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Des chaînes humaines pour interpeller le nouveau ministre de l'Éducation

Le milieu de l'éducation profite de la tenue d'une nouvelle édition des chaînes humaines du mouvement Je protège mon école publique pour lancer un appel au nouveau ministre de l'Éducation, Pierre Moreau. Quelque 100 écoles du Québec ont été ceinturées ce matin par des parents, des enseignants, des élèves et du personnel, selon le mouvement.

La porte-parole de ce dernier, Pascale Grignon, réclame un réinvestissement massif en éducation. Elle souhaite que l'arrivée de M. Moreau à la tête du Ministère fasse bouger les choses.

Mme Grignon lui rappelle, en guise d'avertissement, qu'environ 100 000 personnes ont participé aux chaînes humaines devant quelque 600 écoles de la province en 2015.

« On espère plus d'écoute, on espère aussi une voix qui va porter davantage au niveau du cabinet », poursuivait-elle tout en manifestant devant l'École La Petite-Patrie, dans le quartier du même nom.

« Dans les écoles, il y a un manque chronique de ressources : ressources humaines, ressources financières », déplore-t-elle, en soulignant que le Québec est la province canadienne qui investit le moins, par enfant, en éducation. « Le gouvernement Couillard a fait le choix de réinvestir dans le salaire des médecins pour qu'ils rattrapent justement la moyenne canadienne », a déclaré Mme Grignon en conférence de presse. « Nos enfants, le million d'enfants qui sont sur les bancs d'école au primaire et au secondaire en ce moment méritent la même considération. »

Le mouvement, qui est appuyé par le Parti québécois (PQ), Québec solidaire (QS), la Fédération des comités de parents du Québec (FCPQ), l'Association québécoise des CPE et la Coalition des parents d'enfants à besoins particuliers, souhaite montrer que la mobilisation se poursuit à l'approche du dépôt du budget.

La députée de Québec solidaire Françoise David a souligné la mobilisation des parents d'enfants du primaire et du secondaire et celle des parents de centres de la petite enfance (CPE) lors des manifestations de ce matin. Mme David déplore l'absence de réponse du gouvernement Couillard. « Ce gouvernement n'a qu'une approche comptable, soutient-elle. Combien je mets en éducation? Qu'est-ce que je peux couper pour arriver à mon foutu déficit zéro pour me dépêcher de baisser les impôts? »

Lors du remaniement ministériel, le premier ministre Couillard a promis de réinvestir en éducation dans le budget, a rappelé la députée de Gouin. « J'espère que c'est sérieux, a-t-elle poursuivi. J'espère qu'on parle de milliards et non de millions, parce que c'est ce que ça prend au réseau de l'éducation. »

« Les compressions de centaines de millions de dollars se sont traduites par des pertes de postes d'orthopédagogues, de psychoéducateurs, de techniciens en éducation spécialisée », a renchéri le porte-parole du Parti québécois en matière d'éducation, Alexandre Cloutier. « Il faut que l'éducation redevienne une priorité », a-t-il poursuivi en soulignant qu'il ne fallait pas seulement réinjecter les sommes équivalentes aux compressions effectuées, mais bien ajouter des crédits en plus.

La présidente du conseil d'établissement de l'école primaire hôte de la manifestation, Stéphanie Courcy-Legros, a dénoncé la fin d'un programme d'aide alimentaire au sein de son école. « On a des enfants qui ne peuvent plus bénéficier de repas à moindres coûts, a-t-elle expliqué. Ces enfants doivent retourner à la maison pour le dîner, parfois sans avoir de repas. »

Mme Courcy-Legros dénonce également les compressions dans les services de garde en milieu scolaire. Plusieurs enfants - « des enfants à la clé dans le cou » - retournent à la maison « sans trop savoir où se diriger », déplore-t-elle.

Cap sur la réussite scolaire

Alexandre Cloutier entend talonner le ministre Moreau lors de la reprise des travaux parlementaires. Il conseille au ministre de s'occuper de la réussite scolaire plutôt que de s'attarder aux structures du milieu de l'éducation. Rappelant que la durée de vie des ministres de l'Éducation est de 13 mois dans le gouvernement Couillard, M. Cloutier estime que ce secteur est « une énorme déception ».

Affairé à prendre connaissance des dossiers en éducation, le ministre Moreau a mentionné qu'il ne commenterait pas les manifestations aujourd'hui.

Pierre Moreau est devenu le troisième ministre de l'Éducation depuis l'élection du gouvernement Couillard, en avril 2014. Yves Bolduc est demeuré en poste 10 mois, avant de quitter la vie politique, et François Blais y est resté 11 mois.

Le premier ministre Couillard a dépêché l'un des hommes forts de son gouvernement pour succéder à M. Blais lors du remaniement ministériel la semaine passée.

Le milieu de l'éducation a dû composer avec des compressions budgétaires de 1 milliard de dollars au cours des six dernières années, dont 350 millions pour 2015-2016.

Le budget de l'éducation a pratiquement été gelé, avec une hausse de 0,2 % pour l'année scolaire en cours, ce qui, selon les syndicats, correspond à un manque à gagner de 350 millions de dollars compte tenu de la croissance des besoins.

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