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SLĀV : pour un meilleur dialogue et plus de sensibilité

Le spectacle SLĀV suscite encore de nombreuses réactions, deux jours après la manifestation qui s'est tenue lors de la première représentation à Montréal. Si certains ont montré du doigt les auteurs du spectacle et crié à l'appropriation culturelle, d'autres ont plutôt souligné un problème de communication entre les créateurs et la communauté noire.

Pour le documentariste et activiste Will Prosper, les producteurs auraient dû consulter la communauté noire dès le début du processus de création.

« Souvent ces conversations-là ne se font pas au début. Souvent on a une idée pour partir un projet, on utilise cette culture-là, on se la réapproprie et on en bénéficie sans faire bénéficier les communautés à la fin de la journée. Et ce qui est encore plus dommage avec SLĀV, c’est qu’on parle de chant d’esclaves. Et tout ce que ces esclaves-là avaient à l’époque comme liberté, c’était ce chant-là. Et aujourd’hui on finit par même le voler », a-t-il expliqué à l'émission Midi Info.

« Je pense que la discussion qui est présente aujourd’hui est le reflet du manque de dialogue qu’il y a eu auparavant. Et s’il y avait eu du dialogue, peut-être on ne serait pas là aujourd’hui » a-t-il laissé tomber.

La chroniqueuse culturelle et animatrice d'ICI Musique Myriam Fehmiu fait état, elle aussi, d'un problème de communication, « autant de la part des opposants que de la part de la production ».

Elle aussi a noté que la communauté noire ne demandait en fait que d'être impliquée dans la démarche artistique.

L'acteur Frédéric Pierre, qui s'est prononcé sur le débat entourant SLĀV mercredi sur Facebook, a par ailleurs appelé les communautés à faire preuve d'une plus grande compréhension entre elles.

« C’est comme une frustration permanente et intrinsèque à une blessure qui met franchement du temps à guérir...Et ça, oui le "Blanc" doit le comprendre [...] Mais je crois qu’on doit s’élever au-dessus du ressenti...pour éviter les dérives militantes. Cessons de nourrir la bête [...] On a besoin d’unité », peut-on lire sur son profil.

« Je pense qu’on peut comprendre qu’il y a un malaise de société, un rapport majoritaire-minoritaire. Et tant qu’il y aura du racisme systémique, qu'il y aura une iniquité, il y aura une sensibilité plus aiguë, des messages qui vont dériver, des mots trop forts utilisés quand le groupe dominant va porter des symboles, va parler à la place des groupes dominés », a également dit Mme Fehmiu.

Des sujets exclusifs?

Les sujets touchant une minorité culturelle ne lui sont toutefois pas réservés et n'ont pas l'obligation d'être abordés que par ses membres, estiment Myriam Fehmiu et Frédéric Pierre.

Mme Fehmiu cite d'ailleurs en exemple Marcel Trudel, qui a été le premier dans les années 60 à aborder l'histoire de l'esclavage au Québec. « Si ça n’avait pas été de cet homme blanc, on serait encore dans le néant, dans l’ignorance sur ce sujet-là. Donc je ne crois pas que des sujets sont réservés à une communauté uniquement », a-t-elle déclaré.

Frédéric Pierre a quant à lui soutenu que les artistes « ont cette grande capacité à ressentir "l’Autre" » et qu'ils n'ont pas l'intention de présenter une déformation de la culture des autres.

« Mais laissons les artistes tranquilles. Laissons des artistes "Blancs" être touchés et émus par cette histoire et ses chants qu’elle a générés...même si c’est une compréhension différente. Le fond demeure le même », a-t-il écrit.

Le spectacle, qui est mis en scène par Robert Lepage et qui met en vedette Betty Bonifassi, est présenté au Théâtre du Nouveau Monde dans le cadre du Festival international de jazz de Montréal.

La pièce relate à travers des chants traditionnels les « origines antiques de l'esclavage jusqu’à sa forme moderne », selon une description sur le site du festival.

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