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Du Nunavik à Montréal, le blues des étudiants inuits

Ils quittent le Grand Nord pour faire leurs études postsecondaires à Montréal. La moitié d'entre eux décrochent dès la première année. À compter d'août 2017, ils auront accès à un programme où la culture du Nunavik sera à l'honneur afin de les garder à l'école et de former l'élite inuite de demain.

Un texte d'Akli Ait-Abdallah à Désautels le dimanche

Louisa, qui vient de Salluit - tout en haut du Québec, lâche-t-elle en riant - sera infirmière. Liliane, originaire de Puvirnituq, veut devenir dentiste et s'installer un jour dans le Grand Nord. Bobby, lui, espère devenir pilote, comme son père, et il compte bien retourner vivre à Umiujaq, d'où il sillonnera le ciel du Nunavik.

Comme eux, ils sont près de 40 à descendre chaque année « dans le sud », pour y faire leur cégep. Au Nunavik, impossible d'aller au-delà de la 5e secondaire.

Jusqu'à l'an dernier, les francophones se retrouvaient au Collège Marie-Victorin, dans l'est de Montréal. Désormais, c'est au Collège Montmorency, à Laval, que ça se passe.

Loin de sa culture et de sa famille

Quitter le village et la toundra pour la ville et ses grandes tours ne se fait pas sans douleur.

Arrivée en 2013, Louisa fait déjà figure d'ancienne. « C'est la première année qui a été la plus dure. Je n'avais jamais vécu seule. Les travaux que les professeurs nous donnaient étaient difficiles. Et puis, j'étais loin de la famille; elle me manquait beaucoup. »

Liliane, qui a fait sa 3e année du secondaire à Québec, se souvient du choc qu'elle a vécu durant sa première année « au pays des Blancs ».

Dans la résidence étudiante du collège, Liliane partage sa chambre avec Audrey, une fille qui vient, comme elle, de Puvirnituq, deuxième village du Nunavik en nombre d'habitants.

« Le fait d'aller dans la toundra, prendre notre quatre-roues, notre Ski-Doo, ça me manque beaucoup. Aller à la chasse, à la pêche; on ne pourra pas y aller avant longtemps. C'est quand on est tout seul dans notre chambre qu'on s'ennuie le plus. Alors on reste en groupe, on parle de nos sentiments, on parle notre langue », raconte Audrey.

Écoutez-la dans cet extrait ci-dessous.

Un taux élevé de décrochage

La famille, la langue, la toundra. Cela suffit-il à expliquer le décrochage, dès la première année, de plus de la moitié de ces étudiants?

Encore aujourd'hui, Louisa doit se battre contre le désir de tout lâcher. Mais il y a Marie-Hélène Morin, la conseillère chargée de l'encadrement des jeunes Inuits du Collège Montmorency, qui rassure et motive les jeunes tous les jours.

Les étudiants sont donc tentés d'abandonner. À la commission scolaire Kativik, qui compte 17 écoles dans 14 communautés, on veut stopper l'hémorragie qui prive la région d'une précieuse relève.

Le programme Nunavik Sivunitsavut

« C'est difficile d'être déraciné de sa culture. Mais surtout, ce qu'ils apprennent ici ne les intéresse pas, parce que les cours n'ont rien à voir avec le Nunavik. Il faut avoir des cours spécifiques à leur réalité », explique James Vanderberg, consultant en éducation pour le projet Nunavik Sivunitsavut.

Une réflexion de 10 ans, qui débouchera dès l'an prochain sur l'ouverture à une première cohorte de ce programme, dont le nom peut se traduire par « Nunavik, notre avenir ». Le projet s'inspire d'un programme similaire créé par le Nunavut il y a près de 30 ans, pour favoriser l'émergence de jeunes élites aptes à peser sur le développement de leur région.

Pendant un an, les étudiants pourront suivre des cours crédités qui parleront d'eux, de leur culture, de leur histoire, de leur langue, des politiques qui ont des conséquences sur leur existence.

« On veut former des jeunes qui vont développer notre futur, et définir notre avenir comme peuple inuit. Il faut qu'ils comprennent ce qui nous est arrivé durant la colonisation, les écoles résidentielles, les épidémies. Mais en même temps, il faut qu'ils avancent », explique Harriet Keleutak, secrétaire générale de la commission scolaire Kativik.

Écoutez Mme Keleutak dans l'extrait ci-dessous.

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