Retour

De Blade Runner 2049 à La mort d’un commis voyageur

Par quoi je commence? Blade Runner 2049? Va pour le film, même si l'on en a parlé abondamment avant et après la pleine lune d'octobre. Villeneuve a réussi un tour de force en faisant une suite, qui n'en est pas vraiment une, du long métrage que Ridley Scott a signé en 1982 et qui est devenu, au fil des ans, un film culte.

Personnellement, comme d’autres, n’étant pas un amateur de science-fiction, je n’avais pas trop mordu à cette histoire de réplicants à l’époque des épaulettes surdimensionnées.

Récemment, histoire de balayer les mauvais souvenirs et les malentendus, je l’ai revu deux fois et j'ai essayé de comprendre ce qui avait bien pu m’échapper alors. Or, c’est en voyant Blade Runner 2049 que j’ai réalisé que la froideur du film de Scott m’avait empêché d’adhérer entièrement à son univers. Villeneuve, lui, a réussi tout le contraire. Par sa sensibilité indéniable et son talent hors du commun, il a donné une pulsation à une histoire qui, si elle fait référence au long métrage original, se tient par elle-même. Je m’arrêterai là. À vous maintenant de savourer, comme je l’ai fait, ces 2 h 45 de bonheur post-black-out.

Fidélité envers le FNC

En fait, aujourd’hui, j’ai davantage envie de lever mon chapeau. Villeneuve n’était pas obligé de présenter son long métrage en ouverture du Festival du nouveau cinéma (FNC) et, j’en suis sûr, il a dû avoir quelques discussions corsées avec la maison de production pour qu’on permette une projection du film deux jours avant sa sortie commerciale tant attendue. Pour ça, je le salue, ainsi que pour sa fidélité à sa ville et à ce festival qui a injecté au fil des ans le virus du cinéma à tant de gens qui en sont devenus accros.

Je lève aussi mon chapeau aux autres réalisateurs qui étaient dans cette salle au son ajusté, perfectionné et ressuscité grâce, là encore, à Denis Villeneuve. Pour ça aussi d’ailleurs, pour avoir réussi à améliorer à ce point la qualité sonore du théâtre Maisonneuve, qui était plus que déficiente jusqu’à maintenant, je le salue. Le pouvoir créateur et la renommée peuvent aussi servir les bonnes causes.

Je lève donc également mon chapeau à ces cinéastes, les Jean-Marc Vallée, François Girard et autres que je n’ai probablement pas aperçus, qui étaient présents à cette projection. Ça démontre certes leur amour du cinéma, mais cela prouve surtout la solidarité qu’ils se manifestent entre camarades. On ne peut pas en dire autant de tous les réalisateurs du Québec.

Un dernier coup de chapeau enfin au cofondateur du FNC, Claude Chamberland, qui après 46 ans quitte la direction du festival. Le connaissant, il ne s’éloignera pas trop. Cela dit, cet iconoclaste, qui a su tenir son festival à bout de bras, défiant vents, marées et tempêtes, ce fou furieux du cinéma qui par sa passion démente nous a fait découvrir quelques-uns des plus grands cinéastes des 50 dernières années, parvenant même à les attirer jusqu’à nous, cet anticonformiste qui n’est égal qu’à lui-même, peu importe où il se trouve, qu’il soit sur la Croisette, dans un bar crado de la ville ou à la campagne, cet excentrique qui a insufflé une vie au boulevard Saint-Laurent, ce gars-là, dis-je, est un des importants personnages de l’univers culturel québécois. Il est un grand.

Un saut en 1949

Le lendemain de Blade Runner, j’ai fait un salto arrière spatiotemporel, de 2049 à 1949, pour revenir à l’Amérique décrite sombrement, mais avec génie, par Arthur Miller. Cette pièce maintes fois montée chez Duceppe, je l’ai vue et revue, mais cette fois, je ne pouvais rater le retour sur scène de Marc Messier qui, après 38 ans de Broue, s’est attaqué à ce rôle mythique.

Cette pièce dense et intense traite de la désillusion du rêve américain et de la relation d’un père avec son fils. Bref, sans me lancer dans l’analyse ou la critique, je me contenterai de quelques mots sur cette œuvre, mise en scène sobrement par Serge Denoncourt. Dieu que le théâtre fait du bien à l’âme quand il est bon et grand.

La distribution de cette production du Rideau Vert est impressionnante. Marc Messier d’abord; remarquable! Son rendez-vous avec ce rôle gigantesque est plus que réussi et il fait la preuve de la dimension de l’acteur.

Je ne peux passer à travers toute la distribution, mais il faut souligner, outre l’interprétation de Messier qui joue sur la corde raide de la désillusion et de la fragilité, celle d’Éric Bruneau. Campant Biff, un être à fleur de peau, fils déchiré et mal-aimé, il s’impose comme le miroir parfait du personnage de Willy Loman, incarné par Messier.

Louise Turcot, plus qu’excellente et désarmante sous les traits d’une femme aimante d’une autre époque, tire les larmes. Alors que quelques courtes scènes suffisent pour que Manuel Tadros, qu’on n’attendait pas lui non plus dans le rôle de Charley, nous offre le droit au sourire et à l’empathie déchirante qu’il éprouve pour son ami Willie.

Le réalisme n’a rien ici d’hyper ni de néo (réaliste), il est simplement cruel, comme la vie sait parfois l’être.

Plus d'articles

Commentaires