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Encore du travail à faire pour prévenir les commotions au football

Les chocs à la tête dans le football continuent de semer l'inquiétude. Ceux qui causent des commotions cérébrales, mais aussi les plus petites secousses pouvant avoir de lourdes conséquences neurologiques chez les joueurs. Si certaines leçons ont été apprises, il y a encore du pain sur la planche.

Un texte de Janic Tremblay, à Désautels de dimanche

Les petits porte-couleurs des Grizzlis de Boucherville s’élancent sur le terrain de football avec un irrépressible enthousiasme. Quand ils ne sont pas sur le jeu, ils encouragent leurs coéquipiers à pleins poumons de leur voix stridente.

Il s’agit de joueurs de la catégorie Atome. Des jeunes de 6 à 8 ans qui jouent au football sans contact même s’ils sont équipés comme des professionnels. Dans cette initiation au jeu, le plaquage n’a pas sa place.

Pas besoin d’être un grand analyste pour comprendre que l’activité qui les fait courir, se dépasser et socialiser leur fait le plus grand bien.

Auparavant, les joueurs les plus vieux de cette catégorie auraient évolué dans une ligue qui permet le contact physique. Plus maintenant : c’est un des changements qui ont été apportés récemment par Football-Québec. L’introduction du plaquage est désormais retardée et commence à 9 ans.

Quand on questionne certains de ces joueurs hauts comme trois pommes, ils anticipent déjà avec un grand enthousiasme cette prochaine étape et répondent qu’ils vont s’en donner à coeur joie. Au moment où l’un d’entre eux mentionne qu’il foncera dans le tas comme un taureau avec sa tête, la réaction des entraîneurs est immédiate et sans équivoque : « Ce n’est pas du football! Il faut sortir la tête du contact! Vous regardez trop la télé! »

La présence d’un journaliste explique seulement en partie la virulence des propos : le football est vraiment en train de changer.

Dominic Picard, entraîneur, président des Grizzlis et président de la ligue de football Montréal-Métro, est on ne peut plus catégorique sur le sujet. « Vraiment maintenant ce qu’on dit aux jeunes c’est que jamais, jamais, au grand jamais ils ne doivent utiliser leur tête lors du contact. »

ll explique que tous les entraîneurs de toutes les ligues au Québec suivent maintenant une formation sur le contact sécuritaire qui bannit le plaquage avec la tête et mise plutôt sur les épaules, tout en roulant, comme au rugby. Il jure que les leçons ont été apprises. L’époque où le casque était une arme est révolue.

Mais il y a tout de même parfois des chocs à la tête. Le football reste un sport de contact où il est impossible de tout contrôler. Cela devient une évidence lors du match suivant qui oppose des jeunes de la catégorie Moustique.

Dans le dernier jeu de la partie, Victor, un jeune Grizzli, est plaqué par deux joueurs de l’équipe adverse et chute sur la tête. Il y a un soigneur sur place et c’est un autre changement de taille.

Maintenant, il doit toujours y avoir des soigneurs lors des affrontements où il y a du contact sinon la partie n’a tout simplement pas lieu. Aujourd’hui, c’est le chiropraticien Frédéric Bombardier qui est présent et il a déjà une solide formation. Il a en plus suivi un cours spécifique sur les commotions cérébrales.

Il est très alerte : dès que le jeune joueur lui mentionne qu’il a mal à la tête, il met en branle le protocole de détection d’une éventuelle blessure au cerveau.

Pendant que le reste de l’équipe célèbre la victoire, Victor est soumis à un long interrogatoire. Tout y passe : est-il étourdi? A-t-il la nausée? Voit-il des étoiles? Est-ce qu’il entend un son sourd dans sa tête? Où est-il? Quel jour de la semaine est-ce? Peut-il retenir trois mots et les répéter à la fin de l’entrevue? Peut-il tenir en équilibre? Est-ce qu’il voit et entend bien? Rien n’est laissé au hasard afin de déceler quelle partie du cerveau a pu être atteinte.

À la fin de l’entretien, le profane pourrait croire que tout va bien, mais Frédéric Bombardier n’en est pas absolument convaincu, car Victor a encore mal à la tête. Le verdict tombe : il va passer deux semaines sans jouer et va devoir se reposer au cours des prochains jours sans pouvoir regarder la télé, sans jeu vidéo et sans activité physique intense. La décision du soigneur est sans appel puisqu'en ce qui concerne la santé des joueurs, il est seul maître à bord.

La collaboration des parents

Les parents de Victor sont aussi mis à contribution. Il va falloir le surveiller de près au cours des prochaines heures et lui reposer la série de questions auxquelles il a déjà répondu afin de bien suivre l’évolution de la situation. Il faudra peut-être aller le chercher à l’école s’il a mal à la tête. Il devra éviter de trop se concentrer, donc pas d’examen cette semaine-là.

