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Desharnais et Galchenyuk: la pensée magique ne sauvera pas le CH

BILLET – Marc Bergevin n'est pas vraiment chanceux. Le DG du Canadien est un peu comme le type qui se relève miraculeusement après avoir été heurté par un camion, mais qui se fait ensuite rouler dessus par l'ambulance dépêchée sur les lieux de l'accident.

Dans toute la LNH, quel autre directeur général a eu la malheur de perdre son gardien numéro un pendant une saison complète, pour ensuite voir ses deux meilleurs centres offensifs subir des blessures majeures - en même temps - la saison suivante?

Dans son ensemble, suite aux blessures subies par Alex Galchenyuk (genou droit) et David Desharnais (genou gauche), le portrait ressemble drôlement à celui de la saison dernière quand Carey Price était tombé au combat à la fin de novembre.

Mais en même temps, cette fois, les solutions de rechange sont beaucoup moins évidentes.

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En novembre dernier, dès que Price avait réintégré l’infirmerie, j’avais rédigé cette chronique affirmant que Marc Bergevin devait immédiatement partir à la recherche d’un nouveau gardien qui, sans être une vedette, allait au moins avoir un peu de métier dans le corps.

En composant son alignement en vue de la saison 2015-2016, le CH avait commis une erreur stratégique majeure en se laissant à découvert à la position de gardien.

Une fois Price blessé, l’organisation se retrouvait forcée de s’en remettre à Mike Condon, un jeune gardien sans expérience de la LNH et dont le vécu dans la Ligue américaine était aussi fort limité. Les souliers de Price étaient trop grands à chausser pour lui. Et tel que prévu, Condon a participé à la pire débandade de l’histoire du CH.

L’an dernier, quand Price s’était blessé pour la seconde fois, Marc Bergevin avait aussi commis une deuxième erreur stratégique en ne prévoyant pas le pire scénario possible. Il avait tenu pour acquis que le diagnostic des médecins était coulé dans le béton et que son meilleur joueur allait revenir au jeu six semaines plus tard. Pourtant, on ne sait jamais de quoi il en retournera avec les blessures aux genoux.

Parlez-en à Pierre Gauthier, qui attendait le retour au jeu d’Andrei Markov d’une journée à l’autre au début de la saison 2011-2012. Après être passé sous le bistouri une énième fois en décembre 2011, Markov n’était finalement revenu au jeu qu’en mars, alors que l’équipe était éliminée des séries.

Les exemples récents de Price et de Markov l’ont fortement démontré : le sort d’une équipe de hockey repose parfois sur quelque chose d’aussi fragile qu’un simple ligament. Ou qu’un diagnostic imprécis.

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Ce n’est donc pas parce que le Canadien a émis un communiqué de presse en fin d’après-midi mercredi qu’il faille croire, à coup sûr, que Galchenyuk et Desharnais réintégreront l’alignement dans un délai de six à huit semaines.

Au même moment où le Canadien publiait son communiqué, une source très au fait du dossier m’apprenait que Desharnais souffre d’une déchirure du ligament colatéral médial. L’absence de six à huit semaines évoquée par le Canadien correspond à une déchirure assez sévère.

Mais dans le cas de Galchenyuk, les termes « sérieux » et « très sérieux » ont été évoqués. Au point où, en fin d’après-midi mercredi, même si Galchenyuk avait été examiné à Saint Louis et à Montréal, les médecins hésitaient encore entre une intervention chirurgicale et une bonne période de convalescence.

Son cas ne semble donc pas être aussi limpide que le laissait croire le communiqué de l’équipe.

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Malgré tout ce qui précède, il est impossible aujourd’hui de faire un copier-coller de la chronique de novembre dernier 2015 et de soutenir que Marc Bergevin doit partir à la recherche d’un centre de premier plan.

Pourquoi?

Parce que c’est un film de science-fiction.

Dans le marché de la LNH, le nombre de gardiens efficaces surpasse le nombre de postes disponibles. Mais à la position de centre? Oubliez cela. La rupture de stocks est perpétuelle. Les bons centres offensifs sont tellement rares, que les équipes qui ont la chance d’en avoir les gardent précieusement.

Juste pour vous donner une idée : en janvier dernier, les Predators de Nashville ont réussi l’un des très rares transactions impliquant un centre de premier plan en mettant la main sur le jeune Ryan Johansen, des Blue Jackets de Columbus. Le DG des Predators, David Poile, a alors révélé qu’il tentait depuis 18 ans(!) de mettre la main sur un centre numéro un.

Selon Hockey-Reference, près de 1000 joueurs capables d’évoluer au centre ont disputé au moins un match dans la LNH durant la longue quête de David Poile…

Les partisans ne doivent donc pas rêver en couleur. Pendant le prochain tiers du calendrier (26-27 matchs) le Canadien devra sans doute se débrouiller avec une collection de centres de troisième ou de quatrième trio constituée de Tomas Plekanec, Torrey Mitchell, Phillip Danault, Brian Flynn et Andrew Shaw.

À moins qu’on fasse preuve d’imagination.

***Les enjeux sont quand même sérieux.

À coup sûr, on sait que le CH obtiendra une contribution offensive limitée de la part des cinq joueurs nommés plus haut.

On sait aussi que, généralement, la production offensive de la ligne de centre est un facteur de succès déterminant dans la LNH.

L’Avalanche du Colorado, les Sabres de Buffalo et les Coyotes de l’Arizona sont les trois équipes ayant obtenu le moins de points de la part de leurs centres durant le premier tiers de la saison. Ils croupissent tous au bas du classement.

En revanche, les deux derniers participants à la finale de la coupe Stanley, les Penguins de Pittsburgh et les Sharks de San Jose, possèdent deux des trois meilleures lignes centrales de la LNH.

Je reviens donc à la charge avec une suggestion formulée plus tôt cette semaine : Pourquoi ne pas tenter d’utiliser Alex Radulov à la position de centre afin de pouvoir conserver un premier trio digne de ce nom? Le risque n'en vaut-il pas la chandelle?

Michel Therrien a rejeté cette idée du revers de la main en expliquant que Radulov n’avait jamais patrouillé le centre et qu’il ne voulait pas placer son meilleur attaquant dans une telle situation.

Vraiment?

On peut concevoir que la position de centre comporte plus de responsabilités défensives qu’à l’aile. Mais quand même, on ne parle pas ici de résoudre des problèmes de physique quantique.

D’autant plus que Radulov est déjà très responsable défensivement. En plus d’être expérimenté et de posséder un exceptionnel sens du jeu.

Chose certaine, le CH se retrouve aux prises avec un problème à la fois inédit et très sérieux. Et ce n'est pas la pensée magique que le réglera.

S’ils ne sortent pas un lapin de leur chapeau, Bergevin et Therrien ont toutes les chances de voir leur équipe descendre lentement les échelons du classement jusqu’au mois de février. Jusqu'où? Allez savoir.

Et tout cela, alors qu'ils n’ont pas vraiment de garantie que la cavalerie pourra revenir les sauver dans huit semaines.

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