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Des milliers de manifestants contre la haine et le racisme au centre-ville de Montréal

Des milliers de manifestants ont marché dans les rues de Montréal dimanche pour s'opposer à la haine, au racisme, à l'extrême droite et à la loi sur la neutralité religieuse.

Réunis à la place Émilie-Gamelin, les marcheurs se sont rendus à la place du Canada, au centre-ville, où la statue du premier premier ministre du Canada John A. Macdonald a été aspergée de peinture rouge dans la nuit de samedi à dimanche. Un groupe « antiraciste et anticolonialiste », déclarant ne pas faire partie de l'organisation de la marche, a revendiqué le coup d'éclat. L’un des Pères de la Confédération aurait été, selon eux, un « raciste ».

Par cette manifestation, les organisateurs visaient notamment les groupes ultranationalistes, tels que La Meute, et l’adoption de la loi 62 sur la neutralité religieuse, qui impose de donner et recevoir des services à visage découvert.

« Si on laisse le silence et si on laisse la complaisance prendre les rênes de notre climat ici au Québec, on laissera donc les discours haineux, les discours toxiques prendre de l’avant », a déclaré l’un des porte-parole de l’événement, Anas Bouslikhane, membre de Solidarité sans frontières et du Collectif de résistance antiraciste de Montréal.

Le message a été porté par différentes organisations, allant des regroupements de femmes, aux mouvements altermondialistes, jusqu'à des associations étudiantes. Des représentants de plusieurs régions, dont l'Estrie et le Saguenay, ont fait le voyage à Montréal pour participer à l'événement.

« On a vu des actes haineux qui ont été proférés contre différentes communautés, notamment la communauté arabo-musulmane, donc c’est important de rappeler que nous, les Québécois et Québécoises, sommes solidaires des immigrants, des personnes de couleur, des personnes racisées », a déclaré une manifestante.

La députée de Québec solidaire, Manon Massé, présente à la manifestation, s'est dite inspirée par « cet appel de la société civile ».

La loi 62 est-elle raciste?

Certains manifestants interviewés par les journalistes de Radio-Canada sur le terrain ont explicitement dénoncé la Loi favorisant le respect de la neutralité religieuse de l’État et visant notamment à encadrer les demandes d’accommodements pour un motif religieux dans certains organismes, adoptée il y a près d’un mois par l’Assemblée nationale.

L'article 10 de cette loi exige que les services publics soient reçus et livrés à visage découvert. « Un membre du personnel d’un organisme doit exercer ses fonctions à visage découvert. De même, une personne qui se présente pour recevoir un service par un membre du personnel d’un organisme visé au présent chapitre doit avoir le visage découvert lors de la prestation du service », stipule l'article.

Selon des militants, cet article vise spécifiquement les femmes musulmanes qui se couvrent le visage d’un niqab ou d’une burqa. C’est parce qu'elle restreint leur « liberté » religieuse lors de la réception d’un service de l’État que des militants qualifient la loi de raciste.

« La Loi n’est pas raciste, ça, c’est clair », estime pour sa part Christiane Pelchat, avocate en droit des femmes et ancienne présidente du Conseil du statut de la femme, en entrevue sur les ondes d’ICI RDI.

« Il n’y a rien de raciste à dire que l’État doit être neutre, que l’État ne doit pas favoriser une religion », note Mme Pelchat. Dire « qu’on va empêcher le port de la burqa ou du niqab dans l’espace public, ce n’est pas ce que la loi dit. »

Mme Pelchat dénonce elle aussi l’article 10, mais pour une autre raison : parce qu’il « n’a pas sa place dans une loi sur la neutralité religieuse », selon elle.

« Nous marcherons aujourd'hui en tant que féministes pour dire non aux agendas racistes qui instrumentalisent la lutte féministe », a soutenu pour sa part la co-vice-présidente de la Fédération des femmes du Québec, Marlihan Lopez.

Une manifestante féministe, Ève Torres, s’est dite désolée que certaines femmes soient « marginalisées » par le gouvernement qui, selon elle, « brimera aussi l'accès à l'emploi » pour elles.

« Le gouvernement n'a jamais été en mesure d'avancer quoi que ce soit qui prouve que, jusqu'à présent, nous avons eu des problèmes de sécurité ou quoi que ce soit. Donc présentement, on met en lumière un groupe de femmes qui n'ont jamais posé un problème majeur à notre société », a-t-elle soutenu.

« Ça libère la parole raciste et on n'en a pas besoin dans un contexte de la montée de l'extrême droite », a-t-elle ajouté.

La loi du gouvernement fait actuellement l'objet d'une contestation judiciaire de la part de plaignants qui la jugent discriminatoire à l'égard des femmes musulmanes.

Selon eux, l'article 10 viole la Charte québécoise des droits et libertés de la personne ainsi que la Charte canadienne des droits et libertés.

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