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Consommation de cocaïne : le sort du juge Girouard en délibéré

Il n'y a aucune preuve que le juge de la Cour supérieure Michel Girouard a consommé de la cocaïne pendant sa carrière, insistent ses avocats devant le comité d'enquête chargé de faire la lumière sur ces allégations, à Montréal. Le magistrat tente d'éviter la destitution. Après avoir entendu les derniers arguments, le comité a pris l'affaire en délibéré.

Un texte de Geneviève Garon

Michel Girouard ne s'est pas déplacé en Cour fédérale à Montréal pour entendre les dernières représentations des deux parties devant le comité d'enquête qui recommandera au Conseil canadien de la magistrature s'il peut continuer de siéger comme juge en Abitibi.

La réponse est sans équivoque, selon le procureur-chef du comité : Michel Girouard doit être destitué.

« Nous sommes d'avis que les inconduites du juge Girouard portent manifestement et totalement atteinte aux notions d'impartialité, d'intégrité et d'indépendance de la justice », peut-on lire dans l'argumentation écrite de Me Marc-André Gravel.

Au cœur de cette affaire, des images de caméra de surveillance datées du 17 septembre 2010 tournent en boucle. Deux semaines avant d'être nommé juge, l'avocat Michel Girouard est dans l'arrière-boutique d'un club vidéo, à Val-d'Or, avec un de ses clients, Yvon Lamontagne. Ce dernier est un trafiquant de drogue étroitement surveillé par la police.

Michel Girouard dépose de l'argent sous un sous-main et M. Lamontagne lui remet un papier plié, un post-it, que l'avocat range dans sa poche. Ce papier contenait de la cocaïne, selon Me Gravel.

Lors de son témoignage, Michel Girouard a affirmé avoir donné de l'argent à son client afin de payer pour des films. Il a été incapable de se souvenir du montant, de la nature et du nombre de films. Il a répété n'avoir jamais consommé de drogue pendant sa carrière.

« À plusieurs égards, le témoignage du juge s'est avéré vague, ambigu ou intentionnellement sélectif. Son obstination à vouloir référer à des notes préparées ou à ses témoignages antérieurs a suscité l'étonnement qui ne peut avoir qu'un impact négatif sur la fiabilité et la spontanéité de la déposition », affirme Me Gravel.

Une amie le dénonce

Le procureur-chef du comité insiste sur la crédibilité des témoins, notamment une ancienne amie de M. Girouard, dont l'identité est protégée. La femme a déjà été en couple avec Alain Champagne, un homme condamné à 10 ans d'emprisonnement en 1994 pour avoir importé 20 kilos de cocaïne. Il aurait été un bon ami de Michel Girouard.

La témoin a raconté qu'à cinq reprises, son conjoint et M. Girouard ont consommé de la cocaïne ensemble dans les années 1990.

Le procureur n'a vu aucune mauvaise foi dans son témoignage. « Ça prend une bonne dose de courage pour faire ce qu'elle a fait. Je salue sa démarche », a-t-il déclaré.

Un témoignage exagéré?

Les avocats de Michel Girouard exhortent plutôt le comité d'enquête à se méfier des propos de cette femme. « C'est tellement extravagant et hors de proportion que ce n'est pas crédible », affirme Me Gérald R. Tremblay.

Lors de son témoignage, elle a décrit le juge comme étant un « cokehead », une expression anglaise très forte pour parler d'une personne dépendante à la cocaïne.

Or, si c'était réellement le cas, M. Girouard n'aurait pas pu effectuer son travail, estime Me Tremblay. « La quantité est tellement exagérée qu'il aurait été malade et non fonctionnel », soutient-il.

Les avocats soulignent que jamais personne n'a témoigné avoir vu Michel Girouard en train de consommer de la drogue. Ils insistent aussi sur le fait que les tests médicaux n'ont pas révélé la présence de drogue.

Au sujet du fameux post-it, ils mentionnent que rien ne démontre qu'il contenait de la cocaïne. « Il n'y a pas un iota de début de preuve [...] par rapport à ce post-it. » Selon M. Girouard, le papier contenait une simple note fiscale.

Une deuxième enquête

Les cinq membres du comité d'enquête du Conseil canadien de la magistrature ont pris l'affaire en délibéré et émettront leurs recommandations dans un rapport au cours des prochains mois. Le comité est formé des juges Ernest Drapeau, Marianne Rivoalen et Glenn D. Joyal, de même que des avocats Paule Veilleux et Bernard Synnott. C'est la deuxième fois que Michel Girouard passe par ce processus d'enquête.

En 2015, deux membres du comité sur trois recommandaient qu'il soit destitué. Le Conseil canadien de la magistrature avait toutefois refusé de le faire. C'est à la demande des ministres fédérale et provinciale de la Justice qu'un nouveau comité a été formé pour faire la lumière sur ces allégations.

Il lui est reproché d'avoir caché la vérité au premier comité et d'avoir menti sur sa consommation de drogue.

En attendant les recommandations, Michel Girouard continue de siéger en Abitibi. Il espère blanchir sa réputation, même si, selon son avocat Louis Masson, « les soupçons seront toujours là ».

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