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Couillard agressé : « On n'est pas à l'abri, personne, de ce genre de choses là »

Le premier ministre Philippe Couillard a relativisé l'incident survenu jeudi soir lors duquel un militant trans s'en est pris à lui, alors qu'il participait à une veillée aux chandelles en hommage aux victimes de la fusillade d'Orlando.

L'individu, Esteban Torres, a été accusé de voies de fait cet après-midi au palais de justice de Montréal. Il a plaidé non coupable et a été remis en liberté sous certaines conditions. 

Lors d'une entrevue accordée à Radio-Canada, à Roberval, Philippe Couillard - qui n'a subi aucune blessure - a estimé que son personnel de sécurité a bien réagi.

« Je me sens bien ce matin, j'étais bien entouré, la chose a été prise en main très vigoureusement », a-t-il déclaré. « Malheureusement, dans notre société, ce sont des choses qui se produisent. J'espère qu'elles ne se reproduiront pas encore, mais on n'est pas à l'abri - personne - de ce genre de choses là. »

« C'est un événement imprévisible, vous avez vu à quelle vitesse ça s'est déroulé, a-t-il poursuivi. Tout de suite, la personne a été prise en main. »

La saison estivale et ses nombreuses festivités s'amorçant à peine, le premier ministre n'entend pas pour autant modifier ses habitudes à la suite de cet incident. « Si je me retirais complètement de la communauté, je ne pense pas que ce serait très utile pour personne », a-t-il indiqué. « J'ai besoin de rencontrer les gens et d'échanger avec la population ».

M. Couillard a souligné que les mesures de sécurité entourant ses sorties publiques font toujours l'objet d'une évaluation du risque et qu'il continuera de gérer ces situations en se fiant aux évaluations du personnel de sécurité.

St-Pierre et Lisée racontent leur version

En entrevue à Radio-Canada, la ministre des Relations internationales et de la Francophonie, Christine St-Pierre, dit avoir cru que le premier ministre avait été frappé au visage par Esteban Torres. La cérémonie atteignait alors son point culminant.

« Il y a eu une minute de silence. Et là, ce jeune homme-là, qui avait parlé pendant la cérémonie a crié [...] : "je veux prendre la parole", en espagnol. Il regardait les caméras. Alors on attendait qu'il dise quelque chose », a-t-elle relaté.

« Et il s'est rapidement tourné vers le premier ministre et a mis sa main au visage du premier ministre. D'autres témoins qui étaient dans l'autre angle disent qu'il a lancé quelque chose au premier ministre. Moi, ce que j'ai vu, c'est une main qui touche, qui veut frapper le premier ministre. »

« Ça s'est fait très très rapidement. J'étais à côté du premier ministre. J'ai fait un geste pour le protéger. [...] J'ai pas réfléchi », a ajouté Mme St-Pierre. 

La ministre est d'avis que les gardes du corps présents ont agi de façon impeccable dans les circonstances. Elle admet avoir eu « un peu » peur dans la foulée de l'agression, puisqu'elle sentait qu'on lui poussait dans le dos. Elle dit avoir lâché prise après avoir constaté qu'il s'agissait de son garde du corps qui l'entraînait loin des lieux.

Mme St-Pierre déplore la tournure qu'a pris l'évènement, qu'elle décrit comme un « grand mouvement de tolérance et d'amour ».

« C'est triste que ce jeune homme-là ait fait ça, parce que, finalement, l'évènement a perdu toute sa couverture », dit-elle. « C'est lui qui a fait la couverture, alors qu'il venait de faire un message de tolérance et d'acceptation. C'est certainement quelqu'un qui a souffert aussi dans son enfance, dans sa jeunesse. C'est très dommage. »

Le député de Rosemont, Jean-François Lisée, donne une version des faits similaire. Selon lui, Esteban Torres a repris la parole « alors que son moment était passé », pour faire une « courte tirade que je n'ai pas bien comprise », a-t-il relaté sur sa page Facebook. 

« Puis [il] a lancé "que empieza la revolución!" (que commence la révolution!) en lançant quelque chose - on a dit une petite boule de papier noir - au premier ministre. »

« Tout s'est passé très vite. Christine Saint-Pierre, qui était juste à côté de M. Couillard, a étendu son bras pour protéger son chef. Les gardes du corps sont intervenus, Torres a tenté de prendre un flambeau porté par une garde de sécurité de la fierté gaie.

« Un constable - mon ancien garde du corps Robert Landry - le lui a arraché des mains », a-t-il expliqué.

Le président de Fierté Montréal, Éric Pineault, a condamné l'action du militant et a déploré le geste.

Des personnalités publiques ont dénoncé ce geste sur les médias sociaux. « Tout geste d'intolérance et violent est inadmissible », a écrit le maire de Montréal, Denis Coderre, sur Twitter. « Inadmissible de s'en prendre physiquement à notre premier ministre », a tweeté pour sa part le candidat à la direction du Parti québécois, Alexandre Cloutier.

Le journal Métro a, pour sa part, condamné « fortement » vendredi le geste commis par son ancien vlogueur, Esteban Torres. Ce dernier avait produit un vlogue l'an dernier pour Métro qui avait peu après mis fin à leur collaboration.

L'événement, organisé par Fierté Montréal et le collectif Carré rose, voulait dénoncer « l'homophobie, le racisme et le sexisme », en plus d'honorer la mémoire des victimes de la tragédie. La veillée s'est tenue au parc de l'Espoir, au coeur du Village gai de Montréal.

Philippe Couillard, la consule générale des États-Unis à Montréal, Nina Maria Fite, Denis Coderre, la ministre du Patrimoine, Mélanie Joly, et la députée de Québec solidaire Manon Massé ont notamment pris la parole.

Tuerie à Orlando

Les ministres provinciales Christine St-Pierre et Stéphanie Vallée étaient également présentes au rassemblement.

D'autres représentants de groupes communautaires ont aussi livré un discours, parfois en français, parfois en espagnol. Réécoutez notre Facebook Live ici.

La foule était importante au rassemblement. Avant que la soirée ne se termine abruptement, le nom des victimes a été lu et un moment de recueillement a été observé.

Fierté Montréal a également organisé, en collaboration avec l'organisme LGBT in the City et Mathieu Guy, des Productions M's, un spectacle-bénéfice au théâtre Le National. L'argent recueilli sera remis par Fierté Montréal aux familles des victimes les plus démunies.

D'autres événements ont été organisés à Montréal en mémoire des victimes plus tôt cette semaine. La chanteuse Ariane Moffatt, par exemple, a invité la communauté québécoise LGBT (lesbienne, gaie, bisexuelle et transgenre) mercredi à son concert aux FrancoFolies de Montréal.

Des rassemblements se sont également déroulés à Québec et à Sherbrooke.

La tuerie qui a eu lieu dans la discothèque gaie Pulse à Orlando, en Floride, a fait 50 morts, dont le tueur, et 53 blessés. 

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