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Entre inquiétude et espoir : des Autochtones dessinent leur avenir

Des Autochtones de différentes communautés au Canada ont réalisé huit affiches où ils se projettent dans un univers futuriste, soit 7 ou 10 générations plus tard. Le but? Mettre de l'avant leurs origines et prendre les rênes de leur avenir. Si certains sont confiants par rapport au futur, d'autres ont une vision plus sombre.

Un texte d'Anne-Marie Provost, d'ICI Grand Montréal

C'est sous l'impulsion de Jason Edward Lewis, professeur à l'Université Concordia, et du réseau de recherche Aboriginal Territories in Cyberspace (AbTeC) que le projet Initiative for Indigenous Futures (IIF) a vu le jour l'année dernière. Au cours des dernières années, l'enseignant en design et arts numériques, lui-même autochtone, a organisé plusieurs ateliers créatifs à saveur techno avec des jeunes issus de différentes communautés. Un constat l'a frappé : peu d'entre eux conjuguaient leur imaginaire avec leurs origines.

En mettant sur pied l'IIF, le professeur a cherché à transposer histoire et traditions autochtones dans un imaginaire futuriste, en gardant des référents populaires. « Le but était de créer des images de personnes autochtones dans le futur, dessinées par des Autochtones. L'objectif est de voir la conversation dans nos communautés sur ce que nous voulons comme avenir et utiliser les images pour stimuler la discussion », affirme M. Lewis. Des approches ont été faites et différents artistes ont commencé à travailler sur des affiches.

Imaginer le futur quand on lutte pour le présent

Kaia'tanoron Dumoulin Bush, approchée alors qu'elle était étudiante en beaux-arts au collège Dawson, a accepté de se prêter au jeu à la suggestion d'un de ses professeurs. Celle qui enseignait le violon à des jeunes en difficulté à Kahnawake a tenté de représenter quelques-unes de ses élèves. Mais penser à l'avenir a été difficile pour l'artiste.

Observer ses apprenties violonistes jouer du violon l'a toutefois rendue plus optimiste et l'a inspirée, tout comme la chanson Starman de David Bowie. « Sur le dessin, mes étudiantes jouent avec des hologrammes de l'espace. Les hologrammes sont une technologie sur le point d'être accessible, comme la réalité virtuelle. Je regardais mes étudiantes jouer avec leur iPad et j'ai pensé : ''Pourquoi ne pas faire des hologrammes?'' » raconte celle qui étudie maintenant en culture visuelle autochtone à l'Université de l'École d'arts et de design de l'Ontario (OCAD).

Si son oeuvre se veut en somme résolument optimiste, d'autres ont une vision plus sombre et plus militante, dans une ambiance de fin du monde.

« J'aimerais être optimiste, les jeunes sont beaucoup plus préoccupés par l'environnement qu'auparavant. Mais malheureusement, si on se base sur la science et sur l'organisation actuelle de l'économie, ce ne sera pas suffisant », soutient Steven Keewatin Sanderson, d'origine crie et auteur de bandes dessinées, que nous avons joint par téléphone à Vancouver.

Il a donc représenté un guerrier dans un monde postapocalyptique à saveur réaliste « où les gens de la plaine retournent à leurs traditions et sont à nouveau les maîtres de leur propre destin ».

« J'ai grandi en Saskatchewan et mon père est autochtone. Il a grandi là en suivant les traditions. Je sais que si un scénario horrible arrive, mon plan serait de retourner à la maison pour que mon père me montre comment survivre », explique Steve Keewatin Sanderson, un sourire dans la voix.

Picking Up Where We Left Off, par Steve Keewatin Sanderson. Photo : gracieuseté

Des expositions à venir

Des expositions sont prévues au printemps 2017, notamment à Montréal. Le professeur Jason Edward Lewis mentionne que plusieurs endroits sont intéressés à les recevoir, mais il ne veut pas les révéler étant donné que rien n'est confirmé pour l'instant.

Quant à savoir si les gens pourront acheter des reproductions des affiches, le professeur dit y penser, mais à la condition que les fonds récoltés se retrouvent dans les poches des artistes.

