Après avoir exploré de fond en comble le quotidien d'une école secondaire publique de Montréal pendant deux années scolaires, voici venu le temps d'un dernier carnet... de voyage. 

Un reportage de Michel Labrecque à Désautels le dimanche

Tout au long de mes reportages, l'école m'a donné un accès inédit : dans les classes, dans des rencontres avec la direction, dans des rencontres privées avec des élèves en difficulté.

J'ai presque tout vu : des engueulades, des fous rires, des profs enthousiastes, d'autres un peu découragés. De beaux parcours, comme ceux des élèves autistes qui parviennent à s'intégrer aux classes ordinaires; et des parcours plus difficiles d'élèves qui ont des problèmes de toxicomanie ou de décrochage.

Mais, en toile de fond, j'ai aussi vu le virage positif d'une école qui avait une mauvaise réputation et qui a réussi à modifier sa trajectoire.

Entre autres, les problèmes de consommation de drogues ont beaucoup diminué à l'école.

« J'aimerais vous remercier pour votre collaboration au changement d'image de Père-Marquette. Nous sommes loin de l'époque où nous devions aller quotidiennement à l'extérieur et en ramasser quelques-uns plutôt "verdâtres" dans les ruelles avoisinantes », dit Roxane Gagnon, directrice adjointe de l'école, pour qui les journées ne sont pas toujours de tout repos.

Il y aussi eu le virage « international » de l'école. Un programme international, mis sur pied depuis quatre ans « a contribué à ramener des élèves qui auraient choisi le privé auparavant », explique le directeur, Martin Lewis. Ce virage concorde aussi avec l'embourgeoisement du quartier Rosemont-La Petite-Patrie.

« Bienvenue à bord du vol 2016 à destination de l'avenir »

C'est de cette façon que les finissants de l'école Père-Marquette ont été accueillis à la soirée qui leur rendait hommage, le 3 juin dernier.

La métaphore du voyage est appropriée pour ce périple de cinq ans que vivent ces jeunes qui le commencent en étant enfants et qui le terminent à la fin de l'adolescence.

Trois élèves avec des parcours différents

Les trois concepteurs de cette soirée-hommage aux finissants sont Tanairi Read-Drainville, Maxime Nsengiyumva et Nikola Masri. Trois amis improbables aux parcours très différents; ils sont malgré tout tricotés serré.

Tanairi a eu un secondaire en dents de scie : elle devra faire une session de plus à l'éducation aux adultes avant d'obtenir son diplôme.

Maxime est un sportif doublé d'une personnalité forte et souhaite devenir avocat.

Nikola a joué dans la série télévisée 30 vies et poursuivra des études en théâtre.

Maxime a fait trois ans dans une école privée, avant d'arriver à Père-Marquette. « J'avais d'énormes préjugés [contre l'école] et ma mère aussi », dit-il. « Mais c'est une super école, j'y ai passé les meilleures années de mon secondaire », dit-il.

Ces trois mousquetaires sont aussi le reflet de la diversité culturelle à Montréal. « Il n'y a pas vraiment de groupes d'élèves sur une base ethnique », raconte Tanairi Read-Drainville.

Écoutez l'entrevue complète avec ces trois jeunes

« En secondaire 5, on a passé ce stade de se niaiser entre ethnies. On se considère tous comme égaux. Parfois, on traite Maxime de "Noir", mais c'est avec affection. Pour chacun d'entre nous, l'intimidation ethnique, ça ne se fait pas », ajoute l'adolescente.

Rencontrer ces trois jeunes allumés a été une des nombreuses rencontres agréables que j'ai faites dans cette école. Il est temps pour moi de partir avant d'être victime du syndrome de Stockholm.

Père-Marquette est évidemment une école imparfaite. Mais je ne m'attendais pas à y rencontrer autant de gens passionnés, qui croient encore à leur métier et à l'école publique. Ils savent aussi qu'ils n'ont pas toujours les moyens de leurs ambitions. Ça, c'est une histoire plus complexe qui touche toute la société et pas seulement l'École Père-Marquette.

Encore merci pour l'accès et la confiance. Bon été!

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