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Des « travailleurs de rangs » pour soutenir les agriculteurs

Il y a 14 ans, une première « travailleuse de rang » sillonnait les régions rurales du sud du Québec. Depuis quelques années, ce nombre est passé à six et leurs interventions sont de plus en plus nombreuses auprès des agriculteurs en détresse.

Un texte de Francis Labbé

« Il y a 98 % de ma clientèle qui, dans les deux ou trois premières questions qu’ils me posent, c’est : est-ce que tu connais ça, toi, l’agriculture? » raconte Johanne Dion, qui est travailleuse de rang pour la région de la Montérégie.

« Je suis travailleuse sociale de formation , mais je vis sur une ferme, poursuit-elle. Je vais voir les agriculteurs de mon secteur pour voir comment ils vont. Il faut faire une évaluation du fonctionnement social de la personne. Regarder toutes les sphères de vie, ce qui va et ce qui ne va pas. »

« Leurs problèmes quotidiens sont d'ordre financier, des animaux, du manque de temps, de la température, des problèmes d'ordre familial aussi. La famille est impliquée à peu près tout le temps dans la ferme. Tu finis la journée, mais tu ne décroches pas en rentrant à la maison », ajoute Johanne Dion.

« Par exemple, une dame m'a contactée pour me confier qu'un conflit familial l'inquiète. Ce conflit-là apporte en plus des inquiétudes au niveau financier. Nous essayons de nous concentrer sur ce qui va bien dans sa vie sans négliger ce qui va moins bien. Nous avons fait un plan d'intervention pour tenter de solutionner le problème. »

Détresse en hausse

En ce moment, on retrouve six travailleurs de rang au Québec, dont trois sont associés à l'organisme Au Coeur des Familles Agricoles (ACFA). On en retrouve en Montérégie, au Centre-du-Québec, dans Chaudière-Appalaches, dans le Bas-St-Laurent, Charlevoix et les Laurentides. Le Témiscamingue devrait aussi compter bientôt son travailleur de rang.

« Ton lieu de travail est ton lieu de résidence, donc tu ne sors jamais de ce milieu-là », lance René Beauregard, directeur général de l'organisme Au Coeur des Familles Agricoles (ACFA), qui gère une maison de répit pour agriculteurs à Saint-Hyacinthe.

Selon des données de la Coop fédérée, 51 % des producteurs agricoles du Québec souffriraient d’un niveau élevé de détresse psychologique. Selon les mêmes données, les trois quarts des producteurs se sentent stressés en permanence.

Parmi les facteurs qui provoquent ce stress, on retrouve la complexification du travail, l'augmentation de la taille des entreprises agricoles et le fait que le nombre de travailleurs par entreprise tend à diminuer.

De plus, parce que les agriculteurs vivent à la ferme, la possibilité de « décrocher » est à peu près nulle, selon René Beauregard. « C'est arrivé que certaines personnes étaient rendues à un niveau tellement avancé (de détresse) que ce n'était plus de notre ressort. À ce moment-là, nous ne faisons pas que les référer à d'autres organismes, nous les accompagnons. »

Regrouper les travailleurs de rang

« Ce que nous voulons, c'est de travailler avec tous ces travailleurs de rang pour que nous soyons éventuellement reconnus comme une entité qui est là pour aider les agriculteurs, et que nous puissions couvrir un plus grand territoire. »

« Quand on a mis quelqu'un dans la région de Chaudière-Appalaches, ajoute René Beauregard, on s'est rendu compte que le besoin était là. Le besoin croît avec la connaissance de la ressource. »

En ce moment, les organismes qui gèrent les travailleurs de rang sont subventionnés par différents partenaires et programmes publics, ainsi qu'avec des levées de fonds.

Le budget annuel de l'ACFA, par exemple, s'élève à 265 000 $.

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