Retour

Des factures salées pour certains propriétaires de terrasses à Montréal

Les terrasses qui empiètent sur les trottoirs et les rues sont de plus en plus nombreuses à Montréal. D'un arrondissement à l'autre, les coûts pour occuper l'espace public varient toutefois grandement. Des restaurateurs et des tenanciers de bars dénoncent la situation.

Un texte d'Olivier Bachand

« Aberrant », c'est le qualificatif utilisé par Éric Hamelin quand il parle de la grande disparité entre les montants demandés pour installer une terrasse sur le domaine public dans les différents arrondissements de Montréal.

M. Hamelin en sait quelque chose. Il est le propriétaire du bar Chez Baptiste, qui a une succursale sur Le Plateau-Mont-Royal et une autre dans Rosemont. Il a installé une terrasse devant les deux établissements. Elles sont pratiquement de la même grandeur et l'achalandage y est similaire.

Pour occuper l'espace public, l'arrondissement de Rosemont-La Petite-Patrie lui a réclamé 1700 $ cette année. De son côté, l'arrondissement du Plateau-Mont-Royal lui a demandé 7000 $.

« Ce n'est pas normal qu'on paie 1700 $ de permis d'exploitation de terrasse à un endroit et que ce soit le triple pour un autre commerce qui offre les mêmes services à quelques coins de rue », affirme Éric Hamelin.

Selon lui, cette importante variation nuit à la saine concurrence que devraient se livrer les restaurateurs et les tenanciers de bars montréalais.

Différentes façons de calculer

Les arrondissements de Ville-Marie, de Mercier-Hochelaga-Maisonneuve, de Rosemont-La Petite-Patrie et du Plateau-Mont-Royal imposent tous des frais d'ouverture de dossier lorsqu'un commerçant souhaite obtenir un permis de terrasse. Par la suite, d'autres frais sont imposés pour la délivrance et le renouvellement des permis.

Ce qui coûte le plus cher, ce sont les loyers pour occuper l'espace public. Les quatre arrondissements dont nous avons étudié les pratiques ont tous des formules différentes pour déterminer les montants demandés.

Sur Le Plateau-Mont-Royal, on tient compte de la superficie de la terrasse et de la valeur du terrain de l'établissement. Des sommes supplémentaires sont réclamées si la structure est installée sur une portion du trottoir où il y a des parcomètres. Le montant demandé est encore plus élevé si elle occupe des places de stationnement tarifées.

Selon la réglementation en vigueur, un commerçant doit payer un minimum de 1063 $ et un maximum de 20 000 $ pour installer une terrasse.

Le porte-parole de l'arrondissement, Michel Tanguay, estime que les commerçants y trouvent tout de même leur compte.

« Avoir un café-terrasse, c'est un gros avantage. Une bonne partie de ces propriétaires-là vont absorber le loyer assez rapidement... Avec des belles journées comme aujourd'hui, c'est rentable », affirme M. Tanguay.

Une aubaine dans Mercier-Hochelaga-Maisonneuve

Les loyers pour occuper l'espace public sont beaucoup moins chers dans Mercier-Hochelaga-Maisonneuve. Selon la formule établie par l'arrondissement, un commerçant qui souhaite installer une terrasse doit payer l'équivalent de 5 % de la valeur du terrain du bâtiment qu'il occupe.

Comme la valeur des propriétés est beaucoup moins élevée dans Mercier-Hochelaga-Maisonneuve que sur le Plateau-Mont-Royal, les tenanciers de bars s'en tirent à bon compte. Le propriétaire de la brasserie L'Espace public, Pierre Lessard-Blais, affirme qu'il lui en coûte seulement quelques centaines de dollars par année.

« Les coûts ne sont pas trop élevés. Ils encouragent les nouveaux commerçants à défrayer les coûts initiaux pour une terrasse, puis mettre davantage de vie sur la rue Ontario. Garder les coûts à ce niveau-là, c'est très bien pour les commerçants du quartier », dit M. Lessard-Blais.

N'obtient pas un permis qui veut

Chaque année, des commerçants se voient refuser l'octroi d'un permis pour exploiter une terrasse sur le domaine public. C'est le cas de la taverne irlandaise Le Trèfle, dans Hochelaga-Maisonneuve, qui a appris la nouvelle il y a deux semaines.

Le bar, situé rue Ontario Est, voulait installer sa terrasse sur le trottoir de la rue adjacente, sur le côté de l'établissement, plus près de certaines résidences. L'arrondissement a refusé de lui octroyer un permis en raison du bruit.

Le copropriétaire du Trèfle et acteur Rémi-Pierre Paquin est déçu de la tournure des événements. Lorsqu'un commerçant présente une première demande pour l'installation d'une terrasse, il doit entre autres fournir des plans d'architecte, ce qui est coûteux.

« C'est 3600 $ pour déposer, peu importe si tu te fais dire oui ou non. Le dépôt et les plans d'architecte, ça a coûté de 7000 $ à 8000 $. »

L'établissement tentera sa chance de nouveau l'an prochain. En attendant, les clients vont trinquer sur les autres terrasses du quartier.

Plus d'articles

Commentaires