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Des bénévoles religieux dans une école publique de Montréal

Un groupe religieux offre bénévolement ses services à une école secondaire de la Commission scolaire de Montréal (CSDM) afin de travailler à sa bibliothèque et de combler d'autres besoins. Un appui qui arrive au moment où les besoins sont criants dans bien des écoles, mais qui soulève aussi beaucoup de questions.

Un dossier de Marie-Ève Tremblay du Grand Montréal

L'église du Plateau Mont-Royal, dirigée par le pasteur Bradley Morrice, loue un local à l'école secondaire Jeanne-Mance depuis la fin du mois de septembre. Cette église de confession évangélique baptiste compte mobiliser ses quelque 70 fidèles pour faire du bénévolat dans l'école.

La directrice de l'établissement, Isabelle Forget, aurait même verbalement fourni une liste de besoins à l'organisation religieuse. Cette liste, dont Bradley Morrice nous a fait part, contient entre autres l'aide aux devoirs, l'élargissement des heures d'ouverture de la bibliothèque, l'acquisition et le rajeunissement des équipements de musique. De son côté, l'église a même évoqué l'idée d'engager un orthopédagogue pour l'école.

Appelée à réagir sur le dossier, la présidente de la CSDM affirme qu'aucune décision n'a encore été prise dans ce dossier. Catherine Harel-Bourdon confirme aussi que les antécédents judiciaires des membres de l'église sont en cours de vérification. Pour l'instant, le groupe est traité comme n'importe quel groupe de bénévoles.

L'église du Plateau affirme quant à elle qu'une vingtaine de ses membres suivent en ce moment une formation technique pour travailler à la bibliothèque.

La location de locaux aux groupes religieux à l'extérieur des heures de classe est permise dans les écoles publiques. Or, lorsqu'il s'agit de contact direct entre un groupe religieux et les élèves, comment s'assurer que les intentions respectent le principe de neutralité dans les écoles?

Le groupe dit simplement vouloir s'impliquer dans le quartier et donner du temps à l'école. Selon Bradley Morrice, le but n'est pas d'évangéliser.

L'importance de règles claires

Si elle ne se prononce pas précisément sur cette église, Solange Lefebvre a suivi de près l'évolution de la relation entre écoles et religion. Cette titulaire de la Chaire de recherche en gestion de la diversité culturelle et religieuse à l'Université de Montréal fait une mise en garde.

Selon elle, il faut établir des règles claires quand les groupes religieux font du bénévolat dans une école, où se trouvent des personnes mineures. Il ne faut pas que ça devienne une occasion de prosélytisme.

Cette façon de faire des confessions évangéliques est reconnue. « Ils font ça partout dans le monde. Ils se positionnent comme des aidants et des sauveurs lorsqu'ils arrivent dans un milieu. C'est une forme d'évangélisation indirecte », dit Alain Crevier, animateur de l'émission Second regard

Du côté de la CDSM, la présidente explique qu'aucune règle précise n'a été mise en place. Pour le moment, le dossier traité ne tient pas compte du fait qu'il s'agit d'un groupe religieux.

Confusion au sein du groupe

Nous avons assisté à une rencontre de quartier qui rassemble des croyants les soirs de semaine. Le sujet de l'implication à l'école a été abordé. Les intentions sont bonnes, mais pour certains, la distinction entre religion et implication bénévole ne semble pas claire.

« On s'en va à l'école pour montrer, pour aimer les gens, pour les aider, pour donner de notre temps, pour leur montrer l'amour de Jésus pis je trouve ça fou que Dieu nous utilise », explique Camille Doucet-Généreux, une jeune fidèle.

Les fidèles, âgés pour la plupart de 20 à 30 ans, sont majoritairement dans le domaine de la santé et de l'éducation. Plusieurs d'entre eux se demandent comment leur présence sera perçue du côté des parents et des enseignants.

Peu d'étudiants sont au courant que le groupe religieux vient de s'installer à l'école. Kristophe, 17 ans, étudiant à l'école Jeanne-Mance, a été engagé comme technicien lors des messes du dimanche qui se tiennent à l'auditorium de son école. Ses parents ont réagi lorsqu'ils ont su.

« Pour le moment, ça fait un peu bizarre parce que ma famille est très catholique. Au début, mon père a niaisé là-dessus en disant qu'il n'aimerait pas que je devienne protestant. » Kristophe n'a jamais été en contact avec un groupe religieux alors qu'il était à l'école. Selon lui, « ça fait un peu bizarre ».

Le système d'éducation manque-t-il de financement au point où il se voit forcé d'accepter l'aide de groupes religieux?

Solange Lefebvre souligne que, depuis des décennies, les écoles reposent beaucoup sur les bénévoles, notamment religieux, pour « compléter » ce que l'État ne peut pas faire ou ne veut pas faire. Or, elles doivent respecter le principe de pluralité religieuse, c'est-à-dire s'assurer que la diversité des religions est représentée. Elles doivent aussi s'assurer d'établir des règles claires avec ces groupes afin de s'assurer qu'ils restent neutres pendant qu'ils exercent leurs actions bénévoles.

Kristophe passait la majorité de son temps libre à la bibliothèque. Il est donc heureux que le groupe puisse la rouvrir. Sa mère partage son avis, mais elle souhaite toutefois que les intentions religieuses soient mises de côté.

L'église soutient qu'elle pourrait organiser des collectes de fonds pour arriver à payer certains services rendus aux élèves. La nature de ces collectes de fonds n'a pas été clairement définie lors de notre entrevue.

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