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Contre Toronto, l'Impact s'est changé les idées

BILLET - Une douce ironie se dégageait de la formation partante de l'Impact de Montréal avant sa victoire de samedi sur le Toronto FC.

Un texte d'Olivier Tremblay

Quand Zakaria Diallo est tombé au combat, à la fin février, on annonçait une catastrophe inévitable. Sa rupture du tendon d’Achille ne laissait plus qu’un défenseur central de métier, Victor Cabrera, dans l’effectif.

Jukka Raitala, un arrière gauche, s’est sacrifié pour glisser dans l’axe aux côtés de Cabrera à l’ouverture de la saison. Comptons deux défenseurs centraux. Puis, le club a embauché le vétéran Rod Fanni, il y a une douzaine de jours. Ça faisait trois.

Qu’a donc fait Rémi Garde contre Toronto? Il a associé ses trois arrières centraux dans l’axe de la défense. L’Impact, qui vivait une pénurie à ce poste à peine quelques jours auparavant, se permettait maintenant de faire jouer toutes ses options à la fois, et sur le béton du stade olympique, de surcroît.

Pari risqué? Peut-être un peu. Mais s’il y avait un moment où tenter le coup, c’était samedi dernier, d’autant plus que la blessure à l’attaquant Matteo Mancosu a forcé Garde à revoir sa stratégie.

Pause internationale oblige, « seulement » six matchs figurent au programme de la MLS le week-end prochain, et le Bleu-blanc-noir aura congé. Deux semaines de repos attendent les joueurs après cet effort sur la pelouse synthétique maudite. Et même sans annonce du club, le défenseur français Rudy Camacho « instagramme » ses premiers moments dans la métropole. Le quatrième s’en vient.

De plus, sans match à préparer immédiatement, les entraîneurs auront tout le temps de tirer des leçons de cette première expérience fort concluante. Les Montréalais ont lancé une balle courbe au TFC, qui a peiné à en deviner la trajectoire. Ils ont pu se convaincre de leur capacité à modifier leur système et à récolter les fruits de cette adaptation.

La MLS a bien changé. Il y a quelques années à peine, ses équipes jouaient à peu près toutes en 4-4-2 et en 4-2-3-1. Les rares tentatives de défense à trois pouvaient donner des résultats lamentables (on salue le Chivas USA du Mexicain Chelis, aussi divertissant qu’inefficace).

À partir de 2016, quelques équipes, le TFC en tête, s'en sont bien tirées avec trois défenseurs axiaux à l’occasion. L’équipe de Greg Vanney a même joué tous ses matchs de séries éliminatoires avec ce système.

Après la défaite des siens en tirs de barrage en finale de la Coupe MLS, Vanney a poursuivi l’expérience, qui n’en était plus vraiment une en 2017. Le TFC a passé la saison à jouer à trois derrière avant de gagner la finale avec un rare 4-4-2. La défense à trois, redevenue en vogue un peu partout dans le monde, a trouvé sa place en MLS.

Suivre les tendances

La richesse tactique de la ligue a suivi sa richesse, tout court. Dès 2016, les clubs ont pu faire l’acquisition de joueurs grâce à un nouveau mécanisme, l’argent d’allocation ciblé, le résultat d’un investissement de 37 millions de dollars américains de la ligue.

Cette mesure a notamment permis la composition d’effectifs plus équilibrés, où les 7 joueurs du banc ne supportent pas nécessairement mal la comparaison avec les 11 titulaires. Des athlètes plus talentueux et polyvalents se joignent à la MLS. Les équipes disposent d’options de plus en plus intéressantes et variées.

Alejandro Silva, par exemple. L’Impact a annoncé l’embauche de l’Uruguayen, lundi, et l’a présenté à ses partisans à la fois comme attaquant qui joue sur la droite et comme milieu de terrain central. D’ailleurs, dans le 5-3-2 de samedi, difficile de le placer ailleurs qu’aux côtés de Saphir Taïder dans l’axe, devant l’excellent Samuel Piette.

De la même façon, Raheem Edwards a joué sur la droite dans un 4-3-3, mais comme latéral gauche dans le 3-5-2 torontois. Michael Petrasso peut occuper une variété de postes sur le côté droit. Jeisson Vargas peut jouer à l’aile ou devant. Tous sont devenus Montréalais cet hiver.

L’Impact aurait sans doute préféré que les renforts ne prennent pas autant de temps à arriver. Mais avec les récentes embauches, le retour des blessés en cours de saison et la promesse d’autres acquisitions, l’Impact pourrait se donner les moyens de suivre les tendances d’une ligue où la faculté de surprendre l’adversaire est de plus en plus de mise.

Est-ce que ça sent la Coupe? N’exagérons rien. La course aux séries éliminatoires devrait être difficile. Mais une victoire contre le richissime champion en titre de la MLS, acquise de cette façon, permet au moins d’espérer que l’Impact réussira à s’adapter à la plupart des situations.

Et bientôt, il restera même un défenseur central ou deux pour le banc.

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