Retour

Comment Valérie Plante a-t-elle pu tomber en amour avec l’idée d’un stade de baseball?

BILLET - Qu'est-ce qui a bien pu se produire, il y a deux semaines, quand Stephen Bronfman et Mitch Garber sont allés rencontrer Valérie Plante à l'hôtel de ville de Montréal?

Repensez-y deux secondes. Voilà une politicienne qui a été élue en faisant campagne contre l’implication financière (potentielle) de la Ville de Montréal dans la construction d’un nouveau stade de baseball au centre-ville. Et voilà que cinq mois plus tard, après une seule rencontre, la nouvelle mairesse, fort enthousiaste, descendait l’escalier de l’hôtel de ville au bras de M. Bronfman. L’image ne pouvait être plus forte.

« Les juridictions et les possibilités de la Ville, ça touche le transport collectif, trouver un terrain qui pourrait faire l’affaire. Moi, ce que j’ai manifesté aujourd’hui, c’est mon désir de soutenir un projet comme celui-là qui peut être très bon pour les Montréalais », a expliqué la mairesse, visiblement ravie par le plan qu’on venait de déballer devant elle.

Qu’est-ce qui a bien pu autant l’enthousiasmer?

Pierre-Marc Bruno, un jeune urbaniste passionné par le projet entourant l’éventuel retour des Expos, est catégorique : « L’implantation d’un nouveau stade au centre-ville, ça surpasse largement le retour du baseball. C’est presque un projet de société. C’est une occasion unique de redynamiser un secteur névralgique de Montréal », plaide-t-il.

Deux types de vie bien différents s’offrent aux urbanistes. Le premier, plutôt ennuyant, consiste à s’assurer que les projets immobiliers survenant dans une ville soient conformes à la réglementation existante. Le deuxième volet, quand des projets majeurs surgissent, laisse place à la créativité. Il permet aux urbanistes de se projeter dans l’avenir, d’avoir une vue d’ensemble et d’orienter le développement de manière à améliorer la qualité de vie des citoyens.

***

Bientôt père de famille, Pierre-Marc Bruno est à l’emploi de la Ville de La Prairie. Engagé dans son milieu, il est membre du comité de la relève de l’Ordre des urbanistes du Québec et aussi, dans ses temps libres, membre du comité consultatif d’urbanisme de Saint-Constant. Bref, c’est un passionné.

Au point où, l’été dernier, Pierre-Marc a même profité de ses vacances à San Francisco pour rencontrer deux confrères américains qui ont travaillé de près sur l’aménagement du stade de baseball des Giants (le AT&T Park) dans un quartier qu’on appelle SoMa (South of Market). Les terres industrielles en friche convoitées par les Giants étaient situées aux abords de la baie, à courte distance du quartier des affaires.

L’urbaniste québécois a obtenu une rencontre de deux heures avec José Campos, qui dirige le département de planification urbaine de San Francisco depuis 1996. Puis le lendemain, il a fait le même exercice avec Dean Macris, qui a été le conseiller principal des Giants en matière d’urbanisme durant toute la durée du projet.

Grâce à une communauté d’intérêts de la ville de San Francisco et des propriétaires des Giants, le nouveau stade de baseball a été érigé sur un terrain loué par la Ville (un bail emphytéotique) et pour lequel l’équipe paie un loyer annuel. Les Giants ont construit leur stade sans avoir recours à des fonds publics et ils en sont les propriétaires. En revanche, la Ville a déboursé des sommes importantes pour que ce nouveau pôle d’attraction soit parfaitement desservi par des infrastructures de transport actif et de transport en commun. Il est ainsi possible de se rendre à SoMa en voiture, à vélo, à pied, en train léger, en tramway et même à bord d’un traversier!

Devenus promoteurs immobiliers, travaillant de concert avec la Ville, les Giants ont ensuite piloté l’une des plus belles transformations urbanistiques survenues aux États-Unis au cours des 50 dernières années. « Les développeurs ont pensé aux gens. Aucune cassure n’a été faite entre les citoyens et leur milieu. Par exemple, les berges n’ont pas été privatisées. Ce sont des espaces publics que les gens peuvent fréquenter à leur guise. L’architecture et la hauteur du stade s’intègrent aussi parfaitement celle des résidences et autres édifices qu’on retrouve dans le quartier », souligne Bruno.

Résultat : SoMa est non seulement devenu une extension du quartier des affaires et un pôle de divertissement, mais aussi un endroit où les gens ont décidé de s’installer et de vivre. Pas moins de 5323 unités d’habitation y ont été construites entre 2000 et 2015, selon les données transmises à Pierre-Marc Bruno.

« Tout ça est survenu parce que le stade a servi de levier pour revitaliser un secteur en déclin. Les deux urbanistes rencontrés m’ont dit la même chose : l’expérience s’est avérée un tel succès que les Giants sont devenus beaucoup plus gros que le baseball à San Francisco. Ils sont maintenant des partenaires et des développeurs immobiliers importants pour les autorités municipales », raconte Pierre-Marc Bruno.

L’expérience s’est avérée un tel succès que les Giants pilotent un deuxième projet semblable, appelé Mission Rock, juste en face de leur stade de l’autre côté de la baie. On prévoit y aménager un milieu urbain foisonnant de places publiques et de parcs. On y retrouvera encore des espaces à bureaux, des commerces et des condos, mais 40 % des habitations qui y seront construites seront « abordables » et accessibles aux familles moyennes, ce qui vaut son pesant d’or dans une ville aux prises avec une forte crise du logement.

***

Après avoir vu et entendu ce qui a été fait à San Francisco, Pierre-Marc Bruno rêve tous les jours de voir un projet semblable surgir à Montréal. Il comprend mal que l’enthousiasme entourant le projet de retour du baseball majeur à Montréal ne surpasse pas davantage le niveau sportif.

Quand nous avons pris le petit-déjeuner ensemble, la semaine dernière, l’urbaniste est arrivé équipé de tableaux, schémas et cartes de toutes sortes.

« Ce stade, si on le construit un jour, sera bien plus qu’un bâtiment situé aux abords du Bassin Peel. Ses impacts vont se faire sentir à plusieurs niveaux. Ce sera une occasion de créer une vie de quartier dynamique et des places publiques, de combattre l’étalement urbain, de générer du tourisme et de faciliter l’implantation de logements abordables (Griffintown manque clairement de diversité à ce niveau). Ça permettrait aussi d’étendre la portée du quartier des affaires vers le sud et de contribuer à l’identité et au rayonnement de Montréal à l’échelle nord-américaine », plaide-t-il.

« Regardez! La voie ferrée au Vieux-Port est encore carrossable. En créant un quatrième pôle d’intérêt comme le stade (outre le REM), on pourrait créer un circuit local de tramway, semblable au loop de Chicago, qui relierait directement les principaux pôles d’attraction de Montréal, comme la rue Sainte-Catherine, les quartiers d’affaires et des spectacles et le Vieux-Port... »

Vu sous cet angle, avouez que le projet de retour des Expos est encore plus enthousiasmant.

Si c’est à ce genre de présentation et de vision que la mairesse a eu droit, il y a deux semaines, on peut comprendre qu’elle soit aussi soudainement devenue une ambassadrice du retour du baseball majeur à Montréal.

Plus d'articles

Vidéo du jour


Un gros chien fait des vagues en apprenant à nager





Rabais de la semaine