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Des femmes font maintenant leur place dans l’univers des drag queens

Des femmes font maintenant leur place dans l'univers pétillant des drag queens à Montréal. Si derrière la drag queen typique se cache un homme gai qui accentue les traits féminins, elles sont quelques-unes à performer depuis quelques années à l'épicentre montréalais des spectacles de drag queens au Cabaret Mado. Rencontre avec l'une d'entre elles.

Un texte d'Anne-Marie Provost, de Grand Montréal

Érika est comme un poisson dans l'eau dans les loges au sous-sol du Cabaret Mado, dans le tourbillon de paillettes, d'étals immenses de maquillage, de robes tape-à-l'œil et de souliers aux talons démesurés. La jeune femme de 24 ans, qui performe depuis trois ans sous les traits de Miss Daniels Vyxen, se fond bien dans le milieu des drag queens.

D'une personnalité timide et d'une allure à la garçonne, cheveux courts et tuque, cela lui prendra quelques heures lors de notre visite pour se transformer en drag queen aux allures de gothique, extrêmement féminine avec ses bottes montantes, son manteau de fourrure et son maquillage tapageur.

Si elle aime provoquer les gens et jouer avec les perceptions, c'est également pour surmonter sa gêne qu'elle se transforme.

 

Créer la confusion

Filles comme garçons, le principe doit être respecté : maquillage exagéré, perruque, vêtements excentriques et performance captivante sur scène sont de mise. « Il faut que tu sois capable de faire oublier que tu es une fille et je pense que c'est comme ça que tu réussis à te faire accepter par les drags », affirme Érika.

Et le mélange des genres qu'elle pousse à un autre niveau trompe le public. Plusieurs sont convaincus que c'est un homme qui se cache sous des traits féminins.

Dans la loge, les drag queens se promènent torse nu et se maquillent devant d'immenses miroirs. Les taquineries et les traits d'esprit fusent, sur fond de musique pop. L'ambiance s'électrise au fur et à mesure que l'heure du spectacle approche. Ici et là, drag queens et danseurs pratiquent des mouvements de danse. L'esprit de corps est fort dans la loge.

Un milieu ouvert aux femmes

Si la scène drag est largement dominée par des hommes gais, le milieu n'est pas fermé aux femmes, du moins en apparence, à Montréal, contrairement à d'autres endroits dans le monde où des femmes se plaignent d'être rejetées.

« Beaucoup sont hétérosexuelles et ne sont pas dans la communauté, elles ne sont pas queer et lesbiennes. Je pense que ça peut avoir un impact. Moi, je suis lesbienne, j'étais déjà dans la communauté [...] Mais si tu n'es pas dedans, il te manque un petit quelque chose et tu dois faire un petit effort. On n'a pas les mêmes luttes et le même mode de vie. »

Les femmes qui personnifient des drag queens sont généralement qualifiées de « faux queens » ou de « bio queens », des termes parfois considérés comme péjoratifs et qui ne plaisent pas à Érika, et qui ne sont pas utilisés au Cabaret Mado, précise-t-elle. « Quand tu dis ça, tu apposes une étiquette et tu affirmes au public que c'est une fille, ce n'est pas équitable », dit-elle.

Cette soirée-là, la jeune femme a mis sur pied un « faux girls band » avec trois autres femmes, dont deux sont des aspirantes drag queens. Elles feront des performances sur huit pièces de musique allant des années 60 à aujourd'hui.

« Ce sont des drag queens qui m'ont laissé ma chance, qui m'ont fait danser pour elles, qui m'ont fait faire des numéros. J'ai été coachée et bien accueillie par les drags », raconte l'une d'elles, Susie Richard, qui performe sous les traits de Daisy Wood.

« On n'avait juste pas le choix », lance une drag queen depuis le fond de la loge, déclenchant l'hilarité générale.

Un concours qui a démocratisé l'accès

Ce sont des drag queens qui ont incité Érika à tenter sa chance à travers le concours Drag moi. Les femmes drag queens étaient inexistantes sur la scène du Cabaret Mado avant ce concours, qui en est à sa septième édition. La compétition, qui vise à tester de nouvelles recrues, a contribué à démocratiser l'accès à la scène, même si les critères de sélection restent stricts.

« Elles étaient deux la première saison et elles ont fini avec des pointages très hauts », explique Marla Deer, qui supervise le concours Drag moi.

La drag queen ajoute que cela suscite plusieurs réactions, mais que le public reçoit très bien cela.

Homme comme femme, une bonne drag queen doit connaître les paroles de la chanson sur laquelle elle performe, se rappeler les mouvements de sa chorégraphie, bien s'habiller, capter et conserver l'attention de son public, conclut-elle.

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