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Des entreprises optent pour le salaire minimum à 15 $

Malgré les craintes exprimées par des économistes et par le Conseil du patronat du Québec (CPQ) concernant une hausse potentielle du salaire minimum à 15 $, deux entreprises manufacturières québécoises ont décidé d'instaurer cette mesure afin d'attirer et de retenir les meilleurs employés.

Un texte de Maxime Bertrand

Selon le Conseil du patronat, une hausse du salaire minimum à 15 $ entraînerait la perte de 6000 emplois, principalement dans le commerce de détail.

Qu'à cela ne tienne, chez Fabritec, à Bromont, la hausse des salaires commencera dès lundi prochain.

L'entreprise, qui fabrique des armoires de cuisine depuis plus de trente ans pour les grandes surfaces telles que Home Depot ou Réno-Dépôt, a décidé de majorer sa grille salariale.

Ainsi, le salaire à l'embauche passera de 11 $ l'heure à 13,50 $ le 14 novembre prochain, à 14 $ six mois plus tard et à 15 $ en novembre 2017.

Vingt-neuf pour cent des 350 employés syndiqués du siège social de l'entreprise, ceux de la « classe 4 », en bénéficieront.

Les travailleurs dont la rémunération est plus élevée atteindront les 15 $ plus rapidement.

« C'est l'ensemble de l'échelle salariale qui est majorée, ce n'est pas juste le salaire de base », affirme la vice-présidente administration de Fabritec, Nadia Bourgeois.

L'initiative entraînera une hausse de la masse salariale de 13 %.

Mais Fabritec, qui vient de damer le pion à son concurrent américain en devenant le fournisseur d'une soixantaine de magasins Home Depot américains, se dit prête.

« On a toujours voulu partager le succès de l'entreprise avec nos employés. Donc, c'était vraiment une bonne opportunité pour nous de le faire maintenant avec la croissance qu'on a eue dans les dernières années, mais aussi pour partager le succès avec la croissance qu'on va avoir dans les prochains mois », soutient la vice-présidente de Fabritec.

Débat houleux

Pendant ce temps, le débat sur la hausse du salaire minimum à 15 $ bat son plein au Québec. D'un côté, nombre d'économistes jugent cette mesure néfaste. L'économiste Pierre Fortin la compare même à une bombe atomique. De l'autre, les syndicats la réclament à cor et à cri.

Fabritec, sans tambour ni trompette, en fait une politique. Syndicat et employés sont ravis.

« C'est bien vu que l'employeur veuille faire ça. [...] La difficulté d'embauche, ça se répercutait sur le plancher au niveau des salariés, beaucoup de formation, beaucoup d'épuisement, beaucoup de roulement de personnel », souligne la représentante syndicale Marie-Claude Langelier.

« Si tu as une entreprise et que tu veux prendre de l'expansion, il faut que tu sois capable de garder tes employés. Pour garder tes employés, tu dois un petit peu les récompenser », renchérit l'opérateur de ligne Claude Benoît.

Fabritec n'est pas la seule à hausser le salaire minimum de ses employés. À Salaberry-de-Valleyfield, Jean-Pierre Morin, le président de Plastiques Qualiplast, s'apprête à faire de même dès lundi.

Les détracteurs de la hausse du salaire minimum évoquent des pertes d'emplois et d'heures travaillées. Mais le dirigeant de Plastiques Qualiplast ne l'entend pas ainsi. Il compte embaucher une dizaine d'employés l'an prochain.

De son côté, Fabritec compte en recruter 500 au cours des trois prochaines années.

Dans les deux entreprises, l'augmentation du salaire minimum est vue comme un avantage concurrentiel.

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