Retour

Des garderies privées de pataugeoire demandent un assouplissement des règles

Plusieurs garderies se disent « coincées » par l'application d'un nouveau règlement de la Ville de Montréal, qui les oblige désormais à avoir un accompagnateur pour six enfants âgés de moins de six ans afin d'accéder aux pataugeoires publiques. Ce ratio est supérieur aux normes demandées aux services de garde dans leurs propres installations.

Un texte de Romain Schué

« Se faire refuser l’accès aux pataugeoires, alors qu’il y a une canicule, on trouve ça absurde. Pourtant, c’est le fun pour les enfants d’y aller quand il fait chaud », affirme Dorothy Bond, éducatrice au Centre de la petite enfance (CPE) Harmonie, sur le Plateau-Mont-Royal.

Depuis le début de l’été, l’équipe de ce CPE a dû rebrousser chemin à plusieurs reprises devant la pataugeoire située dans le parc Lafontaine. Une histoire similaire a été vécue par Opus Incertum, un autre service de garde, voisin de cet espace vert privilégié par les CPE en cas de forte chaleur.

Pour expliquer l'interdiction d’accès à cette pataugeoire capable d’accueillir 240 personnes, les sauveteurs présents sur place ont évoqué un manque d’accompagnateurs. Ils faisaient alors référence à un règlement mis en place l’an passé par la Ville de Montréal, qui resserre l’accès aux pataugeoires.

Comme pour les piscines de la métropole, il est désormais demandé aux groupes d’avoir constamment un accompagnateur pour six enfants âgés de 5 ans ou moins.

Par le passé, un surveillant pour huit enfants de 3 à 5 ans était exigé.

Les enfants « punis » par ce règlement

Jugeant « sévèrement » cette nouvelle norme, ces CPE viennent d’envoyer une lettre à l’arrondissement du Plateau-Mont-Royal, demandant de revoir ce règlement qui « insatisfait grandement » ces services de garde aux moyens limités.

« Financièrement, avec toutes les coupures qu'on a eues, on ne peut pas se permettre d’avoir du personnel en plus. On est un peu coincé et ce sont les enfants qui sont punis », assure Dorothy Bond, avant d'énoncer les normes émises par le ministère de la Famille qui déterminent le budget des CPE.

Le gouvernement provincial demande notamment aux CPE d’avoir un encadrant pour huit enfants âgés de 18 mois à trois ans et un pour dix jeunes de 4 à 5 ans.

De plus, souligne Dorothy Bond, chaque éducateur a reçu une formation en secourisme.

Un « casse-tête » pour les CPE

Cette problématique concerne également les autres arrondissements de la métropole.

« C'est toujours un casse-tête, chaque matin, lorsqu'on veut aller à la pataugeoire. On doit calculer, détaille Diane Jourdenais, éducatrice chez Idée Fixe, dans Ville-Marie. Ça provoque beaucoup de mécontentement et les parents s'en plaignent. »

Une solution lui a néanmoins été proposée par des sauveteurs. « Quand on vient avec huit enfants, on nous propose d'en laisser deux en-dehors de l'eau. Donc, on fait une rotation », relate-elle, soulignant que cette mesure n'est guère idéale.

Des raisons de sécurité, selon la Ville

Malgré ces demandes, la Ville de Montréal reste inflexible. « La sécurité de tous les baigneurs est une priorité [pour la Ville qui] a mis en place des règles concernant l’utilisation et l’accompagnement dans ses installations afin de s’assurer que tous puissent se baigner en toute sécurité », affirme Audrey Gauthier, porte-parole de l’administration.

Ce règlement fait par ailleurs suite aux recommandations émises conjointement au printemps 2016 par le ministère de l’Éducation, l’Association des camps du Québec, la Croix-Rouge canadienne et la Société de sauvetage, pour un « encadrement sécuritaire des enfants à l’occasion d’une sortie ou d’une activité en milieu aquatique ».

La Ville de Montréal précise également que chaque arrondissement « peut utiliser des mesures complémentaires aux règles afin d’assurer une plus grande sécurité des usagers [et] peut, en tout temps, resserrer les ratios ».

Du côté du Plateau-Mont-Royal, l’arrondissement invite les CPE à « trouver des parents accompagnateurs bénévoles », afin de se rendre librement dans les pataugeoires.

« Parfois, les parents viennent, mais s’ils mettent leur enfant dans un service de garde, c’est parce qu’ils travaillent », répond Dorothy Bond.

Une responsabilité municipale, dit Québec

Si Québec fixe le nombre minimal de sauveteurs présents sur place, chaque municipalité peut fixer les règles d’utilisation de ses piscines et pataugeoires, explique le ministère de la Famille.

En cas de « chaleur accablante », le gouvernement demande aux services de garde de prendre « différentes dispositions afin d’assurer la santé et le bien-être des enfants » :

  • fermer les rideaux;
  • s’assurer que les enfants sont bien hydratés;
  • fréquenter les jeux d’eau;
  • fréquenter des endroits climatisés (bibliothèques, musées);
  • utiliser des pataugeoires portatives.

Plus d'articles