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Les choristes, du DVD usé à la comédie musicale

CHRONIQUE – Béatrice devait avoir 6 ans, presque 7. Je vous parle de Béatrice parce que, sans elle, le film Les choristes ne serait probablement jamais entré dans la maison en 2004. Après l'avoir vu au cinéma, nous nous serions arrêtés là. Il n'y aurait eu ni DVD trop usé ni chanson chantée ad nauseam entre la cuisine, la chambre et le salon, ni de Vois sur ton chemin, ni de Caresse sur l'océan, ni de Cerf-volant...

Ce long métrage de Christophe Barratier, inspiré de La cage aux rossignols de 1945, a fait un malheur. Il est devenu LE film d’une génération d’enfants. Du coup, tous les gamins du monde voulaient chanter dans une chorale. Je soupçonne d’ailleurs que les inscriptions ont dû se multiplier – il faudrait d’ailleurs que je pose la question, un jour, à Gregory Charles. Mais encore fallait-il avoir une voix, ne serait-ce qu’un filet.

Partout où elle allait, donc, Béatrice chantait. Elle avait une jolie voix haut perchée. Juste, heureusement. C’était mignon de la voir. Comme lors de ce voyage à l’étranger. Haute comme trois pommes, menue, sa frange et ses cheveux bien raides encadrant son visage, tranquille, elle était assise à l’arrière de l’autobus et chantait la sérénade aux passagers, qui n’avaient pas l’air de s’en plaindre.

Elle ne parlait pas. Elle ne se plaignait pas. Elle chantait : « Vois sur ton chemin, gamins oubliés, égarés, donne-leur la main pour les mener vers d’autres lendemains… » Et elle enchaînait : « Cerf-volant, volant au vent, ne t’arrête pas… » En tout cas, Béatrice, elle, n’arrêtait pas.

Je crois que ces airs tirés des Choristes la rassuraient, la calmaient. Elle a dû voir le film des centaines et des centaines de fois, s’identifiant à Morhange ou à Pépinot. Elle a dû fredonner les chansons des milliers de fois, jusqu’au jour où, un peu exaspéré quand même, je me suis arrêté sur le bord de la 15, pour lui acheter, dans un magasin spécialisé, un Discman. Je crois que c’est comme ça que ça s’appelait. C’était juste après le Walkman. « Que voulez-vous? », comme dirait l’ami Désautels.

Quatorze ans plus tard, la comédie musicale

Une longue tranche de vie pour finalement vous dire qu’il était hors de question, toutes ces années plus tard, que nous n'allions pas voir, Béatrice et moi, la comédie musicale inspirée du film de Barratier. Le spectacle, mis en scène par le talentueux Serge Denoncourt, met en scène, en alternance, des enfants des chorales de Laval et des Petits Chanteurs du Mont-Royal.

Des comédiens professionnels aussi, bien sûr, qui incarnent l’autorité de cette école de redressement appelée le Fond de l’étang.

Depuis le début, les salles sont pleines à craquer. En tout cas, le soir où nous nous y sommes rendus, il n’y avait pas un siège de libre. Un spectacle court, concis, ramassé, reposant principalement sur les interprétations. C’est probablement pour cette raison que nous avons une impression de lenteur en début de représentation. Parce que ce n’est pas du cinéma, parce que ça exige une mise en place de la situation, des personnages. Et puis le rapprochement entre ces enfants et ce pion, M. Clément, qui sait se faire aimer d’eux par la musique.

Et quand les enfants se mettent à chanter, c’est vrai que ça donne l’impression de voler, ce qui ouvre probablement la porte à d’interminables ovations. Les gens en sortent heureux, le sourire aux lèvres, visiblement ravis.

D’abord, il l'a épuré un peu. Toutefois, son intérêt, j’en suis plus que certain, ne vient pas de là, mais de sa propre implication artistique auprès de jeunes Roms de Belgrade rejetés par la société. C’était il y a quelques années.

Et comme Clément Mathieu, personnage incarné au cinéma par Gérard Jugnot et ici par François L’Écuyer, il s’est donné pour mission de leur ouvrir, par l’art, les portes de l’espoir, et du coup, celles de la vie.

Ainsi, il est évident que, derrière un spectacle familial et gentil, il y avait pour ce Denoncourt à la carapace faussement dure un peu plus, beaucoup plus.

Aussi, pour résumer, me suis-je permis de lui voler quelques phrases.

« Tout comme Clément Mathieu, j’ai compris que l’art peut être salvateur. Que l’éducation est la voie de l’indépendance. Qu’apprendre, c’est exister. Que chanter est une façon de ne plus être invisible. Que l’art n’est pas qu’un divertissement pour les riches, mais surtout une prise de parole pour les démunis. »

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