En ce Jour du Ruban noir, journée commémorative nationale des victimes du stalinisme et du nazisme, le Centre commémoratif de l'Holocauste de Montréal tenait un salon du livre consacré aux mémoires des survivants montréalais des camps nazis. C'est la quatrième édition de cet événement qui faisait pour la première fois une place de choix à la littérature jeunesse.

Un texte de Michel Marsolais

L'Holocauste ne semble pas le genre d'histoire qu'on lit aux enfants pour les endormir. Pourtant, plusieurs auteurs de la communauté juive ont décidé de la raconter à un jeune public.

Un exercice qui a été difficile pour des auteurs comme Marguerite Elias-Quddus qui a longtemps caché le fait qu'elle était juive.

« J'ai commencé par dessiner l'arrestation de papa qui était la chose la plus importante de mon enfance, la plus inconcevable. Et j'ai commencé par dessiner ça. Et quand j'en ai eu une centaine, je les ai étalés dans mon salon. Je les ai classés et après, j'ai pu broder mon texte autour. Ça m'a libérée », explique-t-elle.

Monique Polak est déjà auteure de plusieurs livres de littérature jeunesse. Elle porte toujours au cou un pendentif que sa mère a reçu dans un camp de concentration. « Ma mère était adolescente et elle pleurait parce que c'était son anniversaire et qu'elle n'avait pas de cadeau. Une femme qui parlait allemand lui a offert ce bijou sans valeur. Puis, elle ne l'a jamais revue », raconte-t-elle.

Elle a donc décidé d'écrire l'histoire de sa mère pour les jeunes dans son roman What World Is Left. Elle trouve le public adolescent très réceptif.

« Je crois que c'est un temps très important dans la vie. C'est un temps où on est plus ouvert à tout. Et je crois que la question de l'Holocauste, ça parle des questions les plus importantes dans la vie. Qu'est-ce qui est important, qu'est-ce qu'on fera pour survivre? »

Une histoire qu'elle a transmise jusque dans les écoles du Nunavik lors de conférences.

« J'ai écrit des histoires qui se passaient dans le Grand Nord mais quand j'ai parlé de l'Holocauste et du livre au sujet de ma mère, j'ai vu une réaction très touchante. La classe était silencieuse. »

Apprendre la tolérance

« Je crois que les jeunes apprennent mieux à travers des histoires vibrantes. Cela les aide à avoir de la perspective sur la tolérance », pense aussi Meg Wiviott auteure de Paper Hearts, une histoire basée sur un artéfact important du Centre commémoratif de l'Holocauste de Montréal.

Alors que ceux qui ont vécu directement les tragiques années de l'Holocauste disparaissent rapidement avec l'âge, le devoir de mémoire reste vif dans la communauté. L'histoire a cruellement tendance à se répéter.

« Actuellement, avec tout ce qui se passe, j'ai un peu d'appréhension », s'inquiète Marguerite Elias-Quddus.

Un message que Walter Absil transmet dans les écoles du Québec depuis 30 ans.

« C'est tout ce que je peux faire, combattre la haine », dit-il.

À l'occasion de ce salon du livre, on a aussi présenté 27 mémoires de survivants qui sont publiés et diffusés à petite échelle grâce à plusieurs organismes dont la Fondation Azrieli.

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