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Des familles se sentent prises en otages par les travaux du REM

Des familles installées le long de la ligne de train de banlieue Montréal-Deux-Montagnes craignent de faire les frais des travaux de construction du Réseau express métropolitain (REM). Ces travaux, soulignent-elles, auront un impact direct sur leur lien avec le centre-ville, et ce, pendant plusieurs années. Certaines songent même à déménager.

Un texte de Jérôme Labbé

Déjà, les trains de fin de semaine ont été remplacés par des autobus. Ceux qui les ont testés nous disent avoir mis deux fois plus de temps pour se rendre au centre-ville.

C'est le cas de Véronique Cyr, avocate, qui habite juste à côté de la station Roxboro-Pierrefonds, dans l'ouest de Montréal. Elle et son conjoint n'excluent pas de déménager, quitte à déraciner leurs deux enfants.

« La durée des travaux est assez longue pour remettre en question les choix qu'on a faits », soupire-t-elle.

Mme Cyr fait partie d'un regroupement d'usagers qui s'est constitué dans les dernières semaines dans l'arrondissement de Pierrefonds-Roxboro.

Sa cofondatrice, Mélanie Piecha, explique que les impacts du REM seront nombreux sur son voisinage.

« Partout, tout le monde ne parle que de ça : dans le train, à l’épicerie, à l’école, entre amis... Nous sommes nombreux à avoir emménagé ici à cause du train qui nous amène au centre-ville en 30 minutes. Ce train nous fournit une qualité de vie en nous permettant de revenir tôt pour aller chercher les enfants à la garderie ou à l’école. L’incertitude sur les mesures alternatives pendant les travaux qui dureront au minimum six ans nous inquiète. C’est long, six ans! Si la durée du trajet est doublée, ça représente une heure de plus par jour dans le transport. Et une heure de moins en famille », dit-elle.

Membre du même groupe, Anne-Marie Aubert a songé elle aussi à changer de lieu de résidence. « Mais mon conjoint n'est vraiment pas d'accord. Et on s'entend que ce n'est pas intelligent, étant donné que nos maisons vont complètement perdre leur valeur pendant les travaux et que ça va remonter après », évalue-t-elle.

L'avis d'un expert

La plupart des familles prendront effectivement leur mal en patience, prédit George E. Gaucher, directeur général de Royal-LePage Village et courtier immobilier.

« Ce que j'ai entendu jusqu'à présent, c'est bien plus des gens qui me disent : "Moi, je conserve ma maison jusqu'à ce que le REM soit en place." Parce qu'ils ont l'impression que ça va avoir un impact positif sur les prix. Ça va être une valeur ajoutée », résume-t-il.

Certains mettront peut-être leur résidence en vente, convient-il, mais le marché est à ce point vigoureux qu'il serait étonnant d'assister à une baisse de prix dans les prochains mois.

À l'heure actuelle, une maison unifamiliale se vend en moyenne autour de 475 000 $ dans l'Ouest-de-l'Île.

Le marché demeure plus abordable au bout de la ligne, à Deux-Montagnes, mais là aussi, les prix grimpent rapidement, confirmait récemment le directeur général de la municipalité.

Accommoder ceux qui restent

Ceux qui ne déménageront pas devront dans tous les cas considérer d'autres moyens pour se rendre au centre-ville de Montréal.

Dès le mois prochain, trois départs seront retirés en semaine sur la ligne de Deux-Montagnes – des « trajets courts » offerts le matin à partir des gares Roxboro-Pierrefonds et Bois-Franc vers la gare Centrale, et le soir entre la gare Centrale et Roxboro-Pierrefonds.

L'Autorité régionale de transport métropolitain (ARTM) affirme qu'il est encore trop tôt pour préciser la nature des services additionnels qui pourraient être mis en place, mais promet d'informer la clientèle « le plus rapidement possible des solutions qui seront implantées ». Un autre breffage technique est prévu ce mois-ci pour permettre aux médias de diffuser l'information.

Au bureau de projet du REM, on souligne qu'il est impossible de dire précisément quels sont les trois trajets qui seront supprimés à court terme, car l'horaire sera complètement réaménagé pour tenir compte des travaux qui doivent commencer cet été dans le secteur de Mont-Royal. On assure toutefois que l'horaire qui sera dévoilé dans les prochaines semaines restera le même jusqu'en 2020, date à laquelle le tronçon entre la gare du Ruisseau et la gare Centrale sera complètement fermé.

Le REM devrait entrer en service sur ce segment en 2022, selon les prévisions du promoteur, CDPQ Infra, une filiale de la Caisse de dépôt et placement du Québec. On fermera ensuite le tronçon entre les gares du Ruisseau et de Deux-Montagnes pour procéder à d'autres travaux, et ce, jusqu'à la fin de 2023.

Le porte-parole du bureau de projet, Jean-Vincent Lacroix, explique que les travaux ont été pensés ainsi pour ménager les usagers.

« Au final, on maintient un certain service pour que ça aide à pallier les impacts », fait-il valoir.

M. Lacroix ajoute que le bureau de projet, l'ARTM et plusieurs autres partenaires, dont l'organisme Trajectoire Québec, travaillent actuellement à trouver des alternatives pour 2020. Un « forum d'innovation » sera notamment organisé l'automne prochain pour mettre en commun les observations qui auront été recueillies entre-temps auprès des usagers et d'un comité d'experts. Les solutions retenues seront présentées à la population en 2019, promet-il.

Des attentes

Le maire de Pierrefonds-Roxboro, Jim Beis, souhaiterait pour sa part davantage de transparence et demande à l'ARTM d'organiser une soirée d'information pour les citoyens de son arrondissement.

Il espère aussi que des voies réservées pour les autobus seront aménagées à compter de 2020.

« C'est sûr que ça va causer un peu plus de trafic, en faisant des voies réservées, admet-il. Mais ça prend quelque chose! Parce que sinon, les autobus vont être pris dans le trafic et les gens vont devoir attendre deux heures pour se rendre en ville. »

Pour Anne-Marie Aubert, ce serait la moindre des choses. Elle espère aussi un rabais sur la carte mensuelle.

« Je ne peux pas croire que je vais continuer à payer le même montant pour avoir un service aussi pourri », laisse-t-elle tomber.

Elle envisage maintenant le covoiturage pour se rendre au centre-ville. Quitte à perdre de longues heures dans le trafic.

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