Retour

Prédictions 2017 : les gars de La soirée lâchés en liberté

Et si je n'aime pas? S'ils sont mauvais? Si la scène ne leur convient pas? Si Fabien Cloutier ne fite pas? S'ils n'ont pas su transposer sur les planches l'esprit de leur émission de radio? Si... Pas évident de déménager un esprit tout en gardant l'âme.

C’est ce que je me disais encore quelques heures à peine avant de me rendre mercredi soir au Saint-Denis pour voir Prédictions 2017, le spectacle des gars de La soirée est (encore) jeune.

J’avais des appréhensions, jusqu’à la dernière minute. Je savais que je devais écrire, que je croiserais les garçons, que je suis leur voisin de bureau au 13e étage de Radio-Canada et aussi qu’il y a belle lurette que je ne fais plus de la critique pour la critique. Je savais toutefois que je m’étais engagé à écrire cette chronique. Oui chronique; appelons-la comme ça; impressionniste, la chronique.

Depuis mercredi 21 h 30, je suis libéré de mes insignifiantes angoisses relationnelles. En plus, dès le lendemain matin, la critique s’est manifestée. Plutôt bonne d’ailleurs, à part quelques réserves ici et là, sur la participation de Cloutier que certains ont vu comme un membre rapporté, sur certaines longueurs, sur certaines vidéos… Bref, rien de très dévastateur.

Eh bien, ouf! Moi, j’ai passé une excellente soirée. J’ai été plus qu’agréablement surpris. J’ai aimé. J’ai même, sans flagornerie, beaucoup, beaucoup aimé. Ces quatre garçons dans le vent avec l’aide de leur « George - Denoncourt - Martin » à la mise en scène ont réussi à livrer un spectacle d’humour d’une heure quarante dans lequel ils ne se sont pas dénaturés et pendant lequel ils sont restés fidèles à leur arrogance, à leur cynisme, à leur méchanceté parfois, et surtout à leur humour.

Je ne vous rappellerai pas le contexte ni la reconstitution de ce plateau de nouvelles. Vous savez déjà. Je ne m’étendrai pas non plus sur la bite qui se promène allègrement sur la scène du St-Denis.

Toutefois, j’ai été étonné par leur aisance. Pas celle de Fabien Cloutier ni celle de Savard, qui connaissent bien la représentation et le rapport au public, mais par la désinvolture, l’assurance et le naturel des autres. On a l’impression qu’ils y ont passé leur vie. Même Olivier Niquet, qui, trahissant sa retenue, sa discrétion et son mutisme légendaires, est ici une véritable révélation. Il va, il vient, il parle, il expose et va même jusqu’à personnifier avec talent, sans déguisement, une coiffeuse.

Wauthier, seul sur scène, cassant la glace avec un numéro d’ouverture parfois grinçant, fait dès les premières minutes, une fois encore, la preuve de sa polyvalence.

Bon, une fois parti, un mot sur Jean-Sébastien Girard, la quarantaine bien sonnée, ce garçon démontre qu’il n’y a pas d’âge pour éclore. Il est sublime.

Enfin, et là je ne suis pas d’accord avec certains commentaires, Fabien Cloutier se greffe merveilleusement bien à cette troupe; du moins pour ce spectacle. Son humour, plus mordant, plus corrosif, plus venimeux, diffère quelque peu de celui des gars de la Soirée, mais apporte, par son talent d’acteur et de conteur, un plus non négligeable à ce spectacle.

Si j’ai ri? Oui, beaucoup même. Les auteurs y sont allés à fond, piétinant la rectitude, faisant des bras d’honneur aux bien-pensants, et déboulonnant les machines de l’humour qui la plupart du temps donnent l’impression de sortir d’une chaîne de montage. Pas ici. Ici, il y a la revue imaginaire de l’année, la critique déguisée d’une société souvent boiteuse et, puisqu’il faut bien se payer des petits plaisirs, des règlements de compte cruels parfois : Labeaume et son voyage en Mongolie, Le Bigot qu’ils enterrent et Ferland qui se lève de son cercueil parce que le rite funéraire n’est pas télévisé…

Bref, ils y vont à fond, jusqu’aux limites du malaise, beaucoup plus loin que ce qui leur est permis sur les ondes publiques. D’ailleurs, dans ces moments d’exploitation joyeuse et de récupération d’éléments de l’émission, le public de La soirée s’y retrouve avec bonheur.

Et Denoncourt? Qu’est-ce qu’il fout là, Denoncourt? Eh bien! Tout, beaucoup. Il nous livre une mise en scène brillante. Il apporte le liant qui permet à ce bombardement d’idées, de commentaires et d’humour de se tenir, de faire un tout et d’atteindre la cible. Il a aussi eu l’intelligence de ne pas étirer la sauce en limitant le spectacle à un peu plus de 90 minutes. Enfin, outre les enchaînements qui donnent une cohésion à ce show concocté, il faut bien le dire, en quelques mois, il a su exploiter le grand talent de Fabien Cloutier, qui, flamboyant dans son monologue de fin, permet au public de quitter Prédictions 2017 sur un high.

Plus d'articles

Commentaires