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Des projets de condos sèment la discorde dans Villeray–Saint-Michel–Parc-Extension

Les deux dernières séances du conseil d'arrondissement de Villeray–Saint-Michel–Parc-Extension ont été suspendues en raison du grabuge provoqué par des opposants à des projets immobiliers. Ceux-ci dénoncent l'embourgeoisement des quartiers populaires de Montréal, alors que les élus concernés affirment avoir les mains liées.

La plus récente réunion du conseil d'arrondissement a été interrompue en raison de la grogne contre un projet de condos sur le site de l'ancien garage de Taxi Diamond, qui a reçu le feu vert des élus mardi soir.

Des citoyens mécontents du projet se sont levés et ont insulté les élus, si bien que la séance a dû être suspendue. La police est même intervenue pour ramener l'ordre et procéder à l'arrestation de deux personnes, qui pourraient faire face à des accusations.

Ces protestataires feraient partie d'un groupe antigentrification d'une trentaine de personnes, qui aurait aussi hué les représentants du promoteur du projet, l'entreprise de construction Développeurs Montréal.

Celle-ci souhaite construire 24 unités réparties sur 4 lots au 7294, rue Lajeunesse.

Le « comité citoyen Taxi Diamond », composé de résidents du secteur, déplore depuis six mois « l'élévation d'un bâtiment de 4 étages dans un environnement de 2 étages » avec « plus de 50 fenêtres avec vue directe dans [les cours du voisinage] » et « 4 entrées de stationnement souterrain par la ruelle », où jouent les enfants du voisinage, peut-on lire dans un courriel transmis plus tôt cette semaine à Radio-Canada.

Les résidents inquiets font également valoir que le projet est incompatible avec la vision de l'administration municipale, qui souhaite ramener à Montréal les familles ayant déménagé en banlieue, soulignant que 12 des 24 unités de condos ne comporteront qu'une seule chambre.

La séance du 13 février avait également été suspendue pour des raisons similaires. Un projet visant à convertir en condos la Plaza Hutchison, située juste en face de la mairie de Villeray–Saint-Michel–Parc-Extension, avait été dénoncé bruyamment par ses opposants.

La mairesse de l'arrondissement, Giuliana Fumagalli, dit qu'elle « partage les préoccupations des citoyens et citoyennes de l'arrondissement » et qu'elle « s’inquiète de certains projets de développement récents dans l’arrondissement, lesquels ne se traduisent pas par une offre accrue de logements sociaux et abordables et d’espaces communautaires dans le quartier ».

Dans un communiqué transmis mardi matin, Mme Fumagalli déplore en outre « l’absence de collaboration de la part du promoteur », qui aurait refusé de la rencontrer afin de discuter de l’inclusion de logements sociaux ou abordables dans le projet. « De plus, l’immeuble situé au 7290-7300 Hutchison a une importance historique dans le quartier, de par sa localisation, à l’entrée du quartier, ainsi que son passé en tant que lieu de rencontre social et communautaire », fait-elle valoir.

« Malheureusement », ajoute Mme Fumagalli, « le projet tel que présenté est [...] conforme au zonage historique du site, lequel a été confirmé dans le Plan de développement urbain, économique et social (PDUES) Alexandra-Marconi, et est donc de plein droit. »

Appel au calme

« Nos élus ont dû se prononcer sur des projets qui étaient déjà attachés, sur lesquels il n'y avait pas de poignée de négociation », a confirmé mercredi matin la mairesse de Montréal, Valérie Plante, qui a par ailleurs souhaité qu'à l'avenir, les échanges au conseil d'arrondissement de Villeray–Saint-Michel–Parc Extension « se fassent de manière respectueuse ».

« C'est une réalité, la gentrification se propage très rapidement dans Parc-Extension et la population locale est préoccupée », a-t-elle admis cependant.

« Moi, ce que je souhaite dire à la population, [...] c'est que nous allons poser des gestes concrets pour s'assurer de conserver la mixité sociale, économique et culturelle dans nos quartiers, et c'est pour ça que nous avons décidé d'investir 17 millions supplémentaires [dans le dernier budget] pour l'achat de terrains, pour faire des projets mixtes. »

Son homologue à l'Hôtel de Ville, Lionel Perez, a tenu un discours similaire, mercredi, quant aux perturbations survenues la veille à la mairie de Villeray–Saint-Michel–Parc-Extension.

« Évidemment, on encourage la participation citoyenne; absolument tout le monde a le droit de venir poser des questions, de pouvoir partager leur point de vue, d'exercer leur droit démocratique, d'essayer d'influencer leurs élus avant un vote... mais c'est préoccupant », a-t-il affirmé.

Sur le fond, « beaucoup d'études ont été faites par l'arrondissement [et] par le CCU [Comité consultatif d'urbanisme] », rappelle le chef par intérim d'Ensemble Montréal, qui forme l'opposition officielle à l'Hôtel de Ville. « On comprend que ça ne fait pas nécessairement l’unanimité à cet égard-là, mais il y a aussi des règles de droit, il y a des droits acquis, il y a des zonages, et d'après ce que je comprends, tout a été respecté, alors on va se fier aux élus locaux sur cet enjeu-là. »

Trois des cinq élus au conseil d'arrondissement de Villeray–Saint-Michel–Parc Extension sont issus de Projet Montréal, le parti au pouvoir; les deux autres sont membres d'Ensemble Montréal.

Avec la collaboration de Julie Marceau

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