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Des magasins de marijuana ouvrent leurs portes à Montréal

Une entreprise de la côte ouest canadienne, Cannabis Culture, a ouvert huit points de vente de marijuana récréative à Montréal jeudi matin, même si cela est encore illégal au Canada. Deux autres magasins s'ajouteront d'ici la fin de l'année. La police n'était pas présente à la conférence de presse de lancement.

Les propriétaires de Cannabis Culture, Jodie et Marc Emery, savent qu'ils enfreignent sciemment la loi. Ils ont d'ailleurs supplié la police de les « laisser en paix, de ne pas blesser de personnes inoffensives » et de leur permettre de démontrer à quoi ressemblerait la légalisation de la marijuana.

La vente de marijuana à des fins non médicales est toujours illégale au Canada. Le gouvernement Trudeau doit déposer au printemps un projet de loi visant à légaliser le cannabis, en retirant du Code criminel la consommation et la possession de marijuana à des fins récréatives.

Marc Emery, un militant promarijuana qui a été arrêté des dizaines de fois, a demandé au premier ministre Justin Trudeau de ne pas attendre deux ans avant de légaliser le produit. il se dit prêt à retourner en prison pour ses convictions.

« L’interdiction de la marijuana en vigueur depuis 50 ans, n’a jamais été légitime. On ne peut accepter cela ». Il qualifie les arrestations de Canadiens à cause du cannabis d'absurdes et injustes. Le Québec est l’une des deux seules provinces où il n’a jamais été arrêté.

« L’histoire de ce pays a été construite par des gens comme moi qui ont enfreint la loi de manière transparente, pleinement, de manière ouverte, contre une injustice », martèle-t-il.

Son associée et épouse, Jodie Emery, qui avait présenté sa candidature pour le Parti libéral dans la circonscription de Vancouver-Est l'an dernier, assure que la marijuana ne cause pas de dommages.

« Beaucoup de Canadiens utilisent des médicaments très dangereux, la crise des opioïdes est un problème de longue date, et l’alcoolisme cause des problèmes graves. La marijuana est le choix le plus sécuritaire », lance-t-elle. Elle donne comme modèle les Coffee Shop d'Amsterdam aux Pays-Bas, ces cafés où les clients peuvent consommer librement de la marijuana.

L'ouverture de ces nouveaux magasins, notamment à Ville-Marie, Hochelaga, Saint-Michel, Côte-des-Neiges-Notre-Dame-de-Grâce, Mont-Royal, porte à 22 le nombre de points de vente exploités par l'entreprise Cannabis Culture au Canada. Les activistes envisagent l'expansion de leur commerce à Ottawa, Calgary, Halifax et à tout le pays.

Fondateur de Cannabis Culture, Marc Emery, surnommé le prince du pot, se présente comme un activiste politique et voit dans l’ouverture de magasins de pot, une forme de désobéissance civile pacifique. Il se bat depuis deux décennies pour la légalisation de la marijuana.

« Nous ne faisons pas confiance au gouvernement et nous ne pensons pas que son programme reflète les intérêts de la culture du cannabis. Nous pensons que notre vision reflète ce que les gens veulent », a-t-il plaidé sur les ondes de Radio-Canada. « Alors, on la présente en contrepartie à ce que proposera le gouvernement ».

Nous ne voulons pas attendre un jour de plus pour la légalisation. Nous la voulons aujourd’hui, nous la méritons. Nous avons été persécutés injustement, donc, c’est notre réaction.

Marc Emery

Coderre promet de faire appliquer la loi

Le maire de Montréal, Denis Coderre, entend bien faire appliquer la loi en vigueur. Tous les outils administratifs de la Ville seront utilisés pour que cesse un usage illégal, a-t-il indiqué dans un tweet.

Des inspecteurs ont visité au moins deux des boutiques, qui n'ont pu ouvrir leurs portes.

Projet Montréal demande pour sa part la création d’un comité de coordination pour mettre en place une réglementation afin d'encadrer ce type de commerce. Le parti cite l’exemple de Victoria qui a mis sur pied une législation transitoire, obligeant notamment ces commerces à ne pas avoir pignon sur rue près des écoles.

La conseillère du district Jeanne-Mance, Christine Gosselin, de Projet Montréal, estime pour sa part qu'il faut éviter de se retrouver dans une situation comme à Toronto, où l'absence de règlement a mené à une prolifération de dispensaires. « Il faut absolument éviter à Montréal ce qui s’est produit à Toronto, soit qu’il y a aujourd’hui plus de dispensaires que de pizzerias », explique Mme Gosselin dans un communiqué, qui parlait au nom de l'opposition officielle à l'Hôtel de Ville.

Le premier ministre Philippe Couillard presse Ottawa de mettre cartes sur table à ce chapitre. « Si elles sont illégales [les boutiques], elles doivent être sanctionnées, c’est la première chose. Deuxième chose, on est à l’orée de la légalisation du produit au Canada, quelque chose que moi je soutiens sur le plan du principe, mais il faut absolument qu’on voit rapidement les orientations précises du gouvernement fédéral avec leur projet de loi. »

L'activiste Marc Emery est conscient que ses employés ou lui-même pourraient se faire arrêter, mais pas les clients de ces magasins, assure-t-il. « Même s’il est encore illégal d’être en possession de marijuana, le gouvernement laisse habituellement les gens en acheter et en posséder au Canada sans sanction. Mais tout est possible parce que la loi [criminalisant le cannabis] est toujours en vigueur ».

L'activiste a été arrêté à 28 reprises dans huit provinces du Canada en lien avec la marijuana.

Il a aussi connu des démêlés avec la justice américaine en 2010. Le Britanno-Colombien avait alors été extradé aux États-Unis, où il a été condamné à 5 ans de prison pour avoir vendu des semences de cannabis par Internet à des clients américains.

À Toronto par ailleurs, les policiers avaient perquisitionné en août 2016 et saisi du matériel dans un dispensaire de marijuana thérapeutique de Marc Emery. Il avait rouvert ses portes dès le lendemain.

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