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Décès d'Alain Magloire : le coroner Malouin déplore l’inaction du ministère de la Santé

Près d'un an après avoir rendu public son rapport sur la mort du sans-abri, Alain Magloire, abattu par un policier dans le centre-ville de Montréal, le coroner Luc Malouin se dit déçu des suites qu'a données le ministère de la Santé à ses recommandations. Il critique aussi le réseau de la santé pour son inaction dans ce dossier.

Un texte de Jean-Philippe Robillard

« Je pense qu'un an plus tard, on n'a pas réellement saisi l'importance du problème. Le fond du problème est toujours présent et on ne semble pas vouloir s'y attaquer sérieusement », dit M. Malouin.

Le coroner déplore que le ministère de la Santé n'en ait pas fait davantage pour améliorer les soins aux itinérants qui ont des problèmes de santé mentale, alors que 5 des 14 recommandations de son rapport s'adressaient à ce ministère.

Il avait notamment suggéré d'ouvrir une clinique de santé urbaine au centre-ville de Montréal pour les sans-abris et d'améliorer la transmission des renseignements médicaux entre les établissements de santé de l'île de Montréal.

Mais selon lui, le ministère continue de faire la sourde oreille à ses recommandations.

Tant et aussi longtemps qu'on n'apportera pas un suivi valable et efficace dans la communauté aux gens atteints de maladie mentale, on n'arrivera jamais à des résultats concrets.

Luc Malouin, coroner

Il ajoute que « contrairement à ce que les hauts-fonctionnaires du ministère de la Santé disent, il n'y a pas de communications entre les divers intervenants du milieu de la santé (...) » Selon le coroner, dans de telles conditions, il est impossible de donner des services de santé mentale adéquats aux itinérants et aux personnes atteintes de maladies mentales.

Le coroner Malouin critique également le réseau de la santé pour la mort récente d'un sans-abri, près de la Mission Old Brewery à Montréal. « Le réseau de la santé n'a pas joué son rôle », affirme-t-il.

Au ministère de la Santé, on a précisé par courriel que « le MSSS a pris note des recommandations du coroner Malouin dans son rapport liés au décès d'Alain Magloire et travaille à y donner le suivi approprié. Une lettre sera prochainement transmise au bureau du coroner pour faire état des réponses du MSSS aux recommandations du rapport. Nous ne commenterons pas davantage avant que cela soit fait. »

Plus de pistolets à impulsion électrique

La police de Montréal a aussi donné suite à la recommandation du coroner d'augmenter le nombre de pistolets à impulsion électrique disponibles aux policiers travaillant au centre-ville de Montréal.

Le chef de la police de Montréal, Philippe Pichet, a confirmé l'achat en juillet dernier d'une cinquantaine de pistolets taser qui seront bientôt disponibles.

Même si le coroner Malouin se réjouit que le SPVM ait suivi sa recommandation, il admet que le taser n'est pas une arme parfaite, surtout lorsque les policiers font face à des personnes atteintes de troubles mentaux.

Je me dis que le taser est une solution dans plusieurs situations, parce que la chance de survie, on s'entend, est très supérieure avec le taser qu'avec l'arme à feu.

Luc Malouin, coroner

Le maire de Montréal Denis Coderre a aussi posé des gestes dans la foulée du rapport Malouin. Il a notamment nommé le premier Protecteur des personnes en situation d'itinérance et mis sur pied un comité sur l'itinérance.

Meilleure formation des policiers

Cependant, le coroner se dit satisfait des mesures qui ont été prises par la police de Montréal et par l'École Nationale de police du Québec pour améliorer la formation en santé mentale, comme il l’avait suggéré.

Par contre, il déplore toutefois que les directions des cégeps qui offrent le programme de technique policière n'en ait pas fait autant.

Le problème, à mon humble avis, c'est au niveau des cégeps où, à ma connaissance, on continue de réfléchir sans aller plus loin.

Luc Malouin, coroner

À l'École Nationale de police à Nicolet, le directeur de la formation, Pierre Savard, affirme que des changements ont été apportés à méthodes d’enseignement avant même le dépôt du rapport du coroner Malouin.

« C'est de donner des outils à nos futurs aspirants policiers sur comment intervenir, comment tenter de désamorcer une personne qui est en crise. (...) On a intégré deux séminaires : le séminaire en désescalade, le séminaire en gestion du stress et des émotions et on a bonifié des scénarios qui font face à ce type de réalité là », précise M. Savard.

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