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Des rencontres secrètes entre Accurso et Vaillancourt, selon un témoin

Le nom de Tony Accurso ne devait jamais être inscrit dans l'agenda de l'ex-maire de Laval, Gilles Vaillancourt. C'est ce qu'a déclaré l'ancienne secrétaire du maire, qui a été la dernière à témoigner pour le ministère public au procès pour corruption de l'entrepreneur.

Un texte de Geneviève Garon

« M. Vaillancourt exigeait qu'on ne mette pas le nom de Tony Accurso dans l'agenda papier », a révélé l'ancienne adjointe de Gilles Vaillancourt de 1997 à 2012, Josiane Pesant. Elle a soutenu que Tony Accurso était le seul interlocuteur du maire qui devait demeurer confidentiel et qu'il voulait être discret sur la présence de l'homme d'affaires à l'hôtel de ville de Laval. Elle estime qu'ils devaient se rencontrer de deux à cinq fois par année.

Selon Mme Pesant, lorsque Tony Accurso voulait rencontrer Gilles Vaillancourt, le maire accédait rapidement à sa demande. « Ça ne traînait pas sur le bureau pendant deux semaines avant d'être confirmé », a-t-elle illustré.

De façon générale, la secrétaire aurait d'ailleurs reçu comme consigne de déchirer les pages de l'agenda de M. Vaillancourt après chaque semaine, détruisant du même coup les notes au sujet de tous ses rendez-vous.

Tony Accurso est accusé d'avoir pris part au stratagème de corruption et de collusion dans l'octroi des contrats à la ville de Laval entre 1996 et 2010.

La poursuite a décrit une pratique où Gilles Vaillancourt et des hauts fonctionnaires de la ville choisissaient d'avance qui, parmi un groupe restreint d'entrepreneurs, obtenait un contrat. Le gagnant payait une ristourne de l'ordre de 2 % de la valeur du contrat.

Paranoïa à l'hôtel de ville

« M. Vaillancourt s'était fait acheter des téléphones cellulaires jetables aux États-Unis qui devaient être plus difficiles à retracer », a raconté Josiane Pesant.

Selon elle, son patron était devenu paranoïaque autour de 2012, dans la foulée d'une perquisition à l'hôtel de ville, alors que l'escouade Marteau intensifiait sa présence.

Il se serait aussi procuré un appareil pour brouiller les ondes et aurait réclamé que des invités enlèvent la pile de leurs cellulaires, par crainte d'être écoutés. Il aurait d'ailleurs demandé au témoin d'apporter une boîte de métal à l'hôtel de ville pour que certains y déposent leur cellulaire. Selon Mme Pesant, le maire Vaillancourt tenait de plus en plus ses rendez-vous à l'extérieur de l'hôtel de ville par crainte d'être espionné.

Des phrases codées

L'ex-maire Vaillancourt aurait donné des directives à sa secrétaire afin qu'elle communique avec le notaire Jean Gauthier pour qu'il rembourse le coût de certaines réceptions. M. Gauthier avait un rôle à jouer dans le financement du parti PRO des Lavallois, la formation de l'ex-maire, selon l'ancienne secrétaire. Comme il lui était interdit de parler d'argent au téléphone, Josiane Pesant aurait établi un code pour lui faire comprendre le montant qu'elle voulait.

« Je lui disais : ''Peux-tu passer 2 minutes?'' Ça voulait dire que j'avais besoin de 200 $ pour payer une facture », a-t-elle cité en exemple.

Gilles Vaillancourt aurait aussi consulté systématiquement la liste des appels d'offres et encerclait parfois un soumissionnaire et un montant. Il rencontrait également le directeur général de la ville pour en discuter.

Mme Pesant a soutenu que les documents d'appels d'offres étaient envoyés aux notaires Jean Gauthier et Jean Bertrand, qui n'avaient pourtant aucun rôle officiel à la Ville.

300 000 $ en argent comptant

Plus tôt mercredi, l'ancien vice-président de la firme de génie Dessau a témoigné que Gilles Vaillancourt lui a demandé de faire une « commission » surprenante en 2008.

Rosaire Sauriol devait aller voir le « bras droit » de Tony Accurso, Franco Minicucci, et lui demander 300 000 $. Cet argent comptant devait être remis à l'ancien directeur de l'ingénierie de la ville, Claude de Guise, comme indemnité de départ.

« Compte tenu du rôle du maire, de ses pouvoirs à donner ou ne pas donner de contrats, j'ai décidé de faire ce qu'il me demandait », a déclaré M. Sauriol.

Il aurait donc rencontré M. Minicucci entre cinq et dix fois afin de percevoir les paiements. Il assure n'avoir jamais ouvert les enveloppes et les avoir simplement transmises à Claude de Guise « un peu comme Purolator ».

De son côté, M. Sauriol a raconté que Dessau versait environ 50 000 $ par année en dons au parti du maire Vaillancourt.

La preuve de la poursuite est close

La poursuite a fait entendre 11 témoins en moins de deux semaines et a terminé sa preuve mercredi midi.

L'avocat de Tony Accurso a annoncé qu'il présentera une défense à partir de lundi prochain. On ignore encore si l'homme de 65 ans va témoigner.

Il fait face à cinq chefs d'accusation : fraude de plus de 5000 $, abus de confiance, corruption, complot afin de commettre des actes de corruption et complot afin de commettre des fraudes.

Le procès se déroule plus rapidement que prévu : le juge a annoncé aux jurés qu'ils pourraient commencer leurs délibérations vers le 20 novembre.

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