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Déversement d'eaux usées : peu de navires-citernes disponibles en cas de besoin

Les Montréalais verront peut-être dans le Saint-Laurent d'imposants « navires-citernes » pomper une partie des eaux usées lors du déversement prévu dans les prochaines semaines. Mais encore faudra-t-il que Montréal puisse mettre la main sur ces navires, dont le nombre est limité.

Un article de Bahador Zabihiyan

Une des trois recommandations des experts mandatés par Environnement Canada pour étudier le scénario du déversement d'eaux usées voulu par la Ville est de faire appel à des « bateaux-citernes ».

Ces navires, dont les experts ne précisent pas le nombre nécessaire, pourraient récupérer une partie des eaux usées là où « les débits » sont les « plus importants ».

« L'utilisation de cette mesure pour l'un des principaux points de déversement devrait être reconsidérée », disent les trois experts.

La solution semble réalisable, mais aussi inédite, selon Louis-Marie Beaulieu, PDG du Groupe Desgagnés, l'une des plus grandes compagnies maritimes au Québec. Sur la côte est, seules trois entreprises possèdent des navires qui pourraient accomplir une telle tâche, estime-t-il.

Dans tout l'est du Canada, une vingtaine de navires, dont huit appartenant au Groupe Desgagnés, pourraient servir lors du déversement. 

« Dans l'est du Canada, on est environ deux ou trois transporteurs qui ont des navires de vracs liquides », soutient-il.

M. Beaulieu n'a pas reçu d'appel de la Ville de Montréal pour l'instant, mais il estime que sa compagnie serait en mesure de fournir quelques navires si nécessaire, les besoins étant peu élevés à cette période de l'année.

Une opération coûteuse

Difficile à dire combien coûterait l'utilisation éventuelle de ces navires. « Ça dépend de la durée et des besoins, du nombre de navires [et] de la grosseur du navire », selon M. Beaulieu. Il estime que le coût d'un navire se situerait entre 20 000 $ et 40 000 $par jour. Le déversement voulu par la Ville devrait durer une semaine.

Sa compagnie pourrait aussi faire appel à des bateaux étrangers, au besoin, mais la procédure peut prendre une dizaine de jours.

Les experts d'Environnement Canada parlent d'utiliser un « bateau-citerne » avec un système de « siphon inversé ». Un tel mécanisme comprend un premier réservoir dans lequel est déversée l'eau. Ce réservoir est relié par-dessous à un second réservoir, situé au même niveau que le premier. Un réservoir se vide au fur et à mesure que l'autre se remplit. La gravité fait aussi en sorte que les matériaux plus lourds auraient tendance à se déposer au fond du premier réservoir.

Traiter les eaux usées directement sur le navire

Les spécialistes mandatés par Ottawa recommandent de « pousser plus loin » l'étude de la mise en application des bateaux-citernes « en tenant compte des aspects logistiques et économiques », avec l'appui du fédéral et du provincial.

Le rapport n'indique toutefois pas clairement combien de bateaux-citernes devaient être mis à contribution, et ne précise pas si ces navires devraient servir de bassin de décantation ou seulement récupérer des eaux usées qui seront traitées ultérieurement.

Chercheur au Centre des technologies de l'eau du cégep Saint-Laurent, Aziz Gherrou estime que l'utilisation d'un navire-citerne permettrait de traiter les eaux usées. « Autant en profiter pour injecter les mêmes produits chimiques qu'on injecte à la station d'épuration [...] Ça va aider », croit-il.

La Ville de Montréal assure que le déversement de 8 milliards de litres d'eaux usées est le seul moyen disponible afin de procéder à d'importants travaux d'égouts. Elle indique que des mesures de mitigations seront prises, sans toutefois donner plus de précision pour l'instant.

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