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Demandeurs d'asile en recherche d'emploi nés « sous une bonne étoile »

Lucas estime être né sous une bonne étoile : en six mois, il a décroché deux emplois. Bien qu'il soit difficile de connaître la proportion de demandeurs d'asile qui ont bel et bien intégré le marché du travail grâce à leur permis, leurs démarches sont parfois rapidement couronnées de succès.

Un texte de Chu Anh Pham

Lucas a décroché un nouvel emploi de soir en service à la clientèle au téléphone, à la fin avril, tout près de son logement du quartier Hochelaga-Maisonneuve, à Montréal.

Il s’agit même de son deuxième emploi depuis qu’il est arrivé au pays l’automne dernier.

« Le premier emploi, c’était de la vente sous pression. J’étais pourri et on me l’a fait savoir au bout de deux mois », lance-t-il avec humour et humilité.

L’homme de 46 ans s’exprime dans un français impeccable, en plus de parler couramment l’anglais, le portugais et l’espagnol.

Sa véritable expertise? La santé et la sécurité incendie, expérience acquise dans l’industrie pétrolière. Il n'a pas de diplôme universitaire en raison de la guerre civile qui a frappé son pays.

Cet Angolais a fui son pays d’origine parce qu’il craignait pour sa vie.

« J’ai tenté d’organiser un syndicat de travailleurs pour les plongeurs de diamants dans ma région. Ils étaient exploités, raconte-t-il. Les dirigeants là-bas n’ont pas aimé ça. »

Son chemin pour l’exil : Johannesburg, New York, Boston, Burlington et, ensuite, le fameux chemin Roxham qui relie la municipalité de Lacolle, au sud de la Montérégie, à l’État de New York.

Il se souvient encore de son arrivée au poste frontalier de Lacolle, seul avec sa valise, sans croiser de douaniers des deux côtés de la frontière. Ce n’est qu’une fois en sol canadien qu’il s’est fait intercepter.

Organisme débordé

Immigration, Réfugiés et Citoyenneté Canada a délivré 12 582 permis de travail pour des demandeurs d'asile au Québec entre mai 2017 et mars 2018.

De ce nombre, l’organisme La Maisonnée en a aidé « au moins 300 » pour qu’ils intègrent le marché du travail, sans compter les quelque 950 autres pour des services divers.

Un surplus de tâches inattendu.

« On fait tous du bénévolat présentement pour cette cause », lance de bon coeur la coordonnatrice de projets en employabilité, Nisrin Al Yahya.

Son OSBL n’a reçu aucune aide financière supplémentaire depuis la crise migratoire.

À l'origine, l’organisme, qui fête bientôt son 40e anniversaire, ne devait aider des demandeurs d’asile qu’à trouver un logement.

Des appartements modestes, mais convenables, grâce à l’aide de la population et à de bonnes relations avec certains propriétaires.

Lucas, lui, partage un 3 et demi en face du stade olympique avec un autre Angolais rencontré à Montréal.

Une fois les demandeurs d’asile installés, la question de l’emploi devenait inévitable. La Maisonnée les a donc aidés à faire un curriculum vitae, à comprendre le fonctionnement du marché du travail et à entrer en contact avec des employeurs.

« Depuis novembre dernier, deux à trois employeurs par mois sont venus ici pour recruter des travailleurs », précise Mme Al Yahya.

Olymel et Lassonde félicitées

Le transformateur de viande Olymel a collaboré avec de nombreux organismes pour recruter du personnel.

Présentement, environ 200 demandeurs d’asile travaillent dans ses usines situées à moins d’une heure et demie de route de Montréal.

« La plupart n’avaient pas de formation. On les a formés. Toutes nos usines sont conventionnées. On a même organisé un transport par autobus entre Montréal et l’usine Unidindon à Saint-Jean-Baptiste », explique le responsable des communications de l’entreprise, Richard Vigneault.

Ces travailleurs occupent souvent des emplois au niveau de la production, où la température est maintenue à 4 degrés Celsius dans les réfrigérateurs.

Pour un poste de journalier, le salaire débute entre 13,01 $ et 16,52 $ l’heure, selon l’établissement, sans tenir compte des avantages sociaux.

Selon Olymel, l’intégration se passe bien et l’embauche de cette catégorie de travailleurs pourrait se poursuivre, notamment à Yamachiche, alors que l’entreprise devra combler plus de 350 postes après un projet d’agrandissement.

À 15 minutes de voiture de Saint-Jean-Baptiste se trouve une usine du fabricant de jus Lassonde, à Saint-Damase.

Cinq demandeurs d’asile viennent d’y faire leur entrée. La Maisonnée félicite d’ailleurs Olymel et Lassonde pour leurs démarches.

« Ces gens vivent un choc et c’est important de les traiter avec dignité. En temps normal, notre clientèle a l’équivalent d’un DEC. Mais là, on a de tout : d’un secondaire 2 à des post-doctorats », soutient Nisrin Al Yahya.

Pour l’instant, Lucas apprécie acquérir une expérience sur le marché de l’emploi au Québec et espère épargner suffisamment d’argent pour financer des formations dans son domaine d’expertise.

Tout comme son colocataire, il songe à l’industrie pétrolière en Alberta. Toutefois, même s’il maîtrise l’anglais, il préfère vivre en français.

Lucas est toujours en attente pour son statut de réfugié politique. Son verdict prévu en juin a été reporté à une date encore indéterminée.

S’il est accepté, il espère pouvoir faire venir sa femme et ses trois enfants. Sinon, il préfère ne pas y penser.

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