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En 400 matchs derrière le banc d'une équipe midget AAA, André Wilsey a vu la société changer

BILLET – À quel point le hockey mineur et les jeunes qui pratiquent ce sport ont-ils changé au cours de la dernière décennie? André Wilsey est bien placé pour en parler.

Âgé de 50 ans, Wilsey a récemment dirigé son 400e match à la barre du Rousseau-Royal de Laval-Montréal, de la Ligue midget AAA. Cette marque fait de lui l’entraîneur actif ayant dirigé le plus grand nombre de parties au sein du circuit de développement par excellence de Hockey Québec.

Depuis sa nomination, survenue durant la saison 2007-2008, André Wilsey s’est en quelque sorte retrouvé au beau milieu d’un des carrefours les plus mouvementés sur la scène du hockey québécois.

D’abord, des changements démographiques ont entraîné une baisse de participation et une diversification des clientèles de Hockey Montréal et de Hockey Laval. Par ailleurs, le hockey scolaire et la Ligue de hockey préparatoire scolaire (qui n’est pas reconnue par Hockey Québec) ont connu un essor particulièrement important sur ces deux territoires.

Enfin, au fil des ans, le vétéran entraîneur a vu débarquer dans la Ligue midget AAA les enfants de la génération Z (nés depuis 1995), que les spécialistes appellent les screenagers ou les adolécrans, parce qu’ils ont toujours le nez collé à un écran d’ordinateur ou de téléphone portable.

Il n’est sans doute par reposant d’être l’entraîneur d’une bande de hockeyeurs de la génération Z, puisque leurs parents (issus de la génération X) sont souvent désignés par les sociologues comme les « parents hélicoptères », qui tentent de tout chapeauter dans la vie de leurs enfants…

Qu’est-ce que ça donne sur le terrain?

***« Oui, les jeunes ont changé. On ne peut plus les diriger de la même manière, de façon aussi directive », constate Wilsey, dont l’équipe occupe présentement le septième échelon du classement général de la LHMAAA, sur un total de 15 formations.

« De façon générale, les jeunes de la génération actuelle ont plus d’options à leur disposition et ils obtiennent ce qu’ils veulent plus facilement. Alors, ils ont un peu plus de difficulté à s’investir à fond et à payer le prix pour réussir. C’est une clientèle différente qu’il ne faut pas brusquer. Il faut les pousser différemment.

« Bien sûr, tous les groupes ne sont pas pareils. Il y a trois ans, j’avais un groupe dont faisait partie Julien Gauthier (qui a brillé ces dernières semaines avec Équipe Canada junior) et qui avait peut-être davantage de plaisir à rivaliser et à tout donner. C’était davantage une mentalité de joueurs d’élite », estime-t-il.

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Cela dit, Wilsey trouve que les parents (toujours de façon générale) ont aussi une mentalité différente de celle de leurs prédécesseurs.

« Auparavant, je dirais que les parents voulaient surtout voir leurs enfants jouer au hockey et compétitionner avec ardeur. De nos jours, je ne suis pas certain qu’ils ont les mêmes objectifs ou le même réalisme. Les joueurs ont maintenant des agents à 14 ou 15 ans. Il m’est arrivé plusieurs fois de voir des joueurs se présenter au repêchage de la LHJMQ avec leur agent et ne pas être sélectionnés.

« On mélange les joueurs et les parents en les embarquant dans un engrenage semblable. Il y a beaucoup de gens qui se promènent dans les arénas avec des cartes d’affaires, et ce n’est pas toujours pour les bonnes raisons. Depuis cinq ou six ans, on voit beaucoup plus d’agents dans les arénas. »

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Les mentalités et les attitudes ont beau être différentes, André Wilsey ne croit pas que la qualité du hockey soit en régression. C'est peut-être même le contraire.

« Nous avons plus de difficulté à dénicher des gros et grands athlètes comme par le passé. La génération des hockeyeurs comme Nicolas Roy (lui aussi membre de la dernière édition d’Équipe Canada) et de Julien Gauthier a peut-être été la dernière cuvée de ce genre que nous ayons eue.

