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Demandeurs d’asile : une « situation exceptionnelle » n'est pas une « crise », assure la ministre Bibeau

La ministre canadienne du Développement international refuse d'assimiler la situation qui existe à Saint-Bernard-de-Lacolle à une « crise », comme l'affirme ouvertement le Syndicat des douanes et de l'immigration. Ce dernier maintient sa position, tout en concédant que la situation s'est quelque peu améliorée au cours des dernières heures.

Un texte de François Messier

En entrevue mercredi à Gravel le matin, au lendemain d’une visite de trois heures au poste frontalier, la ministre Marie-Claude Bibeau a soutenu que le nombre « anormal » de gens qui franchissent illégalement la frontière pour fuir les États-Unis crée une « situation exceptionnelle ». Il n'y a toutefois pas « crise », selon elle.

« On a des ressources qui sont compétentes, on a été en mesure de mettre des installations en place très rapidement. Alors on est en contrôle de la situation. C’est pour ça qu’on appelle ça une situation exceptionnelle, mais on n’a pas perdu le contrôle, loin de là », a-t-elle plaidé.

La ministre Bibeau a réitéré qu’elle a été « impressionnée par le travail extraordinaire » effectué sur place par l’Agence des services frontaliers du Canada (ASFC), le ministère de l’Immigration, la Gendarmerie royale du Canada, la Croix-Rouge et les Forces armées canadiennes.

Selon la ministre du Développement international, il y a en outre « du support qui arrive chaque jour, des agents des services frontaliers additionnels » qui s'ajoutent au personnel en place à Saint-Bernard-de-Lacolle. Elle n'a cependant donné aucun chiffre pour appuyer ses dires.

Environ 1150 demandeurs d'asile se trouvent actuellement dans différentes installations des autorités canadiennes à Saint-Bernard-de-Lacolle, selon des chiffres de l'ASFC obtenus par Radio-Canada. Environ 210 personnes ont franchi la frontière mardi, et les dossiers d'environ 260 autres ont pu être traités par les agents des services frontaliers.

Une fois que leur dossier a été traité, les demandeurs d'asile sont transportés vers des sites d'hébergement temporaires gérés par le gouvernement du Québec à Montréal

Des agents en « détresse »

En entrevue à Radio-Canada, le président du Syndicat des douanes et de l’immigration, Jean-Pierre Fortin, confirme que les chiffres de l'ASFC correspondent à la situation observée par ses membres sur le terrain. Il maintient toutefois que pour ses membres, il s'agit d'une situation de « crise », qui engendre même une certaine « détresse » psychologique.

« On a eu un petit signal qu'il y a eu plus de personnes qui sont sorties [du site] dans les dernières 24 heures qu'il y a en qui sont rentrées. C'est faible, mais c'est ça », a-t-il commenté. Selon lui, c'est la première fois depuis deux semaines et demie que ses membres arrivent à traiter plus de dossiers qu'ils en reçoivent en une journée.

Selon Jean-Pierre Fortin, des centaines de demandeurs d'asile ne peuvent toujours pas avoir une place dans une des nombreuses tentes installées par l'armée sur le site. Environ 225 dorment sur un quai d’embarquement pour des camions transformé en abri de fortune, et 250 autres ont trouvé refuge dans le sous-sol d’un édifice commercial situé près du poste frontalier.

Si l'installation d'un premier campement de 500 places a bel et bien été complétée, celle d'un second, capable d'accueillir 440 personnes, n'est toujours pas terminée, faute de lits. Le montage d'un troisième camp de 260 places, qui doit permettre de porter la capacité d'accueil totale à 1200 places, n'a toujours pas commencé, puisque les négociations avec le propriétaire du terrain convoité n'ont toujours pas abouti.

En plus des gens qui ont trouvé refuge dans ces tentes, environ 250 demandeurs d'asile attendent leur tour dans un site géré par la Gendarmerie royale du Canada, sur lequel ont aussi été installées des tentes. Une soixantaine d'autres se trouvent au centre de traitement de l'ASFC.

M. Fortin se dit néanmoins en désaccord avec l'appréciation de la situation faite par la ministre Bibeau. « Il y a une légère amélioration au niveau des chiffres, mais reste qu'à l'interne, ça demeure tendu, stressant, et nos agents demeurent tendus et épuisés », lance-t-il.

M. Fortin dit être « grandement préoccupé » par le fait que l'ASFC n'a toujours pas répondu à une demande d'aide psychologique présentée par le syndicat. « La demande a été faite le 2 août, parce qu’il y avait des gens en détresse. Là on est le 16, et on n’a toujours pas acquiescé à notre demande. »

« Le fait de tout le temps travailler, d’être dans le milieu de travail constamment – on entre dans la 3e semaine où nos opérations pour les demandeurs d’asile et tout le reste se déroulent 24 h par jour, sans arrêt - c’est beaucoup », précise-t-il.

Selon M. Fortin, les agents des services frontaliers dénoncent vertement « le manque de direction et de leadership » de l'ASFC dans ce dossier, qui est sans précédent.

« Moi, je n'ai jamais, jamais vu un tel état de crise à la douane canadienne », réitère-t-il, en soulignant qu'il compte 35 ans de service au sein de l'agence.

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