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Demandes d'asile : les fausses informations se multiplient sur le web

De fausses informations circulent sur les réseaux sociaux concernant le passage clandestin de réfugiés haïtiens à la frontière canadienne. Des messages diffusés sur WhatsApp, Facebook et YouTube laissent croire qu'il suffit de franchir la frontière pour être admis au pays.

Le président américain Donald Trump a menacé en mai dernier de retirer le statut de protection temporaire aux Haïtiens qui se sont réfugiés aux États-Unis à la suite du tremblement de terre en 2010.

Depuis, de nombreuses vidéos ont été publiées, notamment sur YouTube, par des internautes qui expliquent comment traverser la frontière canadienne.

Mais si certaines personnes tentent d’informer les Haïtiens sur les lois et les marches à suivre pour entrer au pays, d’autres répandent des informations trompeuses.

Une fausse invitation du Consulat général du Canada

Le 17 juin dernier, un avocat spécialisé en droit de l'immigration, Macx L. Jean-Louis, a organisé une rencontre d’information dans une église du New Jersey. Il avait invité l’avocate torontoise Veronica Wilson pour expliquer à la communauté haïtienne comment le système d’immigration canadien fonctionne.

La séance, tenue dans une salle pleine à craquer, a été filmée et diffusée sur les médias sociaux. Or, des internautes l’ont présentée comme une rencontre organisée par le Consulat général du Canada à New York.

« Le Consulat du Canada aux États-Unis a tenu une séance au New Jersey. Il a invité et même encouragé les Haïtiens à appliquer pour une résidence canadienne », pouvait-on lire après la rencontre dans un message envoyé sur Whatsapp. « Les frais seront couverts par le gouvernement canadien. »

Me Jean-Louis, dont le numéro de téléphone apparaît dans le message, dit avoir été inondé d'appels après la diffusion de ce message. Il ne sait pas qui l'a envoyé, mais, selon lui, la personne habite à Montréal.

Quant à sa collègue, Me Wilson, elle dit avoir expliqué que les travailleurs qualifiés qui parlent français pouvaient présenter une demande d’immigration, tout simplement.

Confusion sur les réseaux sociaux

Des messages envoyés par un organisme établi à Miami, la Haitian Diaspora Organization, soulèvent aussi des questions.

La page Facebook est suivie par environ 11 000 abonnés, et le compte WhatsApp de l’organisme compte 5000 membres.

Son directeur général, Jude Metellus, a affirmé à CBC, le réseau anglais de Radio-Canada, qu’il avait lancé une campagne sur les réseaux sociaux pour encourager les Haïtiens, qui n’ont pas d’autres options, à traverser la frontière où il n’y a pas de postes de contrôle.

Il a conseillé à ceux qui veulent faire le voyage – et qui n'ont pas d'autres options – que la façon la plus rapide est de « se rendre en voiture à la frontière et de faire une demande d’asile », sans leur garantir quoi que ce soit.

« C’est un risque que plusieurs sont prêts à prendre », a-t-il ajouté.

Interrogé à ce sujet sur Facebook, l’organisme a répondu ne pas avoir lancé une telle campagne.

Rectifier le tir

Alors que les fausses informations se multiplient, d’autres internautes tentent de rectifier le tir. Sur YouTube, un homme explique en créole qu’il est « difficile d'obtenir un statut de réfugié au Canada ».

Dans les commentaires, une femme écrit pourtant que « le Canada reçoit tous les immigrants » et que « le Canada est le meilleur pays pour les immigrants ».

L'auteur lui répond qu’il y a des exceptions lorsque les demandeurs ont de la famille sur place, mais que, pendant les démarches, les Haïtiens n’ont pas de statut légal.

Un message d’espoir

Un tweet du premier ministre Justin Trudeau semble être à l’origine de la confusion sur les conditions d’accueil au Canada.

Le message a été publié le 28 janvier dernier, après la première version de l'interdit de séjour imposé par Donald Trump aux ressortissants de neuf pays musulmans.

Le directeur général de la Haitian Diaspora Organization, Jude Metellus, a d’ailleurs indiqué avoir lancé sa campagne après avoir vu le tweet du premier ministre.

« Ils [les Haïtiens] lisent sur les réseaux sociaux que le Canada est prêt à les accueillir sur un tapis rouge, comme s’ils étaient syriens, et qu’ils sont les bienvenus », dit Jean-Ernest Pierre, directeur de la station de radio communautaire haïtienne CPAM, installée à Montréal.

Selon lui, il n’y a pas de mauvaise intention derrière ces fausses informations. Il croit que ceux qui envoient ces messages veulent donner de l’espoir, « mais c’est totalement faux de dire que le Canada est prêt à recevoir toutes ces personnes ».

« Ils espèrent traverser la frontière et avoir un statut de résident permanent, mais ce n’est pas vrai », confirme la directrice générale de la Maison d'Haïti, Marjorie Villefranche.

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