« Par contre, cette année, je constate que ça faisait longtemps que nous n’avions pas vu autant de très bons joueurs de 15 ans au sein de la ligue. Les trois premiers marqueurs du circuit sont âgés de 15 ans », affirme-t-il.

De façon presque unanime, les recruteurs partagent le point de vue de Wilsey. Ils prédisent que le repêchage de la LHJMQ sera exceptionnel le printemps prochain. Et ce sont les attaquants de 15 ans Alexis Lafrenière (Saint-Eustache), Samuel Poulin (Collège Esther-Blondin) et Xavier Parent (Collège Esther-Blondin) figurent en tête de liste de cette grande cuvée.

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« On voit passer moins de candidats à qui l’on peut à coup sûr coller une étiquette de futur joueur de la LNH. Mais les joueurs d’aujourd’hui ne sont pas moins habiles que ceux d’avant. Je trouve même qu’ils le sont davantage », de poursuivre André Wilsey.

« Les joueurs s’investissent moins physiquement parce que le jeu est moins physique. L’arbitrage (plus sévère) et la volonté de réduire le nombre de blessures y sont certainement pour quelque chose. Mais leurs habiletés sont supérieures et la vitesse du jeu a aussi progressé.

« Maintenant, tous les entraîneurs décortiquent les matchs de leurs adversaires sur vidéo et ils apportent des ajustements entre les périodes. Les plans de match sont soigneusement préparés. Le niveau des entraîneurs est très relevé partout à travers la ligue. »

Par ailleurs, avec l’appui financier de leurs parents (ou de leur agent), les joueurs investissent beaucoup d’efforts durant l’été pour parfaire davantage leurs habiletés individuelles, souligne Wilsey.

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Montréal et Laval ont beau être les deux villes les plus populeuses au Québec, elles doivent maintenant être réunies pour pouvoir former une seule équipe midget AAA compétitive. Les temps ont changé. Le bassin de joueurs a considérablement diminué.

« Je dirais que le hockey mineur est en reconstruction. Hockey Montréal et Hockey Laval travaillent fort pour intéresser le plus d’enfants possible à la pratique du hockey. Les deux organisations cherchent à s’améliorer.

« Par contre, il y a aussi d’autres bons programmes de développement qui ont vu le jour. Cette année, nous avons accueilli pour la première fois des joueurs issus du hockey scolaire à notre camp d’entraînement. Et trois d’entre eux ont mérité une place au sein de l’équipe. Nous tentons d’ouvrir cette porte », révèle l’entraîneur.

« Cela dit, le recrutement reste un défi pour nous. Notre territoire est vaste, et en plus on compte au sein de notre bassin des joueurs francophones et anglophones. Tous ne peuvent donc fréquenter la même école, comme c’est le cas au sein des autres équipes de notre ligue. Les joueurs qui ne souhaitent pas fréquenter la même école que la majorité de leurs coéquipiers doivent quand même trouver le moyen de se libérer pour participer à toutes nos activités d’équipe. »

Dans cet univers en mouvance, au sein duquel ils sont constamment scrutés par les recruteurs, poussés par leurs entraîneurs, chapeautés leurs parents et conseillés par leur agent, André Wilsey constate que les joueurs de la génération Z ressentent clairement la pression ambiante.

« Il faut constamment rencontrer nos joueurs individuellement. Ils ont besoin de ça. Certains ressentent de la pression, tandis que d’autres se découragent. Dans le hockey d’aujourd’hui, un jeune qui n’est pas sélectionné au repêchage à l’âge de 15 ans a tendance à croire qu’il est fini. Il faut leur rappeler que le hockey est un jeu et que plusieurs avenues s'offrent à eux. Nous déployons beaucoup d’effort là-dessus », de conclure André Wilsey.

Chapeau à cet entraîneur pour ses 10 saisons et ses 400 matchs passés derrière le banc du Rousseau-Royal de Laval-Montréal. Chose certaine, durant ce long parcours, il a amassé un très intéressant bagage.

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