Des cartes postales ont également été imprimées avec les illustrations. L'IIF les utilise pour publiciser le projet, susciter l'intérêt des jeunes, les inciter à imaginer le futur et à participer à la conversation.

Avec toutes les activités qu'elle propose, l'IIF veut éviter que les communautés autochtones soient définies par les cultures dominantes et favoriser le développement de leur propre conception du futur. On veut également mettre sur pied diverses stratégies pour que les différentes visions de l'avenir se réalisent.

Autres oeuvres à découvrir

Kahnawá:ke, par Teyowisonte Tommy Deer
Peu importe ce qu'il arrive autour de nous, nous allons maintenir qui nous sommes

« L'illustration montre le monde colonial dominant qui grandit autour de nous. Au milieu, en contraste, on trouve une maison longue haudenosaunee qui tient à distance le colonialisme. La maison longue symbolise la durabilité de notre culture et de notre nationalité, et la fumée symbolise le fait que les deux continuent à exister, à vivre. Les rangées de wampum mauves en bas et en haut de l'illustration évoquent le traité Two Row Wampum, qui représente le désir d'une relation de coexistence et de non-ingérence entre nos peuples. La rangée du haut se brise, ce qui symbolise l'échec colonial de respecter cette relation. »

Kahnawá:ke, par Teyowisonte Tommy Deer. Photo : gracieuseté

7th Generation Inuit Community, par Heather Campbell

« Cette peinture représente les communautés inuits sept générations plus tard. Si dans deux ou trois générations l'humanité ne se sera pas détruite elle-même ainsi que la planète, c'est parce que nous nous serons tournés vers les énergies propres. La peinture met en scène des éoliennes et une serre communautaire pour faire pousser de la nourriture. Les maisons en forme de dôme ont des panneaux solaires et sont bâties pour contrer les températures extrêmes. Les maisons ont leur propre source d'eau et le dôme des maisons se prolonge sous terre. Les gens passent beaucoup de temps sous terre et tout est connecté par des tunnels. Nous vivons tous sur des collines parce que les calottes polaires ont fondu, ce qui a fait monter le niveau de la mer. La température sur Terre est devenue plus chaude, ce qui a fait pousser des arbres plus au nord. Mais l'environnement se remet lentement de ce que les générations passées lui ont fait. J'espère que ce n'est pas trop fataliste, mais je n'ai pas beaucoup d'espoir pour notre futur en ce moment. Seulement le temps dira, je suppose. »

7th Generation Inuit Community. Photo : gracieuseté

Soaring High, par Darian Jacobs

« Essayer d'illustrer un futur lointain fut un grand défi, comme j'ai tendance à ne pas penser plus loin que la semaine prochaine. J'ai réalisé que j'essayais de montrer un monde beaucoup trop réalistique et sombre, dans lequel je n'aurais pas voulu vivre. Une fois que je me suis laissée aller en dehors des règles et que j'ai peinturé ce que je voulais, j'ai constaté que mon futur serait illuminé et coloré. Les gens vivent haut dans le ciel et utilisent des technologies qui prennent leur énergie du vent et du soleil, ou d'une magie quelconque. Parfois les gens oublient d'espérer et prennent pour acquis que tout ira mal, mais on ne sait pas comment le monde va changer. Pourquoi ne pas imaginer une place heureuse? »

Stepping Out, par Skawennati Fragnito

« Cette image fait partie d'un projet artistique plus large qui se nomme TimeTravellertm, qui est un film conçu dans un environnement virtuel et divisé en neuf épisodes. Ça suit les aventures d'un chasseur en 2121, qui est là pour en apprendre plus sur son héritage. Le message est que les Autochtones seront vivants, forts et incroyables dans le futur. Ils peuvent porter un réacteur dorsal. Nous maintenons notre héritage traditionnel, mais nous sommes aussi modernes, nous utilisons la technologie et vivons dans une ville. »

Turtle Our Teacher, par Joseph Erb

Turtle Our Teacher, par Joseph Erb. Photo : gracieuseté

Bold Steps, par Jeffrey Veregge

 

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