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Déguisé en équipe robuste, le Canadien ne trompe personne

BILLET – À la fin des années 1970 et au début des années 1980, un personnage qu'on appelait The Great Imposter (le grand imposteur) fascinait les amateurs de sport nord-américains.

Barry Bremen, un sympathique vendeur du Michigan doté d'une bonne carrure athlétique, avait remporté un pari en 1979 en parvenant à se faufiler dans la séance d’échauffement du match d’étoiles de la NBA, en revêtant l’uniforme d’un vrai joueur.

Sa prestation avait été suffisamment crédible pour lui permettre d’échanger des passes avec Kareem Abdul-Jabbar et les autres supervedettes du basket pendant l’avant-match au complet. Et il était alors devenu une sorte d’étoile... et un cauchemar pour les agents chargés d’assurer la sécurité dans les grands événements sportifs.

Ne reculant devant rien, Bremen est ensuite parvenu à s’entraîner avec les joueurs de la Ligue américaine et à se faufiler jusqu’à la photo d’équipe au match des étoiles du baseball majeur, dans un uniforme des Yankees. L’année suivante, en 1980, impeccablement costumé, le grand imposteur s’était aussi glissé parmi le groupe d’arbitres d’un match de la Série mondiale, derrière le marbre, durant les hymnes nationaux.

Bremen avait repoussé les limites de l’audace jusqu’à perdre 25 livres et à répéter les chorégraphies des meneuses de claque des Cowboys de Dallas, ce qui lui avait permis de faire une (courte) présence en leur compagnie durant un match Cowboys-Redskins.

Son plus grand fait d’armes aura été, en 1985, de disputer une ronde d’entraînement complète à l’Omnium de golf des États-Unis en compagnie de Fred Couples et de Curtis Strange. Il s’était fait passer pour un obscur joueur issu des rondes de qualifications, et il s’était joint à Couples et à Strange au deuxième trou!

Bref, Barry Bremen possédait un talent extrêmement particulier pour camper, de façon crédible et très ponctuelle, des rôles auxquels il lui était impossible d’accéder dans la vraie vie.

Et c’est un peu ce qu’a fait le Canadien, mercredi soir, lors de son premier affrontement éliminatoire contre les Rangers de New York.

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Même si Marc Bergevin a fait l’acquisition de joueurs plus imposants à la date limite des transactions, l’ADN du CH n’a jamais changé. Voilà une équipe qui est parvenue à occuper le premier rang de sa division durant toute la saison en misant sur un excellent gardien, sur une structure défensive efficace et sur la vitesse.

Or, sans doute gonflés par l’ambiance électrique qui régnait au Centre Bell, les hommes de Claude Julien ont entrepris leur parcours éliminatoire en portant un déguisement des anciens Bruins de Boston, et en s’engageant dans un concours de « celui qui frappe le plus fort » avec leurs opposants new-yorkais.

En tout, le Tricolore et les Rangers se sont échangé 98 mises en échec, dont 53 pour Montréal.

Le CH, qui a pratiqué un style physique cette saison, figurait au 12e rang de la LNH quant au nombre de mises en échec distribuées, avec une moyenne de 22,7 par rencontre. Mercredi, l’équipe a donc fait bondir cet aspect de son jeu de 133 %. Ce n’est pas rien.

Cette tentative de personnification d’une équipe robuste a toutefois donné lieu à des scènes pour le moins étranges.

Paul Byron, qui pèse 150 ou 160 livres lorsque son uniforme est détrempé, a passé la soirée à tenter de pilonner les défenseurs des Rangers. Il a bouclé sa soirée de travail avec sept mises en échec, soit le plus haut total de son équipe. Pourtant, si Byron avait tenté de se frayer un chemin dans le hockey en misant sur sa robustesse, il évoluerait aujourd’hui dans une ligue de garage.

Artturi Lehkonen, qui vivait son baptême des séries éliminatoires, a écopé d’un total de quatre pénalités mineures cette saison. Mais soudainement, le petit Finlandais s’est mis à jouer les matamores et à tenter de faire passer des joueurs des Rangers à travers la clôture. Il a terminé le match avec cinq mises en échec, le deuxième total de l'équipe.

Voilà deux joueurs qui ont totalisé 41 buts en saison et qui n'ont rien généré en attaque. Zéro pis une barre, comme on dit chez nous.

Même chose pour Alexander Radulov, qui a passé la majeure partie de la soirée à rechercher le gros coup d’épaule. Et que dire de Max Pacioretty, qui a semblé se blesser en tentant de remettre la monnaie de sa pièce au défenseur Dan Girardi, qui venait de le heurter durement au centre de la patinoire?

Disons les choses comme elles sont: le CH n’a aucune chance de remporter cette série si les joueurs censés animer son attaque – qui est moyenne – s’entêtent à revêtir des habits que ne sont pas les leurs.

Des joueurs comme Andrew Shaw, Steve Ott, Andreas Martinsen et Dwight King sont payés pour faire ce boulot, et ils l’ont accompli avec brio dans ce premier match. Idem pour Shea Weber, qui a fait passer plusieurs moments douloureux et difficiles au meilleur marqueur des Rangers, Mats Zuccarello.

***

Tout comme Barry Bremen, et même si ça ne doit pas (et ne peut) durer, le CH est tout de même parvenu à se déguiser de façon convaincante dans ce premier match.

Montréal a dominé les Rangers par 10 à 7 au chapitre des chances de marquer et par 53,1 % à 46,9 % en ce qui a trait à la possession de rondelle.

Quand vous limitez la quatrième attaque de la LNH à seulement sept chances de marquer, vous venez clairement de livrer un très bon match.

Par ailleurs, de nombreux observateurs ont crié au génie à la suite du jeu blanc enregistré par Henrik Lundqvist. Il faut en conclure que le gardien des Rangers est aussi parvenu à jouer à l’imposteur dans ce premier affrontement.

King Henrik a paru fragile sur plusieurs tirs de routine, notamment en première période, alors que même de banals arrêts de la mitaine semblaient difficiles à réaliser. On pourrait dire de Lundqvist qu'il était déguisé en boxeur. Le pointage n'indique pas à quel point il s'est battu avec la rondelle...

Pour le CH, voilà une autre bonne raison de se concentrer sur le système et les atouts qui lui ont permis de récolter 103 points cette année.

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