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Des psychologues du réseau public dénoncent la disparition progressive de leur profession

Des psychologues du Centre de réadaptation en dépendance de Montréal sortent de l'ombre pour dénoncer la disparition progressive de leur profession du réseau public. Dans une lettre qui circule à l'interne, ils affirment qu'ils sont de plus en plus remplacés par des travailleurs sociaux ou des psychoéducateurs.

Un texte de Fanny Samson

L'un des 15 signataires de la lettre, Jacques Normand, soutient que le Centre, qui vient en aide aux toxicomanes, a perdu une dizaine de psychologues en trois ans.

On abolit nos postes dès qu'une personne part à la retraite. Ils sont remplacés par d'autres types d'emplois, souvent à temps partiel.

Jacques Normand, psychologue

Trois postes de psychologues vacants ont récemment été remplacés par des « agents de relations humaines ». Ils sont travailleurs sociaux, criminologues ou psychoéducateurs. Plusieurs psychologues ont posé leur candidature pour ces postes, mais ils « se sont fait répondre qu’il n’y avait pas d’emploi disponible », peut-on lire dans la lettre.

Les psychologues en congés de maladie et de maternité sont aussi remplacés par ces agents.

Jacques Normand, qui est sur le point de prendre sa retraite, affirme que la direction a même affirmé qu’il y avait trop de psychologues dans l’établissement.

« Les psychologues sentent qu'ils n'ont plus leur place dans cet établissement public de soins spécialisés », déplore-t-il.

Les établissements de santé du Québec sont touchés par d’importantes compressions budgétaires depuis 2014. Les psychologues pensent en faire les frais. « Il se dit fréquemment que les psychologues ont des salaires un peu plus élevés et que ça fait partie des compressions », dit M. Normand.

Le président de l'Association des psychologues du Québec, Charles Roy, n'est pas surpris. « C'est un exemple supplémentaire qui illustre un phénomène assez répandu au Québec en ce moment », dit-il.

Les patients écopent

Les psychologues du Centre de réadaptation en dépendance de Montréal sentent donc que leur profession est menacée dans le réseau public et que les conséquences seront importantes : diminution de l’accessibilité à des services gratuits et perte d’expertise.

Des patients perdent leur psychologue et sont suivis par des professionnels qui n'ont pas les mêmes compétences, estime Jacques Normand. Sans ressource dans le réseau public, les patients ne peuvent pas non plus se tourner vers le privé, faute de moyen.

Les psychologues offrent des services d'aide professionnelle, se sont les personnes les plus qualifiées dans ce domaine-là.

Jacques Normand, psychologue

La porte-parole du Centre intégré universitaire de santé et de services sociaux du Centre-Sud-de-l'île-de-Montréal, auquel le centre de réadaptation est affilié, indique que cette réorganisation vise à « mieux répondre aux besoins de notre clientèle ».

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