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De l'urgence à la clinique : une recette gagnante

Désengorger les urgences en réorientant certains patients vers des cliniques. L'idée a fait son chemin dans plusieurs hôpitaux du Québec et là où l'expérience est tentée, elle semble concluante. À Montréal, l'hôpital Sacré-Coeur pousse loin le concept et le projet est un franc succès.

Un texte de Jean-Sébastien Cloutier

Depuis presque un an, 10 % de l'ensemble des patients de l'urgence de l'hôpital ont été réorientés vers une des trois cliniques avoisinantes qui participent au projet.

« On va dépasser les 5000 patients réorientés en moins d'un an. Ça veut dire 400 à 500 par mois. Le projet est très, très sécuritaire. On a fait un suivi des cas qui reviennent, on a analysé s'il y avait des dangers. Il n'y en a pas », explique Alexandre Messier, urgentologue à l'hôpital Sacré-Coeur.

Dans le jargon médical, on appelle les patients visés des P4 et des P5, les deux catégories de patients les moins prioritaires. « Par exemple, ceux qui ont des infections urinaires, des maux de dos, des lacérations. Donc, tous les problèmes de santé qui sont importants, mais qui peuvent être pris en charge ailleurs que dans un hôpital pour que ce soit plus agréable pour le patient », explique le Dr Messier, qui est à l'origine du projet.

À Sacré-Coeur, ces patients sont rapidement pris en charge par une infirmière au tri qui les questionne sur leur état. Elle utilise un logiciel créé spécifiquement pour le projet. Une fois les symptômes évalués, elle offre aux cas les moins graves un rendez-vous dans une des trois cliniques la journée même. À condition qu'ils acceptent.

Bonne prise en charge du patient

« Le patient part avec mon triage, donc avec l'évaluation de l'infirmière, les signes vitaux mis à jour, les glycémies et tout ce qu'on a besoin [...]. Il ne passe pas par un médecin, il est évalué par nous, va prendre son billet et quitte pour la clinique », dit Jessica Caron, infirmière au tri à l'hôpital Sacré-Coeur

« Donc le patient se sent bien pris en charge, il sait que c'est sécuritaire, il sait qu'il s'en va à un rendez-vous avec une heure précise, il sait qu'il n'aura pas à payer de stationnement. Je donne des exemples, mais on a regardé tout ça », ajoute le Dr Messier, qui a été approché pour exporter son projet et son logiciel.

Comme l'hôpital Sacré-Coeur est spécialisé dans les cas lourds de traumatologie, il arrivait souvent que des patients, dont l'état était jugé moins grave, décidaient de quitter l'urgence sans avoir vu le médecin parce qu'ils en avaient assez d'attendre. Depuis un an, ils seraient 30 % moins nombreux à le faire.

Être envoyé vers une clinique, idéalement la clinique où travaille son médecin de famille, permet un meilleur suivi du patient par la suite. La clinique Plein Ciel, à Ville Saint-Laurent, est une des trois cliniques qui accueillent des patients de Sacré-Coeur. Des plages horaires leur sont réservées, et l'expérience est plutôt satisfaisante. 

« On a beaucoup plus de patients sensibilisés à ne pas aller à l'urgence pour essayer de diminuer le débordement. Et ça démontre quel genre de services on peut offrir à la population », dit Tarek Khreiss, médecin de la clinique Plein Ciel.

Plusieurs autres hôpitaux réorientent aussi des patients vers des cliniques partenaires. Dans la région de Montréal, des établissements comme l'hôpital juif, Maisonneuve-Rosemont, Santa Cabrini et Pierre-Boucher en sont des exemples. Les façons de faire et les chiffres diffèrent, mais l'objectif est le même : désengorger les urgences. De façon générale, leurs résultats sont encourageants.

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