déjà commencé.

« C'est la grande jetée ouest de l'île des Soeurs qui va être essentiellement la plateforme de travail pour les installations de préfabrication du pont », explique Daniel Genest, le directeur de coordination pour le Consortium Signature sur le Saint-Laurent.

Au cours des prochains mois, on commencera à voir le nouveau pont sortir de l'eau. Il le faudra : le Consortium a seulement trois ans et demi pour construire le pont Champlain, alors que le Tappan Zee Bridge se fera en cinq ans. Daniel Genest a suivi de loin l'évolution du pont new-yorkais et assure que son chantier sera lui aussi bien mené. À ce jour, le Consortium a même pris un peu d'avance sur son calendrier.

En regardant la vidéo du futur pont montréalais, David Capobianco a été impressionné. Selon lui, c'est un beau projet qui a plusieurs similitudes avec le Tappan Zee. Et que pense-t-il du calendrier de 42 mois donné au Consortium pour tout réaliser?

L'hiver et ses défis

À New York, la plus grande difficulté pour ceux qui construisent le nouveau pont a été jusqu'ici de faire face à l'hiver. Cet hiver est beaucoup plus clément, mais les deux derniers ont été rigoureux et extrêmement difficiles à endurer pour les ouvriers. Pas évident dans ces conditions de travailler facilement et rapidement.

« Cet hiver, nous essayons de garder les travailleurs sur la structure du pont plutôt que dans l'eau. L'an passé, leurs mains gelaient et, souvent, ils ne pouvaient pas travailler », dit Kelly MacMillan.

À Montréal, l'hiver 2015-2016 est aussi très doux et les conditions sont favorables. Même si ce n'était pas le cas, le Consortium dit avoir tout prévu. « On a déjà accepté qu'on va moins bien rapidement travailler l'hiver », affirme-t-on.

Transparence et communication

Un autre aspect souligné par le consortium new-yorkais à mi-chemin des travaux est l'importance de penser aux communautés environnantes pendant la construction du pont. Là-bas, 20 millions de dollars ont été dépensés dans différentes mesures, allant de la construction de plateformes d'observation des travaux à des murs antibruit, en passant par la pose de fenêtres neuves sur un édifice de logements situé à deux pas des travaux.

À Montréal, Daniel Genest répond que des rencontres d'informations publiques ont été organisées et que des comités de bon voisinage sont créés à Verdun, dans le sud-ouest et à Brossard. Il promet que son consortium répondra aux attentes.

Le nouveau pont Champlain doit être inauguré le 1er décembre 2018 et l'ensemble du projet, y compris les approches pour le pont, devrait être complété en octobre 2019. En vertu de l'entente avec le gouvernement fédéral, chaque jour de retard entraînerait une facture salée au Consortium.

 

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