Retour

Des locataires évincés pour faire de la place aux touristes

De plus en plus de voix s'élèvent contre l'augmentation du nombre d'appartements transformés en gîtes touristiques, comme ceux que propose l'entreprise Airbnb.

Les comités de logement et les associations de locataires du Québec s'inquiètent de l'appauvrissement du parc locatif, et des locataires disent subir les pressions exercées par certains propriétaires qui tentent de les évincer pour récupérer leur logis.

Depuis quelques années, selon eux, des propriétaires spéculateurs usent de tactiques pour évincer leurs locataires et transférer leurs logements. Le but : en faire des lieux d'hébergement touristique de style pour maximiser leurs profits.

À Montréal, 6000 logements ou maisons sont loués sur Airbnb, selon le Regroupement des comités logement et associations de locataires du Québec.

Dans certains cas, les locataires disent subir des pressions de la part de leur propriétaire.

C'est le cas d'Élisabeth Fabreg, qui a quitté son appartement l'été dernier, après deux années d'une relation qu'elle qualifie de litigieuse avec son propriétaire.

« Il a commencé à nous proposer des ententes, dit-elle. Des ententes pour quoi? Des ententes pour que nous puissions partir le plus rapidement possible. [...] C'est qu'il nous a précisé qu'il avait acheté ce building pour sa retraite et qu'il espérait faire beaucoup d'argent avec, le faire prospérer, que ce soit une affaire rentable. [...] Donc, c'est-à-dire qu'il a commencé à faire du Airbnb. »

Élisabeth Fabreg a résisté.

« Il revenait à la charge, sonnait à notre porte très régulièrement. [...] Il revenait à la charge à peu près tous les mois, mois et demi [...] Ça a été deux ans d'enfer, j'en suis tombée malade. »

Madame Fabreg a reçu un avis d'éviction. La Régie du logement a été saisie du dossier, elle a donné raison à Élisabeth Fabreg.

La décision de la Régie rapporte que le propriétaire a admis avoir loué des logements sur le site Airbnb, mais qu'il a affirmé avoir cessé de le faire depuis les modifications législatives de décembre 2015.

Le propriétaire, Daniel Thibault, l'a répété au téléphone, mais il a refusé de nous accorder une entrevue à la caméra.

Pourtant, des annonces sur le site Tripadvisor montrent qu'il a offert ses logements à un tarif quotidien en mars 2016.

En vertu de la loi, il est possible de louer un logement sur une base non régulière pour 31 jours et moins sans permis. Dès que la location devient récurrente, il faut une attestation. Or, le nombre de propriétaires qui n'en demandent pas augmente. Les inscriptions sur Airbnb aussi.

« Il y en a plus de 4400 juste dans le Plateau Mont-Royal. Là on a un problème là! Ça, ça dévitalise nos quartiers », s'exclame Amir Khadir, député de Québec solidaire dans la circonscription de Mercier.

Selon lui, le cadre législatif est déficient. « C'est qu'en fait, on ne donne pas grande possibilité aux inspecteurs d'agir, de surveiller, de vérifier », déplore-t-il.

La Corporation des propriétaires immobiliers dénonce les comportements illégaux et les pressions indues exercées sur les locataires, mais elle évoque aussi une conjoncture difficile pour les propriétaires.

« Vous avez des proprios qui jettent la serviette. Se disant : c'est devenu en 2016 trop difficile de pouvoir avec les revenus très bas maintenir le logement, l'immeuble en bon état, c'est très difficile avec les taux d'inoccupation qui sont élevés et les difficultés de gestion, donc [qui] préfèrent se tourner vers un autre type de location », soutient Hans Brouillette, directeur des Affaires publiques à la CORPIQ.

Plus d'articles

Commentaires