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Destruction imminente d'un bâtiment historique à Montréal

Le bâtiment des services de l'immigration sera détruit par les promoteurs de la Tour des Canadiens 2, un projet de 150 millions de dollars dont les plans finaux ont été dévoilés à la mi-septembre. Cette tour résidentielle d'au moins 37 étages sera construite derrière le Centre Bell. Pourtant, l'Office de consultation publique de Montréal a recommandé la préservation du bâtiment puisqu'il fait l'objet d'un énoncé d'intérêt patrimonial.

Un reportage de René Saint-Louis

Selon l'énoncé, le bâtiment témoigne du mouvement d'immigration massive pendant la Première Guerre mondiale. Construit en 1914, il est aussi l'unique vestige d'une époque où les migrants provenant de pays en guerre contre le Canada étaient internés. L'édifice servait alors de prison, surtout pour des Ukrainiens qui étaient ensuite répartis dans des camps d'internement à travers le pays.

Il est situé au 1162 rue Saint-Antoine Ouest, à proximité de deux édifices reconnus comme des lieux patrimoniaux du Canada: la gare Windsor et de l'Édifice des postes. Il a été construit par Ross and Macdonald, l'un des cabinets d'architectes les plus marquants du début du 20e siècle. On lui doit entre autres la gare Union et le Maple Leaf Gardens à Toronto, le Château Laurier à Ottawa, l'Hôtel Fort Garry à Winnipeg, l'Hôtel Macdonald à Edmonton, l'édifice Price à Québec et l'ancien magasin Eaton à Montréal, devenu le Complexe les Ailes.

Le directeur des politiques à Héritage Montréal, Dinu Bumbaru, fait partie de ceux qui ont convaincu l'Office de consultation publique de Montréal de recommander la sauvegarde du bâtiment des services de l'immigration. Les élus de l'arrondissement Ville-Marie, dont le maire Denis Coderre, ont cependant décidé de faire fi de ces recommandations et d'autoriser sa destruction.

« Peut-être qu'on arriverait à trouver des solutions si les gens à l'arrondissement Ville-Marie, ou à la Ville de Montréal en général, avaient une vision un petit peu plus claire et compréhensible de ce qu'ils entendent par patrimoine, protection et mise en valeur », pense Dinu Bumbaru.

Les deux promoteurs Cadillac-Fairview et Canderel n'entendent conserver que la façade pour l'intégrer à la tour, mais pas dans son emplacement actuel. Lors des premières présentations du projet, le promoteur avait cependant utilisé l'image d'un édifice en Australie qui laissait entendre qu'il pourrait conserver le bâtiment, une proposition qui avait alors été saluée par Héritage Montréal. 

D'autres irritants majeurs

Dinu Bumbaru dénonce aussi la construction d'une passerelle au-dessus de la rue Saint-Jacques qui reliera la nouvelle Tour des Canadiens 2 au Centre Bell. Il rappelle que Montréal est réputée à l'échelle internationale pour son réseau piétonnier souterrain.

« On va créer des précédents, et après ça on va finir comme les villes de l'Ouest, Saint Paul au Minnesota ou les villes de l'Alberta, où les centres-villes sont encombrés de passerelles qui empêchent le ciel d'être public finalement, déplore-t-il. C'est un très mauvais précédent qui n'est pas recevable. »

Du côté de l'organisme Les amis de la montagne, on dénonce l'intention des promoteurs de faire passer la hauteur du nouvel édifice de 37 à 47 étages si l'arrondissement Ville-Marie les y autorise.

L'Office de consultation publique de Montréal a tenu cet été des audiences publiques sur un projet particulier d'urbanisme (PPU) pour rehausser de 120 à 210 mètres les hauteurs maximales permises sur le terrain où sera construite la nouvelle tour. Il rendra publiques ses recommandations au cours des prochains jours.

« Les amis de la montagne sont toujours très préoccupés sur tout projet qui peut avoir un impact sur les vues, vers et depuis la montagne, et sur la présence emblématique du mont Royal dans la ville. On est très inquiets », dit Myriam Grondin, chef des dossiers de protection aux amis de la montagne.

Invités à réagir, les promoteurs ont répondu par écrit qu'ils ne commenteront pas le dossier. « Cadillac-Fairview et Canderel ont toujours respecté leurs engagements auprès des autorités municipales et demeurent respectueux des processus et des décisions des élus municipaux », expliquent-ils.

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