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Eagles of Death Metal poursuit sa thérapie musicale à Montréal

Comment survit-on à une épreuve traumatisante au cours de laquelle on voit la mort de près? La réponse à cette interrogation est propre à chaque être humain. Mais au plan collectif, les membres des Eagles of Death Metal ont déjà trouvé la leur.

Philippe Rezzonico


Une critique de Philippe Rezzonico


Les Américains qui étaient sur la scène du Bataclan lors des attentats terroristes menés par l'État islamique le 13 novembre 2015 à Paris étaient de passage, jeudi au Métropolis, au sein d'un programme de rock dur qui mettait à l'affiche trois groupes.

Ironiquement, les spectateurs ont eu à composer avec les règles de sécurité renforcées qui prévalent dans la salle de la rue Sainte-Catherine... depuis les attentats de Paris.

Dans le hall d'entrée du Métropolis, nous sommes désormais accueillis par trois gardiens de sécurité format géant pour la fouille au corps, puis par trois autres solides messieurs sur le premier palier avec les détecteurs de métal, et enfin, par trois autres gardiens placés après les portes vitrées pour vérifier les billets. Ça, c'est sans compter de la présence de l'auto-patrouille du Service de police de la Ville de Montréal garée devant la salle de spectacle.

Toutes ces mesures désormais incontournables expliquent pourquoi il y avait une file d'attente qui longeait la rue Sainte-Catherine et qui bifurquait vers le nord, rue Saint-Dominique, quand le groupe canadien Biblical est monté sur scène à 20 h.

Entrée sur scène remarquée

Le parterre était néanmoins bondé pour l'arrivée des Eagles of Death Metal, 45 minutes plus tard. Sur la musique de Born on the Bayou, Jesse Hughes s'est pointé sur les planches avec une grande cape rouge, du genre de celles que portaient James Brown ou Solomon Burke à une autre époque. Il l'a rapidement délaissée pour révéler sa camisole et ses bretelles, avant de fixer ses lunettes sur ses yeux et de se lancer avec ses collègues dans une version débridée de I Only Want You.

Les spectateurs présents au Métropolis venaient-ils avant tout pour applaudir les Canadiens de Death From Above, ou pour les Eagles of Death Metal? On a eu la réponse un peu après 22 h, quand Death From Above a amorcé sa prestation : la puissance de frappe du duo formé de Jesse F. Keeler (guitare) et Sébastien Grainger (batterie), le volume assourdissant ainsi que les spectateurs qui surfaient sur la foule ne laissaient aucun doute quant à savoir qui était la véritable tête d'affiche.

Cela dit, le parterre, congestionné durant la prestation des Eagles of Death Metal, était moins compact durant celle de Death From Above. Que ça soit par simple curiosité ou par réel intérêt, il y a des amateurs de musique qui sont venus avant tout pour applaudir la bande à Jesse Hughes.

Et ils ont eu droit à une heure de musique, le plus souvent brute, mais somme toute accessible. Contrairement à ce que leur nom laisse penser, les Eagles of Death Metal ne versent pas dans le metal comme Metallica ou Lamb of God. La méprise s'explique. Le groupe fondé par Hughes et Josh Homme (des Queens of the Stone Age) à la fin des années 1990 n'était pas très connu hors des cercles spécialisés de musique avant la tragédie de Paris.

« Je t'aime! »

Les Eagles of Death Metal, c'est du rock dur, lourd et alternatif qui contient des ruptures brusques (I Only Want You), des chansons avec des influences stonniennes (Whorehoppin' (Shit Goddam)), des riffs ravageurs (Speaking in Tongues, avec Hughes qui monte au balcon) et des titres à haute teneur mélodique (Complexitiy). Nous avons même eu droit à Save A Prayer, de Duran Duran, que le groupe a gravé sur son album de 2015, Zipper Down. Je ne pensais jamais entendre cette chanson interprétée par Duran Duran et par les Eagles of Death Metal à quelques semaines d'intervalle à Montréal en 2016.

Les Américains sont-ils pleinement remis du traumatisme? Non. Il fallait voir le langage verbal - et non verbal - de Hughes avec la foule. Durant Don't Speak (I Came to Make a Bang), il a enlevé ses lunettes afin d'observer de près les spectateurs qui battaient la mesure, tout en hochant la tête, comme sidéré de ce qu'il voyait. Ses premiers mots ont été : « Je t'aime! », en français.

À chaque enchaînement de chansons, l'interaction de Hughes avec le public était de plus en plus intense. Ce type vit désormais chaque spectacle en se disant qu'il a bien failli ne jamais y en avoir un autre.

« Il n'y a rien au monde qui nous fait plus plaisir que d'être ici. J'espère que ça se voit dans mes yeux. » C'était tellement évident qu'il était inutile de préciser, comme il l'a fait avant Wannabe in L.A., qu'il préférait être avec nous, à Montréal.

Nous avons même eu droit à I Will Love You All the Time, la chanson qui comprend des paroles en français que le groupe a interprétée à Paris, dans le spectacle de U2, le 7 décembre, lors de son retour sur scène moins d'un mois après le massacre du Bataclan, qui a fait 90 morts. Émouvant, ça.

« Les Eagles of Death Metal ont vécu des mois bizarres, a lancé Hughes en fin de prestation. Mais je peux vous dire que le plus grand plaisir de notre vie, c'est de jouer ici pour vous. Cette tournée avec Death From Above, c'est une tournée de rêve. C'est la tournée de la thérapie. »

Voilà. C'est dit. La musique est une thérapie. Peut-être pas pour tout le monde, mais c'est la solution rêvée pour des musiciens. Du moins, pour ceux des Eagles of Death Metal. Quand le groupe a quitté la scène sous les bravos, je me disais que la célèbre affirmation « rock n' roll will never die » avait rarement été aussi pertinente que durant cette prestation.

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