Retour

Déversement d'eaux usées : Québec s'est fié à Montréal

La décision de Québec d'autoriser un important déversement d'eaux usées dans le fleuve Saint-Laurent repose essentiellement sur la proposition que lui a soumise la Ville de Montréal, laisse entendre le ministre de l'Environnement. David Heurtel se réfugie néanmoins derrière des avis de professeurs d'université pour justifier sa décision.

Avant la période de questions à l'Assemblée nationale, le ministre Heurtel a été pressé de questions par les journalistes, qui voulaient savoir, à l'instar de l'opposition officielle, s'il comptait dévoiler des études faites par son ministère à ce sujet. Il appert cependant que rien de tel n'est envisagé.

« On a déjà rendu public le rapport d'analyse environnementale. C'est l'outil principal qu'émet le ministère [...] dans un contexte de demande de certificat d'autorisation », a répondu M. Heurtel. « La documentation fondamentale provient de la Ville. Là, c'est plus un travail de dire : la Ville propose un projet et on analyse la documentation de la Ville ».

Le ministre Heurtel a néanmoins contesté l'idée que son ministère s'était contenté de faire un « copier-coller » de la proposition de la Ville. « Il y a eu des conditions imposées par le ministère. Donc, on n'a pas accepté la proposition de la Ville telle quelle. Bien au contraire. On a imposé d'autres conditions », a-t-il affirmé.

« Une des options regardées, c'était de faire les travaux de façon accélérée », a-t-il encore dit, en commentant l'entente conclue par la Ville de Montréal avec l'entrepreneur responsable des travaux pour accélérer les opérations. Cela permettra de réduire de huit à sept milliards le nombre de litres d'eaux usées qui seront déversées dans le club.

Lors de la période de questions, le porte-parole du Parti québécois en matière d'Environnement, Mathieu Traversy, a demandé au ministre de suspendre temporairement les travaux afin de trouver d'autres alternatives, mais en vain. Le ministre Heurtel maintient qu'il n'y a « aucune autre option possible » au déversement.

« Si on n'allait pas de l'avant avec cette solution, c'était la station de traitement des eaux usées qui allait être en péril et les effets seraient beaucoup plus néfastes que le présent déversement envisagé. D'autant plus que la science nous dit clairement que les impacts sur l'environnement seront minimes », a-t-il dit.

Mathieu Traversy a rétorqué qu'il y avait « anguille sous roche » dans ce dossier, en laissant entendre que le ministère n'avait pas fait ses propres études dans ce dossier.

Heurtel cite une nouvelle étude

Le ministre Heurtel a ensuite affirmé que des avis de scientifiques publiés jeudi matin viennent dire « clairement » que la solution préconisée « est la seule option possible ». Il faisait référence à des positions publiées par le Groupe de recherche interuniversitaire en limnologie et en environnement aquatique (GRIL) et de la Polytechnique.

Dans son avis, le GRIL ne se prononce cependant nullement sur le fait que le déversement est la seule option possible et acceptable. Il argue plutôt que « les effets sur la qualité de l'eau et sur les communautés aquatiques en aval seront négligeables comparativement aux effets cumulés des eaux incomplètement traitées des usines d'épuration des eaux usées et des surverses lors de fortes pluies dans la région de l'île de Montréal. »

Le GRIL cite par exemple les travaux du professeur Sébastien Sauvé de l'Université de Montréal, qui conclut que la station d'épuration des eaux de Montréal ne retient qu'une fraction modeste des hormones qui peuvent perturber le système endocrinien, qu'elle laisse continuellement s'échapper la majorité des produits pharmaceutiques (antibiotiques, analgésiques, antidépresseurs), et qu'elle n'est équipée d'aucun système pour diminuer les pathogènes, les virus, les parasites et les bactéries.

Le GRIL dit en fait espérer que le débat actuel entraînera une « prise de conscience de la population » qui se traduira à terme par des « mises à jour des systèmes [qui doivent] permettre d'améliorer la qualité de l'eau à la sortie des stations d'épuration et d'empêcher les surverses lors des grandes pluies. »

Une autre étude

L'avis publié par cinq professeurs du Département des génies civil, géologique et des mines de la Polytechnique conclut bel et bien pour sa part que « les travaux proposés par la Ville de Montréal sur l'intercepteur sud-est sont nécessaires en raison de la détérioration de certains éléments de l'intercepteur ».

L'une des auteurs est Michèle Prévost, titulaire de la Chaire industrielle CRSNG. Cette dernière est financée par la Ville de Montréal, qui fait partie de ses quatre partenaires industriels. Mme Prévost est souvent citée par le maire Denis Coderre  et effectue un audit pour la Ville. Mme Prévost ne se considère cependant pas en conflit d'intérêts; elle affirme que son salaire lui est versé par la Polytechnique, qui jouit d'une totale indépendance.

Dans une entrevue accordée à Gravel le matin, Richard Bergeron, membre du comité exécutif de la Ville de Montréal, a estimé que le dossier du déversement des eaux usées dans le fleuve Saint-Laurent reçoit une attention exagérée. « On étire drôlement l'élastique. On prend un micro phénomène et on l'exploite médiatiquement », a déploré l'ex-chef de Projet Montréal.

Cliquez ici pour écouter cette entrevue. 

Le déversement aura-t-il lieu prêt de chez vous?

Pour voir cette carte sur votre appareil mobile, cliquez ici.

Plus d'articles

Commentaires