Le père de Victor est l’un des entraîneurs de l’équipe et il se plie à tout cela sans rechigner. « Mon fils a besoin de bouger et de rencontrer des amis, explique-t-il. On leur montre maintenant à plaquer avec les épaules, mais des accidents surviennent quand même. Cela fait partie des risques du sport. »

C’est l’avis de la quasi-totalité des parents de joueurs : les risques sont partout. Le football préserve de l’obésité et de l’oisiveté, on y apprend de grandes leçons sur le respect, la persévérance et le jeu d’équipe. Tous croient que le temps passé sur un terrain de football est bien plus profitable que devant un écran d’ordinateur ou une console de jeux.

Le dernier match de la journée oppose des joueurs de niveau bantam. Des jeunes de 13-14 ans qui commencent à avoir du coffre. Le contact est encore plus robuste. Le neuropsychologue et expert des commotions cérébrales Dave Ellemberg regarde la partie depuis les gradins et il aime beaucoup ce qu’il voit.

« C’est du football propre, estime-t-il. Les plaquages sont faits avec les épaules en tournant et non avec la tête. On voit du jeu intelligent. Ces jeunes ont bien appris à jouer. »

Visiblement, le message passe, mais il y a tout de même des accidents là aussi. Lors d’une course, un porteur de ballon de l’équipe de Verdun est plaqué légalement, mais sa tête heurte lourdement le sol au moment de sa chute. Il en perd son casque. Immédiatement, il se tord de douleur. Sa mère qui est dans les gradins se précipite à ses côtés aux abords du terrain. Elle est visiblement très inquiète.

Après de longues minutes, le jeune garçon retourne sur le banc des joueurs. Il ne revient pas sur le terrain pour le reste de la partie. Le soigneur a posé des questions et décrété une semaine de repos même si le footballeur brûlait de retourner au jeu. De ce point de vue, le système semble bien fonctionner.

Dans la ligue universitaire

Dave Ellemberg constate les progrès qui ont été faits et parle d’un sport qui est vraiment en transformation, mais il reste encore du travail à abattre.

Le spécialiste souhaiterait notamment que Football-Québec imite ce qui se fait dans les rangs professionnels en imposant une diminution du contact physique lors des entraînements, car c’est souvent en s’entraînant que les jeunes sont victimes de commotions cérébrales.

La fédération s’y refuse en faisant valoir que les jeunes doivent d’abord apprendre à plaquer avec l’équipement avant qu’on puisse ensuite le leur retirer.

L’argument semble plein de bon sens, mais il n’est pas fondé selon Dany Maciocia, l’entraîneur des Carabins de l’Université de Montréal. L’homme, qui a aussi oeuvré dans la ligue canadienne, coordonne justement un entraînement sans équipement au stade de l’université ce soir-là.

Pour lui, il est clair que l’on peut montrer aux jeunes à plaquer avec ou sans équipement. Il explique qu’il y a cinq ans, les joueurs passaient environ 10 heures par semaine en équipement.

Maintenant, c’est une portion d’un seul entraînement par semaine qui s'effectue avec l'équipement ainsi que le match du week-end. Tout le reste se fait sans les épaulettes et le nombre de commotions cérébrales a chuté, tout comme les autres blessures.

M. Maciocia souhaiterait une concertation de toutes les parties concernées et se dit prêt à offrir son expertise dans le domaine.

Il insiste pour dire que les athlètes sont d’abord et avant tout des étudiants. Il raconte qu’en 2013, le quart partant des Carabins, Pierre-Luc Varhegyi, ne semblait pas dans son assiette dans la semaine précédant la finale de la Coupe Dunsmore, mais il insistait pour jouer. L’entraîneur l’a plutôt sorti de l’alignement et envoyé chez le médecin où l’on a confirmé qu’il n’était pas en état de disputer le match.

Montréal a perdu la partie face au Rouge et Or de l'Université Laval, mais Dany Maciocia dit qu’il avait néanmoins l’esprit en paix, car il avait protégé son joueur.

Il y a enfin l’arbitrage : encore le week-end dernier, dans la ligue de football universitaire du Québec, un jeu a une fois de plus démontré le travail qui reste à accomplir. On y voit un joueur défensif du Rouge et Or de l’Université Laval plaquer très durement avec son casque un receveur des Stingers de Concordia. Le joueur qui venait de capter le ballon ne l’a jamais vu venir et a subi un choc à la tête qui lui a fait quitter le match.

Même si l’un des officiels de la rencontre était à quelques mètres de l’action, aucune pénalité n’a sanctionné le jeu. Le quart-arrière des Stingers, Trenton Miller, qui a lui aussi été victime d’un coup à la tête dans le même match, a interpellé directement les arbitres et les responsables du sport universitaire dans une vidéo publiée sur Facebook dans les jours qui ont suivi.

Il rappelle le statut des joueurs universitaires non professionnels et leur demande de pénaliser et faire cesser ce genre de jeu. La vidéo a été vue des dizaines de milliers de fois et a été largement partagée et commentée.

Le neuropsychologue Dave Ellemberg explique que les gestes illégaux comptent pour environ 30 % des commotions cérébrales. Il dit que les différentes ligues devraient toutes punir systématiquement ces gestes en appliquant une politique de tolérance zéro. Selon lui, une fois que ces ajustements seront faits, le football pourrait bien ressembler à d’autres sports. Il y aura des blessures, mais elles résulteront surtout d’accidents.

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