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Des internautes anti-immigration confondent des sièges vides et des femmes en burqa

CHRONIQUE - Des internautes norvégiens ont violemment réagi à ce qu'ils croyaient être une photo de femmes en burqa dans un autobus, publiée dans un groupe Facebook ultranationaliste. Il s'agissait en fait de bancs vides.

Je dis toujours qu'il faut prendre 30 secondes avant de se fâcher à propos de quelque chose qu'on a vu sur son fil d'actualités Facebook. Sous le coup de l'émotion, on met parfois de côté notre sens critique, ce qui donne lieu à des dérapages et aide les fausses nouvelles à se propager.

Le politicien norvégien Sindre Beyer en a fait une belle démonstration la semaine dernière quand il a publié une série de commentaires suscités par une image qui a circulé dans le groupe Facebook privé Fedrelandet viktigst (la Patrie en premier), qui compte quelque 13 000 membres :

« Que se passe-t-il quand on publie une photo de quelques bancs d'autobus vides sur la page d'un groupe Facebook glauque et que presque tous les membres croient qu'ils voient un tas de burqas? », a-t-il écrit. Sa publication, devenue virale en Norvège, contient pas moins de 22 pages de commentaires haineux générés par l'image.

« Je croyais que ça se passerait en 2050, mais ça se passe MAINTENANT! », a commenté un internaute.

« Ça fait vraiment peur, on devrait bannir les burqas. On ne sait jamais qui porte ce vêtement. Ça pourrait être des terroristes avec des armes », a réagi un autre.

Je le répète : il s'agit de la photo d'un autobus vide. Ce sont des bancs, et non des personnes en burqa.

C'est le journaliste norvégien Johan Slattavik qui a eu l'idée de publier la photo dans le groupe Facebook, avec la légende « Qu'en pensez-vous? »

« Je l'ai publiée pour voir comment les gens réagiraient », a-t-il affirmé au Washington Post, avant d'ajouter qu'il était choqué qu'autant de personnes aient été flouées par l'image. « Il y a des différences entre les critiques légitimes envers les politiques d'immigration en Europe et le racisme aveugle et la xénophobie. Je voulais examiner ces différences, et c'est quelque chose que je crois avoir réussi à faire avec ce canular, à voir les réactions qu'il a suscitées », a affirmé M. Slattavik au site Nettavisen.

« Les gens voient ce qu'ils veulent voir, et ce qu'ils veulent voir, ce sont des musulmans dangereux », a commenté, sur le site norvégien The Local, Rune Beerglund Steen, du Centre norvégien contre le racisme.

Si des gens se font avoir par une attrape aussi évidente, il n'est pas surprenant de voir circuler toutes sortes de trucs abracadabrants sur les réseaux sociaux.

Mis à part éviter la propagation de la désinformation et des canulars, j'ajouterais que prendre un moment avant de s'insurger en ligne peut améliorer notre qualité de vie.

Imaginez : des dizaines d'internautes norvégiens se sont fâchés en voyant la photo d'un autobus vide. S'ils avaient pris quelques secondes pour bien examiner l'image avant de s'indigner et d'écrire un commentaire, leur soirée n'aurait pas été ruinée par une poignée de bancs d'autobus.

Personnellement, étant un utilisateur des transports en commun à l'heure de pointe à Montréal, je crois qu'on devrait donner de l'amour et non de la haine aux bancs d'autobus vides.

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