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Deux solitudes jusque dans la consommation d'alcool

Les anglophones de Montréal boivent de l'alcool de façon plus excessive et conduisent davantage en état d'ébriété que leurs concitoyens francophones et allophones, révèle une enquête effectuée par la firme CROP pour le compte d'Éduc'alcool.

Un texte de François Messier

Selon ce coup de sonde, 87 % des francophones et 83 % des anglophones de la métropole se considèrent comme des consommateurs d’alcools. Les premiers prennent un verre 1,9 fois par semaine, contre 1,4 pour les francophones et 1,1 fois pour les allophones.

Les différences se font cependant davantage sentir lorsqu’il est question des quantités englouties.

Ainsi, 28 % des anglophones interrogés par la maison de sondage admettent avoir bu de l’alcool au-delà des limites recommandées (3 verres par jour pour les femmes, 4 pour les hommes) au moins une fois par mois au cours de la dernière année, contre 16 % des francophones.

Ces proportions atteignent respectivement 57 % et 48 % si l'on inclut tous ceux et celles qui ont dépassé la limite permise moins d'une fois par mois, mais Éduc'alcool souligne que dépasser la limite à ce rythme ne constitue pas un problème de l'avis des scientifiques.

Dans la même veine, 46 % des anglophones disent avoir pris de l’alcool de façon excessive (5 verres ou plus par jour) à au moins une occasion au cours de la dernière année, contre 39 % des francophones.

Les résultats des anglophones ne sont cependant pas si différents de ceux enregistrés pour l’ensemble de la province. Au total : 26 % des Québécois admettent avoir consommé au-delà des limites recommandées et 44 % d’entre eux reconnaissent avoir bu de façon excessive.

Le sondage avance toutefois que 15 % des Anglo-Montréalais ont pris le volant après avoir consommé de l’alcool au-delà de la limite permise, ce qui est considérablement plus élevé que chez les francophones de la métropole (4 %) et chez les Québécois en général (6 %).

Ils jugent aussi moins probable d’être soumis à un test d’alcoolémie à un barrage policier (47 % contre 31 % pour les francophones) et connaissent beaucoup moins le slogan d’Éduc’alcool - « La modération a bien meilleur goût » - que les francophones (65 % contre 98 %).

De manière générale, les Montréalais sont moins nombreux à avoir été interceptés à un barrage policier que les autres Québécois (18 % contre 24 %), ou même à en avoir aperçu un (21 % contre 29 %).

Les allophones consomment pour leur part nettement moins d’alcool que les autres groupes linguistiques (65 %). Ils consomment plus rarement au-delà des limites recommandées (29 %) ou de manière excessive (27 %) que les anglophones et les francophones.

Québec interpellé

« On ne cherchait pas de différences linguistiques, on les a trouvées! », commente le directeur général d’Éduc’alcool, Hubert Sacy.

L’idée était plutôt de s’attarder à des différences qui étaient apparues lors d’un précédent sondage, effectué en 2015, sans que les résultats puissent être considérés comme fiables. En triplant l’échantillon montréalais, et en différenciant ses communautés linguistiques, les résultats sont cette fois sans appel.

Plusieurs explications peuvent être avancées, selon M. Sacy. Il note d’abord que Montréal compte de nombreux allophones issus de cultures où l'on consomme moins d’alcool, qu’ils soient Arabes, Asiatiques, Africains ou Latino-Américains.

Il est également prouvé qu’il y a un lien direct entre le revenu et le niveau de consommation, puisque l’alcool n’est pas un produit de première nécessité. Or, les anglophones gagnent souvent plus que les francophones, qui sont eux-mêmes mieux nantis que les allophones.

Hubert Sacy ajoute également que la consommation excessive occasionnelle d’alcool est plus ancrée dans les mœurs des pays anglo-saxons.

Le directeur général d’Éduc’alcool dit ne pas croire que les différences s’expliquent par des questions d’honnêteté face à des sondeurs. « Les gens sous-évaluent tous leur consommation. Mais il n’y a pas de raison de croire qu’un groupe la sous-évalue plus qu’un autre », dit-il.

De toute manière, poursuit-il, l’idée d’effectuer un tel sondage est de renvoyer aux gens « l’image de ce qu’ils font », ce qui constitue un « élément de sensibilisation très important ».

Au-delà de ces éléments, Hubert Sacy souligne que le sondage révèle une fois de plus que le gouvernement du Québec devrait rendre obligatoire le cours Action Service, offert par l’Institut de tourisme et d’hôtellerie du Québec aux employés des restaurants licenciés et des bars.

À l’heure, 7 % des employés de ces établissements ont suivi cette formation, qui s’attarde à leurs responsabilités professionnelles et légales de ces établissements, et qui vise aussi à dépister et à gérer les clients qui boivent trop. Le Québec est la seule province canadienne à ne pas agir de la sorte, souligne-t-il.

« Ça fait entre 12 et 15 ans qu’on supplie les gouvernements de rendre ça obligatoire. Pour des raisons nébuleuses, ce n’est toujours pas fait. On ne sait pas pourquoi », s'interroge-t-il.

Éduc’alcool assure qu’il poursuit ses représentations à ce sujet auprès du gouvernement.

La Régie des alcools, des courses et des jeux n'a pu dire si un projet de modernisation de sa loi constitutive annoncé ce printemps par le ministre de la Sécurité publique Martin Coiteux prévoit de rendre obligatoire le cours Action Service. « Je ne l'ai malheureusement pas la réponse », a indiqué à Radio-Canada la porte-parole de la Régie, Joyce Tremblay.

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