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Du cheval dans des galettes de boeuf à la Maison du Rôti

EXCLUSIF - Pouvez-vous être certains de ce que vous obtenez lorsque vous achetez une galette de boeuf? Il semble que non. Radio-Canada a mené une enquête à la Maison du Rôti, une boucherie sur le Plateau-Mont-Royal. Des tests d'ADN révèlent que les galettes de bœufs contiennent aussi d'autres viandes... comme du cheval et du porc.

Un texte de David Simantov-Levi et de Davide Gentile

Même des saucisses merguez, qu'on affiche comme un mélange d'agneau et de boeuf, contiennent du cheval et du porc.

Du cheval dans les galettes de boeuf...

Les tests ont été faits à partir de galettes congelées préemballées achetées à deux dates différentes, soit les 9 et 16 mai derniers. Trois échantillons ont été prélevés dans chaque achat.

Les galettes vendues comme contenant uniquement du boeuf contiennent en fait entre 37 % et 46 % de cheval. On y retrouve 38 % à 53 % de boeuf et entre 7 % et 18 % de porc.

Une pratique connue chez les employés?

Un ex-employé de la Maison du Rôti, qui a voulu conserver l'anonymat, a décrit ce dont il a été témoin.

Cette pratique ne suscitait pas de réaction particulière chez les employés. « C'est surtout les employés qui sont dans la section de production et la plupart étaient au courant », dit-il.

Le propriétaire de la Maison du Rôti, Michel Legrand, s'explique mal ces résultats. Il affirme qu'il ne savait pas que de la viande de cheval et de porc pouvait être présente dans les galettes de boeuf. Il reconnaît que les consommateurs qui pensaient acheter un produit composé uniquement de boeuf peuvent êtres indisposés d'apprendre qu'il contient du cheval. Il ajoute que personne à la Maison du Rôti ne voulait tromper les consommateurs.

Il n'est pas facile de distinguer le cheval haché du boeuf haché. « C'est plus foncé, c'est une viande qui, avec le fer, est plus rouge », affirme Marc Jallot, chef de cuisine et services alimentaires à l'Institut de tourisme et d'hôtellerie du Québec.

Une démonstration réalisée dans les locaux de l'ITHQ nous a permis de constater la similitude d'aspect et de goût. « C'est plus tendre et un peu plus sucré », affirme M. Jallot. L'autre différence marquée semble être le prix.

Le Canada est le deuxième plus gros exportateur de viande de cheval au monde. Une situation attribuable en partie au fait que les États-Unis ont interdit l'abattage de chevaux destinés à l'alimentation en 2006.

... et du porc et du cheval dans les merguez

Nous avons constaté une autre anomalie quant au contenu des saucisses merguez achetées elles aussi les 9 et 16 mai derniers. Sur l'emballage, il est indiqué qu'elles contiennent du bœuf et de l'agneau. Dans les deux cas, les tests d'ADN ont effectivement révélé la présence de boeuf et d'agneau, mais aussi une forte proportion de cheval, et même du porc.

La merguez achetée le 9 mai contenait en moyenne 32 % d'agneau et 22 % de boeuf. Mais la saucisse contenait aussi 31 % de cheval et 13 % de porc. Deux viandes dont la présence n'était pas indiquée sur le paquet. Normalement, le cheval ne fait pas partie de la recette traditionnelle d'une merguez. Encore moins le porc, comme le précise Arnaud Zbindende, de l'ITHQ.

Le Coran interdit en effet la consommation de porc, considéré comme « impur », de même que dans la religion juive la cacherout prohibe la consommation de porc aussi bien que celle du cheval.

Le propriétaire de la Maison du Rôti affirme que la présence de porc ne peut être autre chose que des traces qui découlent du processus de fabrication.

En entrevue mercredi matin, il déclare avoir agi. « On a changé le procédé entre la fin de la recette de porc. On nettoie le tout et on recommence à zéro », assure-t-il.

Quant à l'importante présence de cheval dans les merguez, il se justifie en disant avoir toujours indiqué que ses merguez contiennent du cheval. « Nous, on en met dedans. Ça donne une belle texture, on trouve que ça fait un beau résultat. », ajoutant que si la pratique dérange, il « va l'enlever ».

Les paquets de merguez que nous avons achetés en mai n'indiquent pas la présence de cheval, mais un autre paquet acheté mardi après avoir confronté Michel Legrand avec les résultats des analyses ADN précise la présence de cheval dans les merguez.

La chasse aux contrevenants n'est pas facile

Montréal est la seule ville du Québec à avoir la responsabilité d'inspection des aliments dans les établissements.

Sans connaître les détails de ce dossier, la chef de division au service d'inspection des aliments à la Ville de Montréal rappelle que la fausse représentation peut entraîner des sanctions. « C'est du pénal, et c'est entre 500 $ et 9000 $ d'amende. S'il y a des récidives, ça augmente », dit Myrta Mantzavrakos.

Mais elle admet que les poursuites pour des affaires de substitution sont rares.

La Ville, comme le gouvernement du Québec, n'a pas les outils pour multiplier les tests d'ADN, qui sont coûteux et complexes. « Notre priorité, c'est vraiment l'innocuité des aliments », affirme Mme Mantzavrakos. Son service réalise annuellement 12 500 inspections, qui se traduisent par plus de 400 poursuites par année.

Mais la Ville peut agir face à la fausse représentation dans la vente de viandes ou poisson. Elle dit aussi comprendre l'hésitation des employés à dénoncer les irrégularités par crainte de représailles.

En juin 2006, la Maison du Rôti avait fait l'objet d'une enquête semblable de la part de Radio-Canada. Des irrégularités avaient aussi été constatées : six échantillons de viande vendue comme du bison étaient en fait du boeuf ou du wapiti. Le propriétaire avait alors dit avoir réglé le problème.

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