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Des déchets mal ramassés dans plusieurs arrondissements de Montréal

Des arrondissements de Montréal ont maille à partir avec la société Ricova, une multinationale spécialisée dans la gestion des déchets basée sur la Rive-Sud. L'entreprise, à qui l'on reproche de ne pas avoir respecté ses obligations contractuelles, a été mise à l'amende à plusieurs reprises depuis l'an dernier. Des cols bleus doivent même faire des heures supplémentaires dans Côte-des-Neiges–Notre-Dame-de-Grâce pour compenser.

Depuis des mois, des piles de déchets recyclables, alimentaires et ménagers s'accumulent ici et là dans plusieurs secteurs de la métropole.

Des responsables municipaux montrent du doigt la société Ricova, qui a mis la main sur des contrats de collecte dans plusieurs arrondissements de la Ville, dont : Côte-des-Neiges–Notre-Dame-de-Grâce, Ahuntsic-Cartierville, Outremont et L'Île-Bizard–Sainte-Geneviève.

« C'est un problème », admet le maire de L'Île-Bizard–Sainte-Geneviève, Normand Marinacci. Son arrondissement a reçu pas moins de 1363 plaintes à ce sujet depuis avril 2017 par l'intermédiaire du 311 – et c'est sans compter toutes celles qu'ont reçues les élus.

« Nous leur avons envoyé 26 avis d'infraction, pour un total de 29 300 $ », précise M. Marinacci.

La situation est pourtant loin d'être réglée. Certains jours de cueillette, explique-t-il, Ricova n'arrive même pas à ramasser la moitié des déchets de l'arrondissement. Parfois, des secteurs complets sont négligés deux semaines de suite. Résultat : les déchets s'accumulent devant les propriétés.

Et même quand les déchets sont ramassés, des détritus sont souvent laissés derrière, soupire le maire Marinacci.

Dans Ahuntsic-Cartierville, ce sont plutôt les déchets alimentaires qui posent problème. L'entreprise a passé outre à plusieurs collectes depuis six semaines, accumulant quelques milliers de dollars en amende auprès de l'arrondissement.

Outremont a aussi imposé une pénalité de 2000 $ à l'entreprise pour des manquements similaires.

Rien de comparable, toutefois, avec les problèmes que vivent les résidents de Côte-des-Neiges–Notre-Dame-de-Grâce, l'arrondissement le plus populeux de la métropole, qui a imposé des amendes à répétition à Ricova depuis un an – 600 000 $ en tout.

Une mairesse dépitée

La mairesse de l'arrondissement, Sue Montgomery, explique que Ricova a remporté l’appel d’offres en 2017 avec une soumission de 2,8 millions de dollars, soit 45 % de moins que celle du deuxième plus bas soumissionnaire.

Ce montant a d'abord fait sourciller les fonctionnaires, explique le directeur de l'arrondissement, Stéphane Plante. Mais l'entreprise a eu tôt fait de les rassurer, se rappelle-t-il. En raison de son envergure et de ses nombreux contrats en cours dans la région de Montréal, elle était en mesure d'offrir des services à un coût beaucoup moins élevé que la concurrence, lui aurait-elle fait valoir.

Les résultats, pourtant, n'ont jamais été au rendez-vous, constate la mairesse Montgomery. « Ils ont commencé le travail et se sont dit : "Oh, nous ne faisons pas d’argent avec ça". Alors, ils se sont relâchés. »

Entre-temps, lorsque des résidents se plaignent que leurs bacs de recyclage n’ont pas été vidés, l’arrondissement de Côte-des-Neiges–Notre-Dame-de-Grâce envoie ses cols bleus à bord de camions municipaux pour le faire.

Dimanche, six camions de l’arrondissement ont ainsi été mis à contribution, surtout dans les rues commerciales, a indiqué la mairesse Montgomery sur Twitter.

Les résidents sont invités à sortir leurs bacs le jour prévu et à appeler le 311 s’ils ne sont pas vidés le lendemain. Des cols bleus seront envoyés le mercredi et le samedi pour procéder à la collecte, en attendant que l'arrondissement ait un nouveau fournisseur.

Un imbroglio coûteux

Dans une déclaration faite mardi, la direction de Ricova a évoqué un addenda ajouté à l'appel d'offres, qui aurait fait passer la demande de l'arrondissement de 6000 à 11 000 tonnes de déchets recyclables sans que ses employés s'en aperçoivent.

« Un petit détail, écrit-elle, qui a eu un impact énorme sur le prix et qui nous a placés dans une position difficile quant à ce contrat. »

L'entreprise aurait plus tard indiqué à l'arrondissement qu'elle n'était pas en mesure de ramasser 11 000 tonnes de déchets par année, et aurait demandé à ce que le contrat soit annulé ou que son prix soit ajusté à la hausse.

La mairesse Montgomery privilégie pour sa part la résiliation pure et simple du contrat. Mais pour ce faire, il faudra l’approbation du conseil d’arrondissement, souligne-t-elle, et la prochaine réunion n’aura lieu qu’en août.

Derichebourg Environnement sera appelée à la rescousse, ajoute Mme Montgomery. L'entreprise basée à Anjou collecte déjà les déchets dans une partie de l'arrondissement.

Des avocats pourraient ensuite être mandatés pour récupérer auprès de Ricova les sommes versées en heures supplémentaires aux cols bleus.

« On fera le nécessaire pour que ça marche », a assuré la mairesse de Montréal, Valérie Plante, mardi.

« Nous verrons comment les choses évolueront, mais il se peut que ce soit un cas où l'on en vienne à revoir les conditions ou notre façon de lancer des appels d'offre », a-t-elle conclu.

L'opposition inquiète

Conseiller dans le district de Darlington, Lionel Perez – qui est aussi le chef de l'opposition officielle à l'Hôtel de Ville – a constaté lui aussi les manquements de Ricova, déplorant que la société « ne respecte pas ses obligations ».

Il regrette que cette situation se produise au moment même où la Ville s'apprête à élargir à l'ensemble de son territoire la récupération des déchets domestiques.

« Ça pourrait vraiment nuire à la collaboration de la population si les gens commencent à penser que la collecte ne se fera pas dans les temps requis », craint M. Perez.

Ces difficultés surviennent alors que la Chine a resserré ses normes de qualité pour les matières récupérées qu’elle importe notamment du Canada, ce qui oblige les centres de tri à les accumuler en attendant de leur trouver de nouveaux débouchés.

Les ralentissements des centres de tri font d'ailleurs partie des raisons évoquées par Ricova pour expliquer ses retards dans les autres arrondissements de la ville, de même que la pénurie de main-d'oeuvre, la canicule et le déménagement du 1er juillet.

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