BILLET - Ce n'était pas censé être une chronique sur « l'arborescence professionnelle » de Pascal Vincent. Mais c'en est une.

La semaine dernière, au lendemain de la nomination de Joël Bouchard à titre d’entraîneur en chef du Rocket de Laval, j’ai passé un coup de fil à Pascal Vincent, qui dirige le Moose du Manitoba (club-école des Jets de Winnipeg) depuis deux ans et qui vient tout juste d’être proclamé entraîneur de l’année dans la Ligue américaine.

Brillant, Vincent est l’un des hommes de hockey les plus intéressants à écouter qui soient. En plus, Pascal Vincent a la particularité d’avoir déjà compté Dominique Ducharme et Joël Bouchard parmi ses adjoints, il y a une dizaine d’années, lorsqu’il dirigeait le Junior de Montréal (dans un double rôle de directeur général et entraîneur-chef) dans la LHJMQ.

C’est donc Vincent qui a offert leur première chance aux deux jeunes entraîneurs qui ont marqué la scène du hockey junior canadien ces dernières années, et qui symbolisent désormais le mouvement de renouveau qu’amorce l’organisation du Canadien.

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À l’été 2008, le Lavallois Pascal Vincent avait été nommé entraîneur-chef et directeur général du Junior de Montréal quand l’homme d’affaires montréalais Farrell Miller avait fait l’acquisition de la concession des Fog Devils de Saint-Jean.

Alors âgé de seulement 36 ans, Vincent venait tout de même de compléter un passage de huit ans chez les Screaming Eagles du Cap Breton (deux saisons à titre d’entraîneur-chef et six autres avec la double fonction d’entraîneur et de directeur général). Malgré son âge, ce jeune homme posé et discret avait déjà cumulé un impressionnant bagage d’expérience.

À part la banque de joueurs des Fog Devils dont le Junior héritait, tout était à bâtir au sein de la (nouvelle) concession montréalaise de la LHJMQ. Pascal Vincent partait donc de zéro, ou presque.

Durant notre long entretien, il m’a raconté qu’il s’était rapidement mis à la recherche d’adjoints et que Joël Bouchard (alors analyste des matchs du Canadien à RDS) lui avait donné un coup de fil pour offrir ses services à temps partiel.

« Joël et moi étions d’anciens coéquipiers. Nous avions remporté un championnat ensemble dans la LHJMQ dans l’uniforme du Collège Français. C’est le genre d’expérience qui tisse des liens solides et durables entre deux personnes. Joël était toujours aussi passionné et il était enthousiaste à l’idée de pouvoir transmettre ses connaissances aux plus jeunes. Je lui ai dit qu’il pouvait se joindre à nous chaque fois que son horaire allait le lui permettre », de raconter Vincent.

« Quant à Dominique, je le connaissais comme hockeyeur, mais pas personnellement. On m’avait vivement recommandé de le rencontrer. Et quand je l’ai fait, j’ai tout de suite connecté avec lui. Son sens du hockey était vraiment excellent. Durant l’entrevue, je lui présentais toutes sortes de scénarios et je lui demandais comment il allait les aborder. J’avais besoin d’un adjoint fiable et capable d’absorber beaucoup de responsabilités parce que j’en avais beaucoup moi-même avec ma tâche de directeur général. »

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Grâce au déménagement d’une équipe junior et au flair de Pascal Vincent, les astres se sont donc parfaitement alignés : trois des plus prometteurs jeunes entraîneurs québécois se sont retrouvés ensemble au sein de la même équipe.

En 2011, après trois saisons, le Junior a été vendu et transféré à Boisbriand. Vincent a été sollicité pour devenir entraîneur adjoint à Winnipeg. Ducharme est parti diriger les Mooseheads de Halifax et Bouchard a pris les commandes du nouvel Armada de Blainville-Boisbriand, d’abord à titre de DG, et ensuite dans le double rôle d’entraîneur-chef et de DG.

De loin, Vincent raconte avoir suivi avec plaisir les trajectoires prises par ses anciens adjoints.

« Je regardais cela à distance, on s’entend, parce que j’étais extrêmement pris de mon côté. On dit que la personnalité d’une équipe reflète souvent celle de son entraîneur. Or, les équipes de Dominique m’apparaissaient très méthodiques et soucieuses des petits détails, exactement comme leur coach. Celles de Joël, sans surprise, travaillaient toujours la pédale au plancher, elles étaient toujours très engagées. »

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Dominique Ducharme s’apprête maintenant à découvrir l’univers de la LNH à titre d’adjoint à Claude Julien. De son côté, Joël Bouchard est sur le point de se rendre compte à quel point la Ligue américaine est devenue compétitive et à quel point être aux commandes d’un club-école peut parfois s’avérer déstabilisant.

Pascal Vincent a vécu les deux. Il sait ce qui attend ses deux anciens adjoints. Et il n’a aucun doute quant à leur capacité de relever les défis qui s’offrent à eux.

« La Ligue américaine est la ligue la plus exigeante que j’aie connue comme entraîneur en raison du roulement constant de joueurs qui se succèdent au sein de l’équipe. Il suffit d’un blessé au sein de l’équipe de la LNH et d’un blessé au sein de ton club de la LAH pour te forcer à chambarder complètement tes trios.

« Dans le passé, j’ai vécu dans la LAH des périodes où de nouveaux joueurs se pointaient le matin alors que j’ignorais même leur prénom. Durant la journée, on leur expliquait rapidement ce qu’on attendait d’eux durant la journée et ils jouaient le même soir. C’est la ligue qui m’a imposé les plus grands défis. Durant l’été, on prend le temps de méticuleusement dresser un organigramme de notre équipe. Puis, durant la saison, on se rend compte qu’on a perdu des heures de notre vie à faire cela parce que cet organigramme idéal ne se matérialise jamais », illustre Pascal Vincent.

« Les joueurs de la LNH sont comme les joueurs évoluant aux échelons inférieurs. Ils veulent apprendre et progresser. Ils se posent beaucoup de questions et ils veulent obtenir des réponses. La meilleure façon de gagner leur respect, c’est de rester soi-même et de rester fidèle aux valeurs qui t’ont amené jusque-là. »

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Dans le monde du hockey, on parle souvent, et admirativement, de « l’arborescence professionnelle (coaching tree) » de Mike Babcock. Plusieurs de ses anciens adjoints et joueurs ont fini par occuper des postes d’entraîneur-chef ou de dirigeant dans la LNH.

Un coaching tree est exactement comme un arbre généalogique, sauf qu’il se développe autour d’un mentor ou d’un dirigeant ayant servi de dénominateur commun au succès professionnel de plusieurs autres individus.

Son arborescence professionnelle, l’entraîneur des Maple Leafs de Toronto l’a patiemment bâtie depuis son arrivée dans la LNH, sur une période de 15 ans. Depuis le début de sa carrière, Babcock a toujours insisté pour s’entourer d’adjoints forts qui ambitionnaient de prendre un jour les commandes d’une équipe. Trois d’entre eux, Paul McLean, Todd McLellan et Jeff Blashill sont éventuellement parvenus à atteindre cet objectif.

Parmi les anciens joueurs de Babcock, on retrouve aussi d’ex-entraîneurs-chefs comme Dan Bylsma et Adam Oates, ainsi que l’actuel président des Leafs, Brendan Shanahan.

Dans le cas de Pascal Vincent, on peut parler d’une arborescence professionnelle en pleine croissance parce que l’incroyable groupe de jeunes hommes de hockey qu’il a rassemblé en 2008, à la naissance du Junior de Montréal, n’a pas encore terminé de gravir les échelons. Ce groupe, d’ailleurs, ne se limite pas à Dominique Ducharme et à Joël Bouchard. La plupart de ses membres sont encore en pleine ascension et font en quelque sorte partie de la génération montante de futurs entraîneurs et dirigeants de la LNH.

Par simple curiosité, j’ai passé en revue l’organigramme de la saison 2008-2009 du Junior de Montréal afin de vérifier ce que ses membres étaient devenus. Le résultat est plutôt saisissant. Admirable, même. Voici, en l’espace d’un été, l’équipe que Pascal Vincent avait rassemblée autour de lui :

Directeur général adjoint, Stéphane Pilotte : pour le seconder dans ses tâches de DG, Vincent s’est flanqué d’un des plus efficaces chercheurs de talents québécois. Pilotte venait alors de terminer un mandat de huit ans comme DG des Foreurs de Val d’Or. Il y a cinq ans, Stéphane Pilotte a été embauché comme recruteur chez les Ducks d’Anaheim.

Recruteur en chef, Yannik Lemay : ce dernier venait de côtoyer Pascal Vincent lors des sept saisons précédentes à titre de recruteur en chef des Screaming Eagles du Cap Breton. Vincent l’a rapatrié pour occuper les mêmes fonctions névralgiques chez le Junior de Montréal. Et lorsqu’il est arrivé au sein de l’organisation des Jets de Winnipeg en 2011, Vincent a chaudement recommandé Lemay, qui a rapidement été embauché à temps complet par l’équipe du Manitoba.

Entraîneur des gardiens, Éric Raymond : ex-gardien vedette de la LHJMQ, Raymond a développé un grand nombre de gardiens québécois au cours de la dernière décennie. Les Rangers de New York, à la suite des recommandations de leur entraîneur des gardiens Benoît Allaire, ont embauché Raymond pour parfaire le jeu des gardiens de leur club-école de la Ligue américaine.

Entraîneur adjoint, Dominique Ducharme : on connaît l’histoire. Après son passage chez le Junior, Ducharme a connu moult succès comme entraîneur-chef et directeur général chez les Mooseheads de Halifax et les Voltigeurs de Drummondville. Il a aussi mené Équipe Canada junior avec brio (argent et or) au cours des deux dernières saisons. Il vient d’être nommé entraîneur adjoint chez le Canadien.

Entraîneur adjoint, Joël Bouchard : alors analyste des matchs du Canadien à RDS, Bouchard s’est joint au personnel d’entraîneurs du Junior de Montréal à temps partiel. C’est à ce moment que Bouchard a véritablement décidé de se lancer dans une carrière d’entraîneur. Avec l’Armada de Blainville-Boisbriand, il est ensuite devenu l’un des entraîneurs et directeurs généraux les plus efficaces du hockey junior majeur canadien. Il vient d’être nommé à la tête du Rocket de Laval.

L’accession à la LNH d’un seul employé d’une équipe junior majeur est un événement qui survient peu souvent et qu’on souligne très fièrement dans le milieu. Imaginez un peu : en ajoutant le nom de Pascal Vincent à cette liste, ce sont pas moins de six hommes de hockey qui se sont côtoyés au sein de la première édition du Junior de Montréal qui se retrouvent dans les rangs professionnels.

Ce qui est encore plus impressionnant, c’est que les carrières de tous les hommes de hockey apparaissant sur cette liste ont été marquées de championnats, d'honneurs individuels et autres succès collectifs.

Tout cela n’est certainement pas le fruit du hasard...

L’histoire de Pascal Vincent nous rappelle (comme je l’ai déjà écrit il y a quelques années) que la LHJMQ est l’un des plus riches et bouillonnants bassins de cerveaux de hockey sur la planète.

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