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Deux femmes nient s’être fait passer pour des sages-femmes

Deux femmes accusées de s'être fait passer pour des sages-femmes affirment qu'il y a eu un malentendu avec les futurs parents. Au troisième jour de leur procès au palais de justice de Longueuil, mercredi, elles ont témoigné avoir simplement voulu soutenir une future mère immigrante dont la grossesse s'est finalement terminée par l'accouchement d'un bébé mort-né.

Un texte de Genevieve Garon

« Je leur ai dit que j’avais un diplôme de sage-femme aux États-Unis, mais que ce n’est pas reconnu ici », a raconté l’accompagnante à la naissance France Dufort au sujet de sa première rencontre avec les futurs parents, en septembre 2015.

La femme enceinte de plus de 35 semaines de son premier enfant était en attente du statut de résidente permanente au Canada. Elle n’avait pas accès à l’assurance-maladie et aurait dû débourser 10 000 $ pour accoucher à l’hôpital. Le jeune couple cherchait d’autres options lorsqu’il a été mis en contact avec France Dufort. Selon elle, la Dominicaine de presque 20 ans souhaitait accoucher à la maison.

Malgré ses explications, France Dufort a témoigné que ses clients la désignaient souvent comme une « sage-femme ». Elle leur aurait indiqué de ne pas utiliser ce terme à l'hôpital, puisqu'elle n'était pas membre de l'Ordre des sages-femmes du Québec.

L'accompagnante à la naissance, qui cumule une vingtaine d'années d'expérience, reconnaît avoir écouté les battements de coeur du foetus, pris la tension artérielle et le pouls de la future mère, palpé son ventre et procédé à un examen vaginal. Selon l'accusée, il s'agit de gestes simples qu'elle a voulu enseigner à la future mère pour l'aider.

Une fin tragique

Lorsque sa cliente a atteint 41 semaines de grossesse, France Dufort, inquiète, aurait tenté de la convaincre de se rendre à l'hôpital pour passer une échographie, ce que la jeune femme aurait refusé. L'accompagnante à la naissance s'est mise à pleurer à la barre des témoins en se remémorant avoir voulu écouter le coeur du foetus, et constaté qu'elle n'entendait rien. Sa cliente s'est rendue à l'Hôpital du Haut-Richelieu en Montérégie le 17 octobre 2015 où elle a accouché d'un bébé mort-né.

C'est après ce dénouement malheureux que le couple aurait appris que Mme Dufort n'était pas sage-femme et qu'il a porté plainte auprès de l'Ordre des sages-femmes du Québec.

France Dufort est accusée d'exercice illégal de la profession. Elle subit son procès conjointement avec une autre accompagnante à la naissance, Irina Constantinescu. Toutes deux sont accusées d'avoir usurpé le titre de sage-femme.

Aucun lien n'a été fait entre le comportement des accusées et la mort du foetus.

La coaccusée invoque aussi le malentendu

Irina Constantinescu a accompagné France Dufort lors d’une seule rencontre avec les futurs parents, le 24 septembre 2015.

Elle assure s’être présentée comme étant une accompagnante à la naissance et une aide natale qui travaille en maison de naissance. Selon elle, il est fréquent que les gens se méprennent sur son occupation.

« À 75 %, les gens retiennent « maison de sages-femmes », donc que je suis sage-femme. »

Mme Constantinescu affirme avoir questionné la future mère pour s’assurer qu’elle comprenait dans quelles conditions elle allait accoucher.

« Je leur ai dit : " Vous savez qu’il n’y aura pas de médecins chez vous? Et nous ne sommes pas des sages-femmes reconnues par l’Ordre" ». La cliente lui aurait répondu qu’il était fréquent dans son pays natal, la République dominicaine, d'accoucher à la maison avec une femme d'expérience et qu’elle était confortable avec cette idée.

Une loi trop stricte ?

L'avocat de la défense, Max Silverman, estime que la Loi sur les sages-femmes est trop restrictive. Il fera valoir ses arguments dans sa plaidoirie écrite au plus tard le 3 avril.

La poursuite livrera à son tour ses arguments par écrit et le juge Dominique Dudemaine de la Cour du Québec rendra sa décision.

Selon le code des professions en vigueur au moment des faits allégués, si elles sont reconnues coupables, les accusées pourraient écoper d'amendes allant de 1500 à 20 000 $. Le procureur de l'Ordre des sages-femmes du Québec, Anthony Battah, a déjà annoncé qu'il réclamerait davantage que l'amende minimale.

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