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Entre tradition et modernité au café autochtone de la Maison ronde

Sous le soleil timide d'un mardi nuageux, une dizaine de personnes patientent devant les anciennes vespasiennes du square Cabot. L'endroit a été converti pendant l'été en un café thématique unique dans la métropole. Le seul café autochtone.

Un texte de Karl-Philip Vallée

Le Café de la Maison ronde, géré par le magazine L’Itinéraire, tourne à pleine vapeur. L’occasion? On y célèbre son nouveau menu et le lancement d’une édition spéciale de L’Itinéraire consacrée aux femmes autochtones.

À l’intérieur du petit bâtiment en pierre, le chef autochtone George Lenser s’affaire à préparer quelques assiettes sur un comptoir à peine assez grand pour les y déposer.

Charles-Éric Lavery, chef du développement social à L’Itinéraire, supervise le fonctionnement du café. Il va et vient entre la cuisine et les tables, s’assurant que tous les clients sont servis.

« D’habitude, dans un restaurant, tu veux être servi le plus vite possible, explique M. Lavery. Mais quand on sert de la bannique, il faut attendre. Ça travaille ta patience! »

Des plats traditionnels à base d'ingrédients frais

La bannique, ce pain sans levain associé à la cuisine des Premières Nations, est au cœur du nouveau menu dévoilé mardi. Taco autochtone, salade trois-sœurs, sandwich à la salade de saumon et madeleine à la bannique.

« On tient à ce que ça soit de la bouffe traditionnelle fraîche, indique M. Lavery. On ne veut pas servir du pain et des sandwichs au jambon. »

Le maître d’œuvre de ce menu, le chef George Lenser, était donc la personne toute désignée pour concocter des recettes autochtones originales. Né en Colombie-Britannique et ayant des origines autochtones, M. Lenser s’est servi des recettes de son enfance et les a combinées à des techniques de cuisine française.

« Je souhaitais faire quelque chose de simple, rendre hommage au territoire haudenosaunee non cédé sur lequel se trouve Montréal et montrer de la nourriture simple que ma grand-mère me cuisinait. »

Des traditions culinaires qui ont peu en commun

Même si M. Lenser utilise des techniques françaises dans son travail, il souligne que les cuisines autochtone traditionnelle et québécoise n’ont que peu de choses en commun.

« Plusieurs cultures indigènes utilisaient la fermentation, le séchage, le fumage, le salage ou la viande crue, précise M. Lenser. La cuisine traditionnelle prend une approche holistique, avec laquelle on utilise ce dont on a besoin à partir de ressources qui nous entourent, en plus de remercier les créatures et mère Nature. »

« La seule tradition culinaire commune qui me vient en tête est le sirop d’érable, qui vient de la culture haudenosaunee. »

Une édition spéciale sur les femmes autochtones

Le dévoilement du nouveau menu du Café de la Maison ronde était aussi l’occasion, pour L’Itinéraire, de présenter son édition du mois d’août consacrée aux femmes autochtones.

Le sujet d’actualité étant délicat et complexe, le magazine a décidé de s’associer à l’auteure et poète autochtone Natasha Kanapé Fontaine pour brosser un portrait plus fidèle de la situation des femmes autochtones.

« Je voulais vraiment qu’on parle des philosophies autochtones, de comment on voit le monde, comment on l’imagine, comment on circule dans la société dominante et, surtout, comment les femmes pensent », indique la jeune auteure et rédactrice en chef invitée.

Natasha Kanapé Fontaine brosse d’ailleurs un portrait des femmes autochtones qui pourrait facilement s’inscrire dans la mouvance féministe actuelle.

« Il y a une chose en particulier que je voulais ramener à la mémoire des gens. Pendant des années et des siècles, on a oublié le rôle qu’on avait (les femmes autochtones, NDLR). Dans le clan, avant la colonisation, on était très impliquées. Les hommes se référaient à nous pour l’éducation des enfants, et la femme était vraiment le pilier de la famille et de la communauté. J’imagine que c’était quelque chose qui nous rendait naturellement très fortes, très intuitives, puisqu’on avait un grand pouvoir décisionnel. »

Mme Kanapé Fontaine trace un parallèle entre ce portrait et le mouvement de contestation autochtone Idle No More, qui a démarré sous l’impulsion de femmes issues des Premières Nations. « À travers ce mouvement-là, j’ai appris à être la femme que je suis aujourd’hui et, surtout, à connaître mon propre pouvoir », mentionne-t-elle.

Sous la direction de Natasha Kanapé Fontaine, les journalistes de L’Itinéraire se sont donc penchés sur diverses réalités des nations autochtones, allant des arts et de la culture aux problèmes sociaux comme l’itinérance, en plus de faire le portrait de personnalités inspirantes.

Cette édition du magazine est en vente pour 3 $ auprès des camelots de L’Itinéraire.

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