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Denis Coderre défend sa décision d'appeler l'ex-chef de police Marc Parent

Denis Coderre assure qu'il n'a pas demandé à l'ex-patron de la police de Montréal d'enquêter sur une fuite médiatique, le 17 décembre 2014, après avoir eu vent que le chroniqueur de La Presse Patrick Lagacé posait des questions au sujet d'une contravention reçue deux ans plus tôt. Le maire de Montréal concède qu'il n'aurait peut-être pas dû appeler Marc Parent, mais n'exprime aucun regret.

Un texte de François Messier

« Je n’ai pas dit : "tu fais une enquête" », a déclaré le maire lors de sa comparution devant la commission Chamberland. « On peut le penser, on peut fabuler […], mais il n’y a pas eu de demande claire à ce niveau », a ajouté le maire. « Ça m’a juste fait du bien. »

L’appel de M. Coderre est survenu après que M. Lagacé eut écrit à son attachée de presse, Catherine Maurice, pour lui demander si le maire avait bel et bien payé une contravention reçue en 2012.

Le chroniqueur disait que ses questions s'appuyaient sur des informations reçues « de sources policières » et s'interrogeait sur un possible « trafic d'influence » du maire.

« J’ai pété ma coche à "sources policières" », a relaté M. Coderre. « J'étais assez furieux! C'était rendu grave, là! On nous définit comme quoi on n'a pas payé un billet d'infraction. On laisse sous-entendre que peut-être qu'il y a eu trafic d'influence, parce que quand tu es maire et que tu fais effacer le ticket... »

« Je ne regrette pas de l'avoir fait »

Le maire de la métropole a confirmé qu’il a mentionné à Marc Parent que c’était la « troisième fois » que des informations personnelles le concernant se retrouvaient dans les mains de journalistes, et qu’il lui a demandé si cela était « normal » ou « légal ». Cette conversation n'a duré que « deux ou trois minutes », selon lui.

Il admet sans détour qu’il était « furieux » et « choqué » en apprenant l’information. Plus tôt en matinée, Mme Maurice a précisé que le maire avait lancé « c’est la troisième fois, tabarnak » lorsqu'elle l'avait mis au courant. Le maire était « agacé », selon elle.

À l’été 2014, le maire avait été sur la sellette après qu’un quotidien eut avancé qu’il avait eu une escorte policière pour se rendre à un spectacle de Corey Hart. Au début de décembre 2014, des informations sur une contravention qu’il avait reçue à Laval plus tôt dans l'année avaient été publiées.

Selon Denis Coderre, les fuites médiatiques le concernant visaient à le « définir » politiquement, et survenaient dans un contexte de relations de travail difficiles avec les policiers de Montréal, furieux contre le projet de loi 3 sur les régimes de retraite municipaux.

Il a soutenu que le président de la Fraternité des policiers de Montréal, Yves Francoeur, lui avait d'ailleurs déjà exhibé le constat d'infraction qu'il avait reçu à Laval en 2014. « J’ai vu ça comme une méthode d’intimidation et je n’embarque pas là-dedans », a plaidé le maire.

« On commence à se demander s'il n'y a pas une opération pour définir votre humble serviteur et utiliser ce genre de moyen là pour une négociation des conventions collectives », a affirmé M. Coderre à ce sujet.

« Avoir une proximité ne veut pas dire avoir une ingérence »

M. Coderre a par ailleurs expliqué qu'il devait garder une certaine proximité avec le chef de la police de Montréal, sans que cela ne constitue de l'« ingérence ». Il a assuré qu'il ne s'est jamais mêlé des opérations policières, son rôle le confinant à définir des orientations pour la police municipale.

« Quand on touche au maire de Montréal, à l’institution et/ou à sa famille, c’est normal qu’il puisse y avoir cette relation ou cet appel au directeur de police », a indiqué le maire.

« Chaque fois que vous allez avoir un problème qui vous touche personnellement, au sens large, vous dites à la commission qu’il faut passer par le chef de police? », a demandé en contre-interrogatoire Me Christian Leblanc, qui représente plusieurs médias devant la commission Chamberland.

« Je demande à la commission de prendre note qu’à cause de la fonction du maire, on ne peut pas édulcorer cette relation entre le directeur de police et le maire. En étant très certain que les choses sont claires au niveau de la séparation du pouvoir », a répondu M. Coderre.

« Mais avoir une proximité ne veut pas dire avoir une ingérence dans les opérations et les enquêtes », a-t-il aussitôt ajouté.

Le maire reste campé sur sa position

Interrogé par les journalistes en marge de son témoignage devant la commission Chamberland, Denis Coderre a réitéré qu'il y avait une différence fondamentale entre les notions d'ingérence et de proximité.

« On est pas là pour faire de l’ingérence. Il faut faire une distinction entre ingérence et proximité […] on peut être en accord ou pas avec la notion de proximité, mais il ne fait pas mélanger les deux », a-t-il insisté.

Le maire Coderre a en outre continué de défendre son droit d'accès direct au plus haut commandement de la police.

« La fonction d’un maire c’est pas la même chose qu’à d’autres niveaux de gouvernement. Il y a des réalités de sécurité, des réalités sur le plan social, a-t-il soutenu. Il faut cette flexibilité, c’est une question de principe. »

« Il est tout à fait normal [que le maire ait un accès direct au chef de police] pour toutes sortes de raisons. Le rôle du maire c’est aussi d’assurer la quiétude sur le terrain, mais on n’est pas là pour se mêler d’opérations ou se mêler d’enquêtes », a-t-il ajouté.

La réponse de Denis Coderre n'a pas impressionné le conseiller de Projet Montréal, Alex Norris. Ce dernier reproche au maire de ne pas avoir compris qu'il n'était pas qu'un citoyen ordinaire.

« Quand le maire de Montréal appelle le chef de police, colérique, quand il sacre, quand il insiste, quand il appelle sur un ton agressif, le message est clair, c'est un message autoritaire, on a vu un maire qui est sur un powertrip », a-t-il soutenu.

Relâche pour deux jours

La commission Chamberland fera maintenant relâche mardi et mercredi, avant de reprendre ses travaux jeudi.

Il sera alors question des événements qui ont mené à la décision de la Sûreté du Québec d'obtenir les registres téléphoniques de six journalistes, soit Alain Gravel, Marie-Maude Denis et Isabelle Richer de Radio-Canada, Denis Lessard et André Cédilot de La Presse et Éric Thibault du Journal de Montréal.

Selon la porte-parole de la commission, Anne Dongois, cette pause a été rendue nécessaire en raison de l'important volume de documents qui ont été remis par la SQ à la commission au cours des derniers jours.

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