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Comprendre ces Québécoises qui portent le niqab

Dans le débat sur la laïcité, bien des choses ont été dites sur le niqab, ce voile qui couvre tout le visage sauf les yeux. Rencontre avec des experts des religions et des femmes qui portent le niqab pour mieux comprendre ce choix qui est controversé, même au sein de la communauté musulmane.

Il n'y a pas de portrait complet sur les femmes qui portent le niqab au Canada, mais rares sont les femmes musulmanes qui le portent au Québec. « C'est hyper marginal. On ne se trompe pas en disant [qu'elles sont] entre 50 et 100 sur une population d'environ 150 000 femmes », affirme le spécialiste des religions et chargé de cours à l'UQAM, Frédéric Castel.

« Il y a deux catégories. Il y a les femmes qui appartiennent à des mouvements intégristes, rigoristes. On peut les appeler les salafistes d'origine arabe ou pakistanaise. Et il y a des femmes d'origine rurale, qui ne sont pas nécessairement dans l'idéologie », dit-il.

Une étude visant à peindre un meilleur portrait du port du niqab au Canada a été commanditée par le Conseil canadien des femmes musulmanes.

La professeure associée au département religions et cultures de l'Université Concordia, Lynda Clarke, et son équipe ont recueilli le témoignage de 10 Québécoises et de 25 Ontariennes portant le niqab.

« C'est un engagement très profond, très spirituel, c'est peut-être un défi pour [elles] de supporter l'abus qu'[elles] reçoivent de la société et de rester calme », explique Lynda Clarke, ajoutant avoir appris que, parfois, « elles portent le niqab contre les vœux de leur famille et contre la volonté de leur mari ».

Pour plusieurs femmes qui portent le niqab, il s'agit d'un défi religieux, et non le résultat d'une quelconque pression familiale.

Warda, à Montréal

Dans le quartier Saint-Michel à Montréal, Warda ne passe pas inaperçu avec son niqab.

« Des fois, il y a des petites madames dans le bus qui viennent me prendre en pitié [et] qui me disent "Tu es libre, tu n'es pas obligé de porter ça ici". Les gens deviennent choqués quand j'explique que, non, je suis Québécoise », affirme-t-elle.

Cette ancienne fervente catholique porte le niqab depuis six ans par choix et par dévotion religieuse à l'islam. « Personnellement, je trouve qu'on ne doit pas attirer l'attention des hommes qui ne sont pas "permis", on va dire ça comme ça », explique Warda.

Si son mari est d'accord avec le fait qu'elle porte le niqab, Warda affirme que c'est d'abord et avant tout sa décision.

Shelli, à Brossard

Shelli, qui vit sur la Rive-Sud et qui est aussi née au Québec, porte également le niqab.

Elle le porte depuis 20 ans comme une barrière pour ne pas entrer en contact physique avec un homme qui n'est pas de sa parenté. « Le niqab me permet de fonctionner en société, de travailler et de conduire », explique-t-elle.

Cette mère de famille travaille et s'implique auprès d'une équipe sportive pour jeunes.

Des accommodements pour le niqab?

Warda et Shelli sont toutes deux prêtes à montrer leur visage pour des mesures d'identification et de sécurité. Elles disent également être bien intégrées dans la société. « Je suis profondément Québécoise. J'écoute les mêmes séries télévisées que tout le monde. J'ai le même bagage culturel. Je suis fière d'être Québécoise », dit Warda.

Je ne suis pas du tout oppressée, je fais tout et les discussions avec mon mari sont comme avec n'importe quel couple marié.

Shelli

Même si le malaise ambiant est bien réel, le service-conseil en matière d'accommodement raisonnable de la Commission des droits de la personne a reçu très peu de demandes concernant le niqab. « On a eu quatre cas au cours des cinq dernières années. [...] C'était des fournisseurs qui demandaient d'être guidés pour des motifs d'accommodements raisonnables », dit Jean-Sébastien Imbeault, chercheur et sociologue à la Commission des droits de la personne.

Des voix s'élèvent toutefois pour dire qu'il devrait y avoir davantage de recherches au sujet du niqab. Warda et Shelli souhaitent aussi un meilleur dialogue et une ouverture. Elles persistent et signent en disant que leur niqab ne cache pas de mauvaises intentions. « Je peux comprendre la réaction des gens, mais je pense qu'il y a un besoin de communication et d'informations sur le sujet », soutient Warda.

« Oui, ça m'implique plus dans la religion. Mais je crois que ça ne devrait pas m'exclure de la société non plus », dit Shelli.

Ces témoignages ne représentent toutefois pas nécessairement l'ensemble des points de vue des femmes qui portent le niqab.

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