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Denis Coderre se met à dos Coca-Cola, Pepsi et toute l'industrie des boissons

Les compagnies qui commercialisent l'eau tentent d'empêcher Montréal de devenir une des premières métropoles au monde à interdire la vente de bouteilles d'eau en plastique. Prises par surprise par les intentions du maire Denis Coderre, elles viennent de s'inscrire au registre des lobbyistes pour contre-attaquer.

Un texte de Thomas GerbetTwitterCourriel

« Nous désirons que la Ville de Montréal rejette la proposition de bannir les bouteilles d'eau sur son territoire. », peut-on lire dans le mandat inscrit au registre des lobbyistes du Québec, le 8 mars, par l'Association canadienne des boissons qui représente une soixantaine de marques, dont Aquafina (Pepsi), Dasani (Coca-Cola) ou encore Nestlé Waters.

Radio-Canada a appris que le représentant de l'industrie a écrit au maire ces derniers jours pour solliciter une rencontre le plus rapidement possible. Il faut dire que les compagnies ont été prises de cours par une petite bombe lâchée sans prévenir par le maire au beau milieu d'une conférence de presse concernant l'élimination des sacs de plastique dans toute la région de Montréal en 2018.

Le maire de Montréal a répondu mercredi au mouvement amorcé par l'industrie : il affirme que son initiative provoque un débat sain. « Nous avons parlé des sacs de plastique et maintenant, nous en sommes aux bouteilles d'eau », affirme-t-il en ajoutant que le plastique dans l'environnement constitue un problème.

Denis Coderre soutient qu'il aborde cette question de manière pragmatique et non dogmatique.

L'intérêt des médias internationaux 

Le projet inattendu du maire a fait peu de vagues au Québec, mais il fait de plus en plus parler de lui à l'étranger. Le quotidien américain USA Today y a consacré un article dans les derniers jours, de même que le journal britannique The Independent et des médias australiens et français.

« Ça a été une surprise pour nous », indique en entrevue le porte-parole de l'Association canadienne des boissons, Martin-Pierre Pelletier. « On veut comprendre les détails. »

Le maire de Montréal n'a pas dévoilé d'échéancier lors de son intervention. Il a simplement réitéré à plusieurs reprises sa détermination : « C'est la prochaine étape. [...] On prend notre rôle au sérieux. Les villes donnent le ton maintenant », a déclaré Denis Coderre. Avec l'influence qu'a le maire comme président de la Communauté métropolitaine de Montréal, formée de 82 municipalités, l'industrie craint que l'idée ne s'étende.

Les arguments de l'Association canadienne des boissons

Dans le registre des lobbyistes du Québec, on peut lire que l'Association canadienne des boissons désire « faire la démonstration que l'eau embouteillée constitue une option pratique, saine et sûre pour l'ensemble des consommateurs lorsqu'ils sont en déplacement ou qu'ils n'ont pas leur propre bouteille d'eau réutilisable. » Elle ajoute que « cette interdiction limiterait le droit des consommateurs de choisir la source de leur consommation d'eau ».

Euromonitor International/AEEQ

Un autre représentant de l'industrie se fait entendre

L'Association des embouteilleurs d'eau du Québec, qui représente entre autres la marque Eska, s'est aussi déclarée surprise par le projet du maire. L'AEEQ demande au comité exécutif de la Ville de Montréal de consulter l'industrie sur la disposition des bouteilles d'eau avant de prendre une décision.

L'industrie répète à qui veut l'entendre que les bouteilles d'eau sont en plastique PET qui est 100 % recyclable. Mais ça ne veut pas dire qu'elles sont toutes recyclées. « Le coût environnemental et économique des eaux embouteillées est considérable », indique d'ailleurs le ministère de l'Environnement du Québec sur son site web.

Le porte-parole de l'Association canadienne des boissons pense qu'une autre solution est possible pour préserver l'environnement : « Si on veut vraiment s'assurer de la récupération de ces contenants-là, dotons-nous d'équipements de récupération à l'extérieur du foyer. Ce n'est pas normal qu'on voie encore des poubelles sans avoir de bac de recyclage à côté », dit Martin-Pierre Pelletier.

Projet Montréal et Québec solidaire pensent que le maire Coderre ne va pas assez loin

L'opposition à l'hôtel de ville de Montréal aurait souhaité que l'interdiction soit mise en place dès 2018, en même temps que les sacs de plastique. De son côté, la députée de Québec solidaire Manon Massé, citée par le GlobalPost, estime que l'interdiction devrait toucher toutes les bouteilles de plastique, incluant les boissons sucrées. 

La Ville de Montréal a déjà banni l'utilisation des bouteilles d'eau à l'intérieur des édifices municipaux dans le cadre des réunions. La vente d'eau embouteillée a également disparu ces dernières années de plusieurs campus comme celui de l'Université de Montréal, Concordia, McGill ou encore l'Université de Sherbrooke ainsi que des cégeps. Espace pour la vie (Biodôme, Jardin botanique...) a aussi banni les bouteilles d'eau